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Une "semaine de la persévérance" pour dire non au décrochage scolaire

Mis à jour le 17/12/2015 à 05:12 Publié le 17/12/2015 à 10:00
Le Muy, lycée Val d'Argens, avant-hier. Les équipes pédagogiques s'y sont réunies pour une journée académique de la persévérance.
Monaco-matin, source d'infos de qualité

Une "semaine de la persévérance" pour dire non au décrochage scolaire

5 100 cas de décrochage dans l'académie, soit 8 % des élèves des A.-M. et du Var. Si le fléau est en recul, il reste cruellement d'actualité. La « semaine de la persévérance scolaire » vise à y remédier

Quels facteurs poussent plus de 100 000 élèves par an à décrocher du système scolaire ? Comment les rattraper ou, mieux, les en empêcher ?

Cette équation à plusieurs inconnues est au cœur de la « semaine de la persévérance scolaire », première du genre organisée jusqu'à vendredi par l'académie de Nice. Objectif : prévenir le décrochage. Cette cause d'intérêt public a mobilisé avant-hier les équipes pédagogiques au lycée Val d'Argens au Muy, tandis que des actions concrètes étaient présentées dans plusieurs établissements des Alpes-Maritimes et du Var.

Avec respectivement 2 746 et 2 354 cas de « décrochages » repérés l'an dernier, ces deux départements figurent plutôt parmi les bons élèves en la matière. Avec 5 100 élèves concernés, l'académie de Nice accuse un taux de décrochage scolaire de 8 %, en deçà de la moyenne nationale (9 %). A l'échelle nationale, le phénomène a d'ailleurs baissé ces cinq dernières années, passant de 136 000 à 110 000 jeunes.

« Un manque de sens »

Pas de quoi pavoiser pour autant. Le décrochage reste un fléau d'actualité aux causes multiples : piètre estime de soi, manque de motivation, difficultés à s'organiser, problèmes familiaux, tentation de l'à-quoi-bon... « Ces élèves se plaignent souvent d'un manque de sens dans le rapport à soi et à la société, constate Nathalie Fetnan, chef du service académique d'information et d'orientation. Ces élèves sont généralement des garçons, lycéens, issus des catégories les plus modestes. »

Pas question pour autant de baisser les bras. Proviseurs, professeurs, conseillers d'orientation, psychologues : chacun se mobilise pour élaborer des solutions. « La première chose à faire, estime Nathalie Fetnan, c'est d'éviter le décrochage. Et pour cela, il faut penser les méthodes pédagogiques et les compétences relationnelles. Pas seulement le rapport entre professeurs et élèves, mais au sein même de la communauté éducative. »

L'heure est donc à l'examen de conscience collectif. Pour offrir un avenir à ces jeunes « qui n'arrivent pas à se construire, qui demandent plus de temps et d'attention pour identifier leurs besoins ». Mais aussi pour mieux armer des enseignants en manque de moyens et de réponses, « qui peuvent eux aussi ressentir le décrochage comme un échec ».

Tel est l'objectif de cette « semaine de la persévérance ». L'occasion de partager les expériences mises en œuvre dans l'académie. Des actions concrètes dont nous proposons ici un aperçu. Parce que le décrochage est l'affaire de tous.

A Jean-Henri-Fabre à Nice, on cultive les projets fédérateurs. Comme cette expo d’affiches réalisée par les Segpa et notée par les autres collégiens.
A Jean-Henri-Fabre à Nice, on cultive les projets fédérateurs. Comme cette expo d’affiches réalisée par les Segpa et notée par les autres collégiens. Photo Franck Fernandes

A Nice, les élèves de Jean-Henri-Fabre acteurs de leur collège 

Implanté sous les barres HLM de Las Planas, le collège Jean-Henri-Fabre à Nice est l’un des établissements pilotes en matière de lutte contre l’absentéisme et le décrochage scolaire. Son arme : développer des projets interactifs pour transformer les 715 élèves en acteurs de leur collège. 

« L’idée, dévoile le principal Pierre Pellegrino, est de cultiver auprès de nos jeunes l’envie et l’intérêt de venir en cours. » Une formule qui marche dans cet établissement. Avec moins d’1,5 % d’absences d’élèves, il affiche l’un des taux les plus bas de l’académie. 

Pour cela, le chef d’établissement a misé sur les Segpa. Pour faire de ces sections d’études spécialisées, accueillant des élèves en très grandes difficultés scolaires et comportementales, un laboratoire à idées. C’est ici que sont lancés et testés des projets novateurs, avant de les généraliser aux autres collégiens de Fabre. Comme cette année, le projet personnel de formation et d’orientation. 

Contrat moral 

Derrière cette appellation se cache un contrat moral passé entre l’élève et les enseignants. « Chaque trimestre, nous fixons nos objectifs à atteindre, comme ne pas prendre la parole sans lever la main, ne pas s’emboucaner avec nos camarades, avoir de meilleures notes, énumèrent Romano et Maximilien, 15 ans, en 3e Segpa. Régulièrement, nous faisons le bilan, pour savoir si nous avons atteint nos objectifs. »  

Pour ces élèves difficiles à motiver, visualiser les progrès accomplis est une stimulation essentielle. « Nous les aidons aussi à cerner leurs goûts, leurs aptitudes pour qu’ils réfléchissent à un projet professionnel, explique Corine Verrando, directrice de Segpa. L’autre levier est de les amener à changer leur regard sur eux-mêmes, à se valoriser au travers de projets concrets. »

L’an dernier, ils ont réalisé une exposition de photos sur les métiers qu’ils ont présentée à l’ensemble des collégiens. Cette année, dans le cadre de la semaine de la persévérance scolaire, ils ont élaboré une série d’affiches et de logos qu’ils ont soumis au vote des autres collégiens de Fabre. 

« Tout cela leur a permis d’acquérir une aisance à l’oral qui leur sera utile dans leur formation future, note le principal. L’autre impact est la cohésion renforcée au sein du collège. Ici, tous les élèves se côtoient sans qu’il n’y ait de barrière entre les Segpa et les autres classes. » 

Le prochain grand rendez-vous est en avril, où tous les collégiens de Fabre devront remiser au placard jogging et baskets, le temps d’une journée chic en classe. Pour leur apprendre à conjuguer le savoir être...

Alexandre (au milieu) et Stella (à droite), avec leurs camarades du CAPd’agent polyvalent de restauration, mis en situation réelle dans leur lycée Val d’Argens, avant-hier au Muy.
Alexandre (au milieu) et Stella (à droite), avec leurs camarades du CAPd’agent polyvalent de restauration, mis en situation réelle dans leur lycée Val d’Argens, avant-hier au Muy. Photo FC

« Être en entreprise, ça m’a donné confiance »

Il a le regard enthousiaste du jeune homme qui sait où il veut aller.Elle a le sourire timide d’une jeune fille qui s’ouvre peu à peu aux autres. Il s’appelle Alexandre, a 17 ans, habite au Muy.Elle se prénomme Stella, a un an de moins et habite Flayosc.Leur point commun : tous deux ont repris pied après avoir été tentés de décrocher. Tous deux étaient présents au Muy, mardi, au service des équipes pédagogiques mobilisées dans la lutte contre le décrochage. Tout un symbole. 

« Quand j’étais en quatrième, rien ne me plaisait.La façon dont les profs enseignaient ne me plaisait pas du tout, témoigne Alexandre.J’ai donc redoublé la quatrième. On m’a mis en alternance.J’ai alors fait des stages d’une semaine en entreprise : Le Point chaud, Buffalo Grill, Proxi, Carrefour Market… Entre la 4e et la 3e, j’en ai fait sept ou huit. » 

Ces expériences vont changer le regard d’Alexandre.Lui qui rêve depuis toujours de devenir chef cuisinier, touche enfin du doigt ce monde du travail qu’il brûle d’intégrer.« Je n’arrive pas à rester assis.J’ai besoin d’être debout, de parler, de bouger.Être en entreprise, ça me met plus à l’aise, ça me donne confiance en moi. » 

La confiance, clé de la réussite.Alexandre l’a retrouvée à travers Le CAPd’agent polyvalent de restauration.Ce même CAPqu’a rejoint Stella.Alexandre était absentéiste; Stella, elle, était déjà en phase de décrochage avancé. Mais elle aussi a trouvé sa voie. 

« Ça nous tire vers le haut » 

« En 3e, on ne s’entendait pas très bien avec les profs, relate pudiquement Stella.J’avais beaucoup d’heures de colle.J’en ai parlé à mes parents.Pendant deux trois mois, je suis restée chez moi, sans perspective pour la suite, en attendant d’être prise par un lycée professionnel. » 

Le salut est venu du CAP proposé par le lycée Val d’Argens.Et des travaux pratiques, « où les professeurs me parlaient de ce que je voulais faire.C’est devenu un plaisir. »

Deux stages plus tard, Stella avait compris : elle deviendra pâtissière. Une seconde chance après son échec passé, qu’elle considère aujourd’hui avec recul : « Je pense que c’était un peu de ma faute.Ici, j’apprends mieux parce que je sais ce que je veux faire.Et vu qu’il y a une bonne ambiance entre nous, ça nous tire vers le haut. » 

David Giraud, coordonnateur de l’unité localisée d’inclusion scolaire du lycée du Muy, dévoile les secrets d’une réinsertion réussie : « Raccrocher l’élève, c’est d’abord partir de qui il est, en tant que personne et en tant qu’élève.Ensuite, on les raccroche aux valeurs de la République, en s’efforçant d’être justes avec eux.L’objectif est de leur redonner de la confiance, des perspectives, un projet… »

Deux ans d’études et, potentiellement, le succès à l’arrivée : certains élèves ont d’ores et déjà trouvé un emploi.

 

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