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Assistante familiale : Hamel, maman de substitution

Mis à jour le 07/02/2020 à 18:43 Publié le 13/02/2020 à 18:00

Assistante familiale : Hamel, maman de substitution

Les assistants familiaux ouvrent les portes de leur foyer à des mômes dont les parents ne sont pas toujours en mesure d’assurer leur rôle. C’est cas d’Amel Hamiche, à Nice.

Donner un sens à sa vie professionnelle. S’épanouir. Se sentir utile. Pour beaucoup, c’est quelque chose d’essentiel. Mais c’est un dessein qu’on ne touche pas toujours du doigt tout de suite. Au démarrage d’une carrière. Il faut parfois patienter, fureter, réfléchir. Jusqu’à trouver la solution, la voie qui saura nourrir chacune de ses fibres. Amel Hamiche a pris ce temps. Elle a fait des études de lettres, enseigné le français en Algérie. Puis elle s’est occupée de ses trois enfants, à Nice. Elle savait que ça ne pourrait pas s’arrêter là...


"La décision n’a été prise ni seule, ni rapidement." Elle sourit. Sur ses genoux, un petit bonhomme gesticule joyeusement. Il a six ans. Elle n’est pas sa maman mais elle organise et anime son quotidien au même titre. À côté d’elle, Gibril étouffe un rire. À 11 ans, il est le plus jeune de ses trois garçons. Peut-être le plus complice aussi. Il chatouille les pieds du minot agrippé aux épaules d’Amel. "Quand j’ai évoqué la possibilité de devenir assistante familiale, d’accueillir des enfants que l’on aurait retirés momentanément à leurs parents, Rachid, mon mari et mes deux grands ont été plutôt partants. Gibril a eu plus de mal..."

Eric Ottino

une formation diplômante

Il n’avait pas dix printemps. Il avait bien compris qu’on lui demandait de partager maman. D’ouvrir la porte à un petit môme en détresse. Ou à plusieurs. De tout partager, en fait. "J’étais un peu..." Il rougit. Hésite. "Jaloux... j’sais pas. En plus, il fallait que je partage ma chambre et tout." Et un jour, quelques années plus loin, il s’est senti prêt. "Il est venu me voir et me l’a glissé..." Il ne suffisait que d’un mot... Amel Hamiche se lance.

"J’ai été agréée en mars 2016. J’ai suivi une formation diplômante sur deux ans. On a ensuite travaillé sur des fiches profils avec les équipes du conseil départemental – qui gère le dispositif – pour bien définir notre souhait. Nous avions déjà un rythme bien établi, avec des enfants grands, des activités. S’occuper d’un bébé, par exemple, aurait été compliqué." Tout est mis en œuvre pour que la famille et l’enfant accueilli trouvent leurs marques le plus vite possible.

Soit il s’agit de placements administratifs – à l’initiative des parents –, soit de placements judiciaires. Dans ce second cas, les enfants sont retirés de leur milieu familial. Cela constitue la majorité des cas. Pas ce qu’il y a de plus évident. "Il faut savoir que les arrivées ne sont jamais simples." Elle sourit, dirige son regard vers Hichem, 19 ans et Zaky, 17 ans. "Il y a aussi des départs qui ont fait pleurer tout le monde."


Elle marque une pause. Yeux luisants d’émotion. "Pourtant, s’ils partent, logiquement, c’est que leur situation s’est arrangée..."
Gibril incline délicatement la tête vers l’épaule de sa mère.

Eric Ottino

le secret professionnel


C’est vrai que c’est un métier particulier. Où l’on s’engage tout entier. La tête, les bras, le cœur. Et tout le temps. Le jour, la nuit, dans la rue, chez le docteur, à la maison, quand on dîne avec des amis. Il n’y a pas de coupure, peut-être quelques "vacances" pendant lesquelles il est recommandé de couper avec les petits bouts que l’on accompagne. Tout le monde ne le fait pas au-delà de l’unique semaine obligatoire. Il y a cette nécessité de se considérer un temps comme les membres d’une même famille, tout en sachant qu’il y aura toujours des non-dits. Des secrets... professionnels. 

Amel Hamiche souffle: "Il y a des choses, sur la situation des enfants que l’on me confie pour que je puisse adapter mes méthodes, que je ne peux même pas dire à mon mari." Elle respecte ça. Scrupuleusement.
Elle sait pour quelle raison. Quel sens ça a. "J’ai grandi avec des enfants placés.Ma mère était aussi assistante familiale. Elle a fait ça quarante ans.Elle a travaillé au-delà de soixante-dix ans."

Pas pour autant qu’elle s’est orientée automatiquement vers cette profession. "Mon désir est arrivé tardivement finalement. Ce n’est pas parce qu’on est fille de, que l’on maîtrise le sujet. Que l’on se sent capable. Que les choses sont simples. Tous les jours, je suis surprise et tous les jours j’apprends."Et puis les temps changent. Les mentalités aussi.


"À l’époque de ma mère, les assistantes familiales étaient considérées comme des nounous améliorées... Pas plus. Heureusement, ça a bien changé. Nous sommes plus considérées, beaucoup plus fortement accompagnées." Elle a besoin de ce contact avec les équipes qui coordonnent. "On sait qu’au moindre souci, on peut les solliciter. D’ailleurs, nous les informons de tout ce que nous entreprenons.Nous avons des comptes à rendre et c’est bien normal."


Amel Hamiche a deux enfants placés. "Le second a neuf ans et il est avec ses proches aujourd’hui. Le reste du temps, il est avec nous. Il partage sa chambre avec celui-ci." Clin d’œil amusé. Le pitchoun est debout dans le canapé, dans son dos. Elle rit. "Il me coiffe! Pitié, pas de photos! Des fois il me fait des trucs pas possibles!" Gibril, Jaky et Ichem éclatent de rire eux aussi.

L’ambiance est douce. Bienveillante.
Familiale.

Eric Ottino

se remettre en question


Elle se redresse: "Parfois les gens rigolent et me disent : oh toi, tu es au foyer, c’est cool. Moi? Nous sommes quand même sept à la maison! Ca demande une organisation rigoureuse! Je fais les courses, à manger, je lave, j’emmène, je ramène, j’habille, j’aide aux devoirs, je console, je soigne... et j’écris, je rends des comptes, j’ai des rendez-vous professionnels. Et le soir, je me couche et je refais le film de la journée. Ce qu’on a fait, pas fait, réussi ou raté. Ce qu’il faudra peut-être gérer différemment. Il ne faut pas oublier non plus que nous avons des petits bouts avec des parcours souvent très difficiles."


Elle dit qu’il est indispensable de se poser des questions, de se remettre en question.
On ne sait pas bien si elle a le droit de dire qu’elle aime. Peut-elle lutter? Ne pas s’engager avec les tripes? Pour combien de temps d’ailleurs? Elle hausse les épaules. "Peut-être jusqu’à leurs 21 ans." Ou peut-être pour deux mois seulement. Elle ignore également si elle exercera en tant qu’assistante familiale toute sa vie. "Je ne m’interdis pas d’arrêter un jour si je sens que j’ai atteint mes limites."


Elle est vigilante, Amel. Autant avec elle-même qu’avec les mômes. Sinon elle ne pourra plus bien faire les choses.
Le petit bonhomme se met à chanter. Sourire. "Il chante tout le temps!"
Jaky est musicien et confirme, en rabattant une mèche de cheveux derrière son oreille: "Il a une jolie voix, en plus."


Dans sa chambre, il y a un petit synthé.
Il file. On le suit. Il nous joue Au clair de la lune.
Fier.


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