5 solutions pour faire décoller le photovoltaïque en ville

[3/3] En Paca, seulement 24% de la puissance photovoltaïque installée l’est sous forme d'ombrières ou de panneaux en toiture contre 76% de centrales de plus grande ampleur au sol, notamment en milieu naturel. Alors que les préconisations officielles recommandent d’implanter en priorité ce mode de production d’énergie renouvelable en zone urbaine, zoom sur 5 solutions pour passer la seconde sur le très ensoleillé littoral azuréen.

Aurélie Selvi, avec Sophie Casals Publié le 27/11/2022 à 18:30, mis à jour le 27/11/2022 à 16:35
À Mougins, des panneaux sont en cours d'installation sur l'école Rebuffel. Photo Franck Fernandes

Ombrager les parkings avec des panneaux

Sous les panneaux, les auto. C’est le principe des ombrières photovoltaïques, structures métalliques de 3 à 6 m de hauteur, installées sur des parkings et équipées en surface de panneaux photovoltaïques.

"Leur intérêt est multiple: protéger les véhicules du soleil et limiter, en période de forte chaleur, le recours à la clim à pleine puissance au démarrage; mais aussi produire de l’énergie grâce à ses panneaux photovoltaïques, le tout sur des zones goudronnées, imperméabilisées où, en quelque sorte, le mal est déjà fait", explique Alain Messin, vice-président de PEP2A, société coopérative d’intérêt collectif qui promeut le solaire en toitures et ombrières dans les Alpes-Maritimes grâce aux souscriptions des citoyens. Selon ce spécialiste du solaire, "de nombreuses surfaces sont propices à l’installation de ces équipements dans le département, même si les projets sont à regarder au cas par cas".

À Mouans-Sartoux, le parking du Casino est équipé d'ombrières. Photo Franck Fernandes.

À Carros, PEP2A travaille ainsi, avec la ville et la métropole, à l’installation de 500 m² d’ombrières sur l’extension du parking Jacques-Prévert. D’un montant d’environ 150 000€, répartis à 50% entre les structures et les panneaux, l’équipement, qui doit voir le jour d’ici 2023-2024, devrait produire 120 000 à 170 000 Kw/heure par an. "L’équivalent de 3000 à 4000 pleins de voitures électriques Zoé", selon Alain Messin qui juge "que la multiplication des ombrières rendra cette production d’énergie plus du tout marginale".

À Antibes ou encore Mouans-Sartoux, le groupe Casino a, quant à lui, franchi le pas il y a plusieurs années déjà en équipant les parkings de ses supermarchés. "Au total, dans les Alpes-Maritimes et le Var, 11 sont dotés d’ombrières et revendent en grande partie leur production d’énergie à EDF", indique Melek Figuet, chargée des enjeux de développement durable au sein des enseignes Casino. À Mouans-Sartoux, par exemple, les 1292 m² de panneaux en ombrières produisent à l’année l’équivalent de la consommation électrique de près de 72 foyers. Le magasin affiche, grâce à eux, un taux d’autoconsommation de 11%.

Utiliser les toits des bâtiment publics, industriels, particuliers

"Les toits restent l’option la plus avantageuse pour les panneaux photovoltaïques quand des installations plus basses peuvent être ombragées par la proximité de bâtiments. Or, on les exploite très très mal dans la région à cause de contraintes architecturales obsolètes et car on considère encore trop souvent que la vue d’un panneau n’est pas belle", pose d’entrée Alain Messin, qui appelle à un changement des mentalités.

 
Sur le toit de l'Allianz riviera, 4000 panneaux produiraient l'équivalent de la consommation annuelle de 320 foyers. Photo DR.

À différentes échelles, ce type d’installation fait néanmoins déjà la démonstration de son utilité en milieu urbain. À Nice, 4000 panneaux, installés sur des bacs en acier intégrés à la membrane d’étanchéité, recouvrent ainsi le toit du stade Allianz depuis sa construction. D’une surface de 7000 m², cette centrale en toiture affiche une production annuelle moyenne de 1 500 000 kW/heure, revendue à EDF. L’équivalent de la consommation annuelle d’environ 320 foyers, indique la société d’exploitation du stade.

Du côté de Mougins, la municipalité s’est lancée dès 2009 dans l’analyse du potentiel solaire de ses bâtiments communaux avec l’aide d’un bureau d’étude spécialisé. L’année suivante, 100 m² de panneaux ont été installés sur l’école des Cabrières pour une production de 20 000 kW/heure qu’elle revend pour 20 ans à 50 cts du kW (tarif en vigueur à l’époque) à EDF, quand les prix de revente actuel se situent plutôt autour des 10 cts. La ville équipe en ce moment deux autres bâtiments publics, l’école maternelle Rebuffel et la salle de spectacle Scène 55, cette fois pour de l'autoconsommation collective.

À Mougins, l'installation sur le toit de l'école Rebuffel est destinée à de l'autoconsommation. Photo Franck Fernandes.

"L’installation est raccordée directement sur le tableau général électrique des bâtiments, qui consomment en tant réel ce qui est produit. Le surplus est réinjecté dans le réseau. Cela ne leur permet pas d’atteindre l’autonomie énergétique car les panneaux ne produisent pas la nuit et que la consommation se fait en temps réel. Mais on espère faire baisser nos factures", indique Sébastien Mas, économe de flux à la mairie de Mougins, qui conseille aux collectivités de "ne pas avoir peur de se lancer".

À l’échelle des particuliers, PEP2A conseille d’urgence aux foyers disposant d’une surface ensoleillée en toiture de se tourner vers de l’autoconsommation. "Le mieux est de faire appel à des installateurs agréés même si les délais peuvent être un peu rallongés en ce moment car il y a un boum de demandes", conseille Alain Messin. Pour étudier le potentiel d’ensoleillement de votre habitat, des outils peuvent être mis à disposition par votre intercommunalité à l’instar de la carte interactive développée par la métropole Nice Côte d’Azur.

Redonner une utilité aux friches et délaissés urbains

Développer l’énergie solaire en ville, c’est aussi s’intéresser "à tous les délaissés urbains comme autour des infrastructures d’autoroutes, de routes ou ferroviaires", préconise Philippe Blanc, directeur de recherche au sein de l’école d’ingénieur MINES-Paris PSL, basé à Sophia-Antipolis. Ce spécialiste du solaire s’intéresse aussi au potentiel de friches et de zones déjà polluées. C’est justement le projet que porte la municipalité de Valbonne qui planche sur un projet de parc photovoltaïque à la production équivalente à la consommation annuelle de 2000 foyers sur le site du Trou de Béget ayant abrité une décharge entre 1974 et 1981.

 

Contacté, l’aéroport Nice Côte d’Azur indique, de son côté, avoir lancé "un appel d’offre pour une ferme photovoltaïque sur du foncier disponible à proximité de l’aéroport de Saint-Tropez, pour une production de 6 Gw/heure".

Créer des boucles d’autoconsommation en entreprise

Dans le monde des entreprises azuréennes, des exemples innovants portent déjà leurs fruits. Comme la solution choisie par SAP labs, une société installée à Mougins et spécialisée dans le marché des applications d’entreprises. Depuis 2018, son site est équipé de 500 m² de panneaux solaires en toiture auxquels s’ajoutent 2 ombrières de parking. L’énergie produite est renvoyée vers les bornes de recharge alimentant la flotte de plus d’une centaine de véhicules électriques de l’entreprise.

"Le surplus produit les nuits et les week-ends est stocké dans une batterie installée à l’intérieur de notre site", explique-t-on chez SAP labs où l’équipement a été pris en charge par ValEnergies, une entreprise mouansoise spécialiste de l’autoconsommation solaire. Le montage: l’installateur reste propriétaire des équipements et assure un suivi de la consommation énergétique de ses clients. "Plusieurs entreprises sont déjà venues visiter les installations pour comprendre comment on avait fait. C’est à la portée de tous", lance une porte-parole de SAP labs.

Equiper sa copropriété ou insuffler des projets collectifs

"La bonne échelle pour produire de l'électricité en ville, c'est celle de la copropriété. Si vous installez une centrale photovoltaïque en toiture, vous pouvez vendre l'électricité qui n'est pas consommée par les copropriétaires dans un rayon d'1 km à la ronde, voire 10 km en zone rurale",  note Philippe Blanc, spécialiste du solaire.  

L'intérêt pour les copropriétaires, outre celui de répondre à une préoccupation environnementale : avoir une garantie que sa facture énergétique ne s'envolera pas. "L'électricité produite par la copropriété coûte essentiellement le montant de l'investissement initial de l'équipement amorti sur 20-30 ans. Aujourd'hui le prix de cette électricité est de l'ordre de celui du marché de l'électricité, voire un peu moins cher, mais il n'augmentera pas. Donc dans 5 ans ça sera moins cher et dans 20 ans, beaucoup moins cher que le prix du marché."

À l’échelle de sa commune, d’un quartier, il est aussi possible de faire des propositions d’équipements collectifs auprès de sa municipalité. Autre option, qui a du sens: devenir souscripteur d’une société coopérative qui porte des projets d’énergies renouvelables à l’aide de financements citoyens, à l’instar de PEP2A. "Une part de la coopérative coûte 100€. Ce n’est pas une cotisation mais un placement pérenne pour soutenir la transition énergétique. Une manière de devenir producteur d’énergie renouvelable par procuration", explique Alain Messin, vice-président de PEP2A.

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