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Six choristes diplômés à de l’Opéra de Monte-Carlo

Mis à jour le 20/06/2019 à 10:29 Publié le 20/06/2019 à 10:29
Ancien conducteur de travaux en électricité, ouvrier agricole ou militaire, ils ont décidé de tenter l’aventure et de devenir vignerons.

Six choristes diplômés à de l’Opéra de Monte-Carlo

Pontevès Cinq étudiants en formation viticole et œnologique ont été invités à rencontrer la propriétaire du domaine La Mercadine afin qu’elle leur transmette une partie de son expérience. Bio, foncier, matériel, vinification, commercialisation… Toutes les questions ont trouvé réponse, souvent sans langue de bois

Aux pieds des Bessillons, quelque part entre Pontevès, Fox-Amphoux, Cotignac et Sillans-la-Cascade, au bout d’une toute petite route qui s’échappe de la RD560, se trouve le domaine de La Mercadine, conduit, depuis 2001, par Lucie Moutonnet. Membre du réseau Dephy (lire par ailleurs), l’exploitation reçoit régulièrement, à l’initiative de la chambre d’agriculture (1), des étudiants du Centre de formation professionnelle et de promotion agricole (CFPPA) de Hyères (2).

C’était le cas ce mardi 11 juin : cinq adultes, accompagnés de leur enseignant, Pierre Mosser, et de Clémence Boutfol, consultante en viticulture pour la chambre d’agriculture, ont passé la matinée à découvrir tous les aspects de la vie de vigneron. Une visite qui marque la fin prochaine de leur formation et participe à l’élaboration de leur projet professionnel.

Rêves et tabous

Pour commencer, tout le monde s’installe autour de la table, dressée à l’extérieur de l’habitation, au milieu de l’exploitation. Café et petits gâteaux. Quatre chiens, de tous âges et toutes tailles, et un tout petit chat guettent les attentions. La pluie menace et « il fait bien plus frais que sur la côte. »

Chacun se présente. L’un est un ancien conducteur de travaux en électricité, l’autre ouvrier viticole depuis une dizaine d’années, le troisième vient de passer dix ans dans l’armée, la quatrième est professeur des écoles, la cinquième a travaillé en restauration et en sommellerie pendant dix-sept ans. Tous ont choisi de se reconvertir, de tenter l’aventure en viticulture. Un domaine qu’ils savent exigeant : « Là, ils sont en fin de cycle : les “gros” rêves et les tabous sont déjà tombés », assure Pierre Mosser. « Oh ? Moi je rêve encore ! », rassure immédiatement Lucie.

Reconvertie, comme eux

Lucie Moutonnet est, pour tous, un exemple évident. Déjà parce que, comme eux, elle est venue à la viticulture après une « autre vie » : en 2001, elle lâche une activité commerciale pour prendre les rênes de l’exploitation qu’avait créée son père, lui-même en reconversion, après avoir travaillé comme chimiste pour l’industrie nucléaire. « À l’époque, le domaine ne comptait que 5 ha de vignes. J’ai planté chaque année, jusqu’à compter 16 ha aujourd’hui, dont 12 sont exploités. L’objectif, c’est d’avoir 16 ha en exploitation, soit 20 plantés. »

Lucie fait rêver, mais raconte aussi les galères, petites et grosses, et ne manque pas de saluer la chambre d’agriculture, qui l’accompagne depuis des années pour les surmonter. « S’installer dans le Var ? Vous avez réfléchi au foncier ? Il y a bien le haut Var qui reste accessible, mais ça ne va pas être simple : ici, on a le problème de l’eau, qui affecte les rendements… »

Les idées s’enchaînent, au fil de la conversation : « L’idéal, c’est de faire de la polyculture et de travailler avec une coopérative. Ça permet de lisser les risques… Déjà parce qu’il ne faut pas rêver : le cours du rosé est au plus haut. Tout le monde surfe sur la vague. Mais qui peut garantir que cela va durer encore dix ans ? »

La Mercadine, qui produit plus de 90 % de ses vins en rosé, travaille avec la coopérative Estandon, à Brignoles. « Ça permet de garantir l’écoulement de la marchandise et une certaine stabilité des prix. Le vin rosé, ça ne se garde pas. Il faut que vous sachiez à qui vous le vendez avant de le mettre en bouteille. »

Lucie Moutonnet, s’adressant à l’une des étudiantes, particulièrement intéressée par l’aspect commercial du métier, est catégorique : « On doit travailler en direct, avec les coopératives et à l’export… Ça demande du temps. Par exemple, un marché aux États-Unis, ça se négocie pour cinq années, mais il faut un an pour le mettre en place. L’idéal, c’est d’avoir des marchés diversifiés, en Europe du Nord, au Japon, etc. Cela permet de bénéficier de la saisonnalité de ventes dans chacune de ces parties du monde. Mais c’est très compliqué, d’autant plus qu’il faut comprendre que les retombées financières sur ce genre de marchés s’évaluent après trois ans. »

« Clairement, les petits domaines ont besoin de davantage de savoir-faire commercial. C’est un milieu que l’on connaît mal et pour lequel on doit souvent mutualiser les moyens. Et puis : on n’a pas toujours le temps de gérer ça en plus de l’exploitation. »

Une partie de la production de La Mercadine est écoulée en direct, sur les foires et marchés locaux, notamment dans le 04. Une tâche à laquelle, là encore, se colle Lucie Moutonnet : « C’est toujours plus sympa de travailler avec des particuliers, notamment parce qu’il est plus simple de les fidéliser, contrairement aux professionnels. Vendre aux restos, ça suppose d’en faire le tour en permanence, donc d’avoir quelqu’un pour le faire… »

« Certains de mes bons clients deviennent, au fil du temps, des “ambassadeurs” et “diffusent” mes vins autour d’eux. Tout cela a un avantage évident : s’il y a un problème sur un produit, je suis immédiatement prévenue. Je sais donc tout de suite que quelque chose ne s’est pas bien passé dans ma production et je peux “corriger” le tir, aussi bien techniquement que commercialement. »

La Mercadine vient de décrocher son label « bio » après trois ans de mise à l’épreuve. « Une période de transition assez pénible, durant laquelle vous ne bénéficiez pas des avantages du bio, tout en subissant toutes les contraintes… »

Lucie Moutonnet raconte sa conversion : « En 2001, la chambre d’agriculture m’a accompagnée dans la démarche TerraVitis (3). L’objectif était déjà de réduire l’indice de fréquence des traitements (IFT). Puis Clémence [Boutfol] est arrivée à la chambre et m’a emmenée jusqu’à 60 % de réduction des traitements… Il ne restait plus grand-chose à faire pour devenir bio, alors autant y aller ! »

Elle y va si bien qu’elle parvient au niveau « Haute valeur environnementale » (HVE), qui ajoute le volet « préservation de la biodiversité et des espèces auxiliaires » sur l’ensemble de l’exploitation, « en réponse à une pression environnementale et sociétale ». « En fait, c’est facile, il suffit de doser en fonction du besoin : petites feuilles, petit traitement, grandes feuilles, gros traitement… Souvenez-vous : on ne donne pas un Doliprane 1 000 à un nourrisson. » Dit comme ça, ça a l’air facile.

Les étudiants sont conquis… Et vite refroidis : « Par contre, des fois, le bio, c’est mal foutu », assène Lucie. « Par exemple : on a un risque de flavescence dorée cette année (une maladie qui peut être fatale à la vigne, Ndlr). Pas le choix : il faut traiter. Sauf que le produit de traitement bio est peu ciblant : il va flinguer les espèces environnantes et, du coup, la biodiversité, tandis que son équivalent en “phyto” (“chimique”, Ndlr) est ciblant et… presque dix fois moins cher. »

C’est un aspect du métier qui fait peur : comment s’en sortir quand on est confronté à la perte d’une partie de la récolte ? « Une année “normale”, on produit 950 hectolitres. En 2018, on est tombés à 450 : 20 % de perte à cause du mildiou, 30 % à cause de la grêle », soupire Lucie.

« Le vigneron, il ne veut pas voir que ses vignes sont malades… T’as beau regarder, tu vois pas. Alors que l’expert de la chambre, lui, il va le voir et te mettre devant la réalité. » En 2018, un seul pied de vigne porteur de flavescence dorée a été décelé à Pontevès à l’automne 2018. « Ça veut dire qu’il y a un foyer, quelque part… Que, peut-être, on ne l’a pas vu. Vous savez comment ça marche : un pied touché une année, c’est cent pieds l’année suivante et ainsi de suite… Il faut mettre un maximum de moyens sur la prospection. »

Évidemment, la pression est au maximum pour cette année : « On va bientôt savoir si on a “raté” le foyer et si le traitement a fonctionné ou non. »

« Préparez-vous à ne pas avoir de revenu une année sur cinq en moyenne. » Lucie Moutonnet ne fait pas dans la dentelle quand il s’agit de présenter son activité.

« Il y a les maladies (lire ci-contre), les sangliers… Ici, on est entourés de forêts. Quand ils n’ont plus rien à y bouffer, ils descendent chez nous et ravagent tout. Depuis un an ou deux, c’est un peu mieux (le nombre de bêtes présentes dans le Var a quasiment été divisé par deux en raison des sécheresses et de certaines maladies, Ndlr). Beaucoup les tirent à vue, toute l’année… »

La grêle n’a pas fait de cadeaux aux viticulteurs ces dernières années. « On est en train de tester des parades. De l’autre côté du Bessillon, à Correns, ils sont presque prêts. Nous, on n’est pas assez nombreux : on n’est pas au point cette année », explique Lucie. « Il y en a qui envoient de l’iodure d’argent dans les nuages avant que la grêle tombe : c’est censé empêcher sa formation et ne donner que de la pluie. Mais bon… Quand on est en bio, balancer de la chimie au-dessus des cultures, c’est un peu bizarre… » De toute façon, ce type de protection, plus ou moins efficace, suppose un maillage précis des parcelles, au long desquelles il faut disposer des canons dirigés vers le ciel… « On n’est pas assez nombreux, pas assez regroupés et ça coûte cher. »

Le plan B, ce sont les filets, que l’on pose directement autour des rangées. « Mais ça pose différents problèmes : les filets créent un microclimat, augmentent l’humidité et modifient les rythmes de maturation… Autre souci : le traitement bio doit s’appliquer “au contact” du feuillage. Pas question de démonter/remonter les filets pour traiter… On est en train de tester si ça marche quand même sur une vingtaine de rangs… »

Évidemment, comme le suggère l’un des étudiants, il existe des assurances pour couvrir le risque grêle. « Il faut voir si c’est rentable ou non… Calculez que la grêle vous fait perdre 20 % de vos récoltes en moyenne, soit une récolte sur cinq. L’assurance couvre, mais la franchise varie de 10 à 20 % : là encore, vous perdez la valeur d’une récolte sur cinq… »

« C’est le jeu, assène Lucie : vous allez apprendre à tout calculer sur cinq ans. Il ne faut surtout pas compter sur des conditions particulières ou un rendement annoncé. Là, t’es en face de la nature : ça ne se passe jamais comme prévu. Après… Il ne faut pas se décourager : à vous de décider de ce que vous voulez, de vous fixer un cap et de vous y tenir. Il faut un peu de folie pour faire ce métier, mais c’est une folie qui se calcule. Osez ! Vous êtes ceux qui vous connaissez le mieux, alors fixez vos limites et vos objectifs et faites de votre mieux. Peut-être que vous n’aurez pas de résultat, mais c’est ce qui vous permet de vivre la vie que vous avez choisie. Il faut garder à l’esprit que vous faites un super métier, qui n’est jamais répétitif et dans lequel il est toujours possible d’évoluer. »

« Dephy » a pour finalité d’éprouver, de valoriser et de déployer des techniques et systèmes agricoles économes en produits phytosanitaires et économiquement, environnementalement et socialement performants, à partir d’un réseau national couvrant l’ensemble des filières végétales françaises et mobilisant toutes les parties prenantes du développement agricole, de l’enseignement, de la recherche et du transfert en agriculture.

Le réseau est composé de deux dispositifs : « Ferme » regroupe 3 000 agriculteurs engagés dans une démarche de réduction des pesticides, « Expe » rassemble des projets testant des systèmes de culture économes en pesticides (entre 2012 et 2018, 41 projets sur près de 200 sites expérimentaux).

Lucie Moutonnet (en noir, au centre), a longuement présenté son métier et son histoire aux cinq étudiants en viticulture venus de Hyères.
Une grande partie de la production de La Mercadine est commercialisée par la coopérative Estandon, à Brignoles.
Planter, tailler, traiter, récolter, commercialiser… Au bout du compte, c’est un verre à la main que l’on profite de son travail.
G. J.
Lucie Moutonnet.

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