Crise énergétique: "Mon métier n’est pas d’être trader en énergie", témoigne la patronne de La Verrerie de Biot

"On mange nos marges au maximum", confie Anne Lechaczynski, qui doit renégocier son contrat depuis plus de trois mois, mais n’arrive pas à en trouver de satisfaisant. Un problème qui accapare le temps et l’énergie de la patronne de La Verrerie de Biot.

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Gregory Leclerc Publié le 09/12/2022 à 08:00, mis à jour le 08/12/2022 à 22:08
Les fours de la verrerie de Biot consomment énormément d’énergie. (Photo Dylan Meiffret)

Quand nous cherchons à la joindre, en ce jeudi matin, Anne Lechaczynski n’est pas disponible. Elle est en visioconférence. "Je vous rappelle." Sur son écran, elle suit un webinaire sur le thème de la crise de l’énergie, organisé par la Fédération du verre et du cristal.

Une facture multipliée par trois?

"Nous recevons des conseils d’une société qui aide les entreprises à acheter et vendre de l’énergie de partout", commente la patronne de La Verrerie de Biot. Les annonces de Bruno Le Maire sur la prolongation du guichet d’aide aux PME en 2023? "Il faut que je fasse les calculs. Cela nous permettrait de récupérer un peu plus de différentiel. Je dois regarder les mesures dans le détail. L’État essaye, je sais que ce n’est pas évident."

La hausse du coût de l’énergie n’a rien d’une plaisanterie pour la patronne de la verrerie de Biot. Sa note énergétique passerait de 60.000 à 190.000 euros. Il faut faire vite pour réduire les coûts car, pendant ce temps, le verre a pris +50%, l’emballage +25%. "Et dès qu’on achète quelque chose, c’est +20% d’augmentation. On mange nos marges au maximum."

Je dois fabriquer en France

La verrerie bénéficie du label "Entreprise du patrimoine vivant". "Ce qui veut dire que je dois fabriquer en France. Et mes fours consomment énormément. Une verrerie qui achèterait en Chine n’aurait pas de problème."

Les PME sont frappées de plein fouet. "Notre problème, c’est qu’on devait renégocier au 31 août 2022. On est le 8 décembre, et je n’ai toujours pas signé de contrat car je les trouve fous. C’est de pire en pire. On voudrait des contrats d’un an, pas plus. Mais ça, on a du mal à les trouver parce que les distributeurs veulent des durées de deux ou trois ans."

Les solutions sont minces. Fermer temporairement? "Je ne peux pas. Si je ferme mes fours je risque de les endommager. Pour l’arrêter et le remettre en température, il faut deux fois quinze jours. Donc un mois. Pour que ce soit utile, il faudrait fermer cinq mois. Si je ne produis pas pendant cinq mois, je n’ai rien à vendre cet été et je mets la clé sous la porte."

"Une période complètement folle"

Du coup, Anne Lechaczynski s’est reconvertie en spécialiste des contrats énergétiques. Dans le webinaire, la possibilité de regrouper les achats entre verreries a été envisagée.

"C’est une période complètement folle qui endommage nos entreprises. Je passe mon temps à faire cela, c’est autant de temps où je ne peux pas me concentrer sur mon cœur de métier. Mon métier n’est pas d’être trader en énergie."

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