TÉMOIGNAGES. "Le 11 mai, ce sera sans moi", parents et enseignants perplexes pour la prochaine "rentrée" des classes

Emmanuel Macron a fixé la date du 11 mai pour sortir progressivement du confinement. Il débutera par la réouverture des crèches, écoles, collèges et lycées. Une annonce qui laisse perplexes les enseignants et les parents d'élèves. Certains confient même que le 11 mai, ce sera sans eux...

Damien Allemand Publié le 16/04/2020 à 20:18, mis à jour le 16/04/2020 à 23:28

90%! Parents et enseignants sur la même longueur d'onde. Ils sont près de 90% à être "contre" une rentrée des classes le 11 mai prochain selon un sondage fait jeudi 16 avril sur le site Internet de Nice-Matin (561 votants). 

Un retour sur les bancs de l'école jugé "prématuré" voire "dangereux" alors que la France est toujours durement touchée par l'épidémie de coronavirus.

"Progressif ça veut dire quoi? Par petits groupes? On ne sait rien! Les conditions de cette rentrée sont encore trop floues", résume Alain, professeur dans un collège de Nice. 

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Quelques jours après l'allocution d'Emmanuel Macron, nicematin.com a recueilli les témoignages de parents et d'enseignants qui livrent leur regard sur une rentrée des classes forcément particulière. 

"Je ferai cours parce que je suis obligé. Mais je ne renverrai pas mes enfants à l'école"

Pierre, professeur de sciences-physiques, au lycée de Costebelle à Hyères

"On se pose énormément de questions sur les conditions de cette rentrée. En tant que professeur je suis pour que l'on reprenne les cours. Mais pas dans des conditions complètement ubuesques. On a entendu qu'il fallait faire des petits groupes. OK, mais on fait quoi des autres. Ils restent chez eux? 

Personnellement, je serai à la rentrée le 11 mai parce que mon employeur me le demande. Mais en tant que père de famille, je n'enverrai pas mes deux filles à l'école! Je ne vois pas comment les enseignants peuvent assurer la sécurité de leurs élèves. Il est certain que l'école doit reprendre un jour pour ne pas qu'on perde les minots, mais il ne faut pas faire n'importe quoi."

 

 

"Le droit de retrait, j'y pense"

Aurore, enseignante dans une maternelle de Nice

"Depuis le début de l'épidémie, j'ai été volontaire pour assurer l'accueil des enfants des soignants. Au départ, ils étaient par groupe de 10 enfants mais c'était ingérable. On a finalement obtenu qu'ils soient par 5. À 5, on peut arriver à faire respecter la distanciation sociale entre les enfants. A plus, c'est impossible!

En plus du stress, il faut bien comprendre que nous n'avons plus du tout la même relation avec les enfants. Les enfants sont spontanés. Quand ils arrivent le matin, ils nous sautent dans les bras. On est obligé de maintenir la distance. En maternelle il y a beaucoup de jeux, c'est donc très compliqué de les occuper en respectant les consignes et en nettoyant régulièrement tous les jouets. Il nous faudra également des masques pour les enfants et pour nous.

Pour l'instant, nous n'avons aucune consigne. Mais pour moi c'est clair. Je ne serai présente le 11 mai si, et seulement si, les enfants sont par groupe de 5. Pour l'instant, nous n'avons aucune consigne. Si rien ne bouge, je pense au droit de retrait."

>> RELIRE. "J'ai essayé d'avoir des infos sur la rentrée le 11... et c'est compliqué"

"Il faut faire cours une semaine sur deux"

 

Isabelle, parent d'élève à Brignoles

"Je sais que les enfants doivent reprendre. Mais il ne faut pas se précipiter et faire n'importe quoi. Quand le ministre de l'Education nationale parle d'un retour progressif en classe, il a raison. Je propose que les effectifs de toutes les classes de collège soient divisés par deux. Les cours se tiendraient par roulement, une semaine sur deux, pour éviter les classes surchargées. 

L'autre condition, c'est bien sûr des masques et du gel pour les élèves et leur professeur. Et il faudra que tout le monde les porte. Sans ces mesures, je laisse mes enfants à la maison. La sécurité est plus importante que tout les reste."

"Il faut que tous ceux qui reviennent à l'école soient testés"

Paul, enseignant à Nice

"Je suis pour la rentrée des classes le 11 mai. Mais à une seule condition: que l'on ait tous eu un test sérologique avant de retourner en cours. C'est le seul moyen d'éviter que les écoles ne se transforment en porte-avions Charles-de-Gaulle..."

"Pour deux mois de cours..."

 

 

 

Vanessa, parent d'élève à Fréjus

"Reprendre le 11 mai, c'est faire  prendre des risques inconsidérés à nos enfants et aux professeurs! Et tout ça pour deux mois de cours! Il serait beaucoup plus sage d'attendre le mois de septembre pour repartir sur des bases peut-être un peu plus normales. Je ne comprends pas l'empressement à reprendre les cours pour quelques semaines... d'autant plus qu'on sait tous très bien qu'au mois de juin, les enfants ne font pas grand chose en classe."

"Mais comment faire respecter les gestes barrières?"

Olivia, professeure et parent d'élève à La Seyne

"Je suis maman et professeure de Lettres. Je ne remettrai pas mes enfant en petite et moyenne section de maternelle en mai. Comment leur faire appliquer, toute la journée, les gestes barrière? Impossible!

En tant qu'enseignante, je ne tiens pas non plus à exposer mes collègues et professeures des écoles. Mais en  tant que professeur ayant notamment à accompagner des 1ères pour qu'ils réussissent leur oral de français maintenu, je reprendrai le 11 mai. Mais je n'hésiterai pas à exercer dûment mon droit de retrait si des mesures sanitaires ne sont pas mises en place scrupuleusement pour protéger les élèves et moi-même."

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