Près d'un enfant sur trois âgé de 2 ans exposé aux écrans numériques: les conseils d’une pédiatre pour en limiter les effets néfastes

Tablettes, ordinateurs… Une étude de l’Insee s’intéresse pour la première fois à l’exposition des enfants de 2 ans aux écrans numériques (hors télévision). Résultat: plus d’un quart d’entre eux en utilisent. Pédiatre addictologue au sein du pôle pédiatrique niçois CHU-Lenval, le Dr Caroline Nocca explicite les effets de cette exposition sur le développement de l’enfant de 0 à 3 ans et délivre six conseils pour tenir les écrans à leur juste place dans la vie des plus petits.

Aurélie Selvi - aselvi@nicematin.fr Publié le 23/11/2022 à 18:03, mis à jour le 23/11/2022 à 18:12
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27% des enfants de 2 ans sont exposés aux écrans. Photo d'illustration Istock

"Pas d’écran avant 3 ans." Si cette recommandation de santé publique, inscrite dans les carnets de santé des enfants, est martelée depuis de nombreuses années, elle ne colle pas toujours avec la réalité de vie des tout-petits. C’est ce que révèle une étude de l’Institut national de la statistique et des études économiques, sortie ce 22 novembre. Pour la première fois, l’Insee y quantifie l’exposition des enfants aux écrans numériques (hors télévision) dès 2 ans.

Quel est le problème?

"Entre 0 et 3 ans, l’enfant a besoin de ses 5 sens pour pouvoir se développer. Pour cela, il doit interagir avec son environnement. Plus il est exposé aux écrans, moins il les sollicite. Cela peut avoir un impact important sur son développement cognitif, langagier, psychomoteur et émotionnel. C’est pour cela qu’il n’est pas recommandé de le faire. On sait tous très bien, cependant, qu’il y a les recommandations et la pratique", pose le Dr Caroline Nocca, en précisant bien : 

"Rien ne sert de diaboliser les choses ou de culpabiliser si notre enfant en bas âge regarde des écrans."

Cette pédiatre addictologue au sein du pôle pédiatrique Lenval de Nice délivre six conseils pratiques pour éviter les excès et les effets négatifs de l’exposition des 0 - 2 ans aux tablettes, smartphones, ordinateurs…

 

Fixer un cadre, un rituel

"Il est très important de penser les écrans comme une activité à part entière. Quand on suit un cours de sport, de dessin, on ne pratique pas toute la journée. C’est une activité codifiée: avec un horaire, des règles, un mode d’emploi. Le mieux est de prévoir un temps d’écran et de l’annoncer à son enfant en se mettant à son niveau: on va regarder un épisode de Tchoupi ou bien On fait une partie de ce jeu de lettres sur la tablette".

Rien ne sert, en revanche, d’évoquer avec lui une durée: "l’enfant de 0 à 3 ans n’a pas encore la notion du temps", précise la spécialiste. "Ces règles aident l’enfant à développer son auto-contrôle, ce qui lui évite aussi de développer plus tard des comportements d’addiction", ajoute-t-elle. 

Ne pas laisser son enfant seul face à l’écran

De 0 à 3 ans, mieux vaut éviter d’utiliser la tablette ou encore le téléphone comme une "nounou numérique" pour canaliser l’enfant quand on est soi-même occupé. Pour plusieurs raisons, détaille la spécialiste.

"Un enfant de 0 à 3 ans n’a aucun outil pour distinguer le réel du virtuel."

"Il absorbe donc complètement ce qu’il regarde, au premier degré, même un dessin animé", étaye-t-elle, en conseillant aux parents de "proposer des contenus strictement adaptés à l’âge de l’enfant".

"Laisser son enfant seul avec un écran, qui plus est avec accès Internet, est le plus dangereux. Sur Youtube par exemple, une comptine ou une vidéo du Père Noël peut enchaîner sur une publicité voire des vidéos pas du tout adaptées", met-elle en garde.

 

Bannir l’écran des repas et de l’avant coucher

Voilà deux lignes rouges à éviter de franchir pour le bien-être de son enfant en bas âge. "Pendant un repas, l’enfant a plus que jamais besoin de tous ses sens. Il regarde la couleur des aliments, leur aspect, il peut toucher, expérimenter, interagir avec son entourage…", explique le Dr Nocca.

"En mangeant devant un écran, il se concentrera sur ce qu’il regarde en priorité et la mémorisation des goûts et des odeurs des aliments en sera diminuée"

Juste avant le coucher, l’exposition à la lumière bleue empêche aussi un bon endormissement et l’acquisition d’un sommeil de qualité. "Le soir, le rituel à privilégier, c’est indéniablement la lecture d’une petite histoire", conseille la pédiatre.

Proposer des contenus stimulants

"Bien utilisés et avec un usage restreint, les écrans peuvent aussi avoir des effets positifs", nuance la pédiatre. Si on y expose son jeune enfant, celle-ci conseille de privilégier (à petite dose) les contenus stimulants, comme "les jeux permettant de développer des acquisitions qui serviront après à l’école” ou “des documentaires adaptés sous forme de dessins animés" permettant à l’enfant de découvrir de nouveaux mots et notions. "Cela sera déjà beaucoup mieux que de proposer à son enfant un dessin animé abrutissant, avec peu de vocabulaire."

Faire très attention à la luminosité

"On le sait très bien: les ophtalmologues ont tiré la sonnette d’alarme sur les troubles neuro-visuels qu'entraîne l’exposition des enfants à la lumière bleue. En fonction de la durée d'expo, on constate une augmentation à vitesse grand V des cas myopies", souligne la pédiatre de Lenval.

Pour limiter ce risque, elle conseille de diminuer systématiquement la luminosité de l’écran et de ne jamais y exposer l’enfant dans une salle sombre.

Montrer soi-même l’exemple

"Tel parent, tel enfant face aux écrans." C’est ce que pointe l’étude de l’Insee. Ainsi, 49% des enfants sont tenus durablement à distance des écrans quand les parents eux-mêmes n’ont pas de temps d’écran de loisir. Un chiffre qui tombe à 32% quand le parent y consacre lui-même plus d’1h30 par jour.

 

"Se mettre des règles à soi-même est fondamental car de notre rapport aux écrans découle celui de nos enfants. On scrolle tous et toutes sur notre téléphone, parfois jusqu'à en perdre la notion du temps. Le mieux est de s’octroyer ce moment quand son enfant est couché, en se fixant soi-même une limite", conclut le Dr Nocca.

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