Edito

Par Denis Carreaux

Hanouna animateur de sévice public, Sardou dans le texte, vaches à fortes émissions... La Semaine vagabonde de Denis Carreaux

Denis Carreaux, directeur des rédactions du Groupe Nice-Matin, revisite l'actualité de la semaine.

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Publié le 22/01/2023 à 07:15, mis à jour le 27/01/2023 à 11:12
Le députée EELV a répondu à Michel Sardou en brandissant une pancarte lors de la manifestation contre la réforme des retraites. Photo Twitter.

Lundi

Animateur de sévice public. Si Cyril Hanouna a pris comme résolution de faire pire en 2023 qu’en 2022, c’est déjà gagné. Dans une séquence de 6 mn façon stand-up, tenue blanche de gourou et grands gestes à l’appui, l’animateur assassine le service public de l’audiovisuel.

"Privatisez-moi ça ! C’est une honte ! Avec les 4 milliards qu’on leur donne, on pourrait acheter des autos pour la police, refaire des hôpitaux et même augmenter les enseignants. C’est notre oseille !".

Venant d’un caïd du PAF qui doit sa carrière à ce même service public, la charge apparaît surréaliste. Et quand on se souvient que Vincent Bolloré a signé en 2015 un chèque de 250 millions d’euros pour garder sur C8 son bouffon préféré, on se dit que l’indécence n’a décidément pas de limites.

Mardi

1904-2023. En ce début d’année, un raz-de-marée déferle sur le sud de la Bretagne. En juin, des inondations font 17 morts dans la Sarthe. Quelques semaines plus tard, la France étouffe.

À Paris, il fait 39 degrés, à Montpellier, 43. Personne ne parle alors de dérèglement climatique. En 1904, la durée quotidienne du travail des mineurs de moins de 18 ans est réduite à 10 h tandis qu’on se gausse des idées folles de la CGT, fondée neuf ans plus tôt à Limoges, qui ose revendiquer la journée de huit heures et le repos hebdomadaire pour tous. 1904, cela nous paraît si loin.

C’est pourtant l’année de naissance de Sœur André qui vient de rendre son dernier souffle à Toulon à l’âge de 118 ans. Notre doyenne de l’humanité n’a pas seulement vécu plusieurs vies sous 18 présidents de la République successifs. Elle a traversé l’histoire.

Mercredi

Sardou dans le texte. Il a vendu cent millions de disques, les billets pour sa nouvelle tournée d’adieu s’arrachent, les étudiants de droite, de gauche, du centre et d’ailleurs braillent ses chansons à en perdre la voix dans les soirées étudiantes.

À bientôt 76 ans, Michel Sardou n’a plus rien à prouver. Il a en revanche beaucoup de choses à dire. La place des femmes, les milliardaires qu’on veut supprimer, les politiques qu’il étrille, les excès de vitesse qu’il revendique : l’interview façon café du commerce orchestrée par BFMTV lui donne l’occasion de se lâcher.

Histoire d’en rajouter, la chaîne a même invité son poto Patou Balkany qui intervient à distance, contrôle judiciaire oblige. Entre sourire, admiration et moments de gêne, les saillies de Sardou font mouche. Sa sortie sur le mari "déconstruit" de Sandrine Rousseau (" On ne faudrait pas faire une marche pour aider ce pauvre mec ?") lui vaut même une pancarte "Sardou ta gueule" brandie dans la manifestation parisienne du lendemain par l’élue écolo qui n’a manifestement pas saisi le côté second degré d’un chanteur toujours aussi provoc. On en redemande

Jeudi

Le million ! Pour une fois, les chiffres ne sont pas contestés. Avec 1,12 million de manifestants selon la police, la première journée de mobilisation contre la réforme des retraites est un succès qui surprend jusqu’à certains responsables syndicaux. Pour l’exécutif, le coup de semonce est violent. Le rejet est fort, la contestation massive et la part des primo manifestants élevée, preuve que les efforts de pédagogie de ces dernières semaines n’ont servi à rien.

Convaincu de la nécessité et de la pertinence de sa réforme, Emmanuel Macron aurait tort de minimiser l’exaspération du pays, au-delà du folklore des défilés et des slogans syndicaux. En multipliant les déclarations fermes et les postures bravaches, il prend de risque de crisper encore davantage des Français déjà à cran.

Entre inflation, prix des carburants, disparition du timbre, fuite des services publics, zones à faible émission et sentiment de déclassement, les motifs de mécontentement s’additionnent. Les risques d’escalade sociale avec.

Vendredi

Barons noirs. On savait le Parti socialiste à l’agonie, asphyxié par son ralliement à la Nupes après le score historiquement faible (1,75 %) d’Anne Hidalgo à la présidentielle. Il est en train de nous démontrer qu’il peut encore tomber plus bas. Entamée dans l’indifférence générale, la bataille pour la direction du parti vire à la farce.

Dans une lutte au couteau façon Royal-Aubry 2008 à Reims, le Premier secrétaire sortant Olivier Faure et le maire de Rouen Nicolas Mayer-Rossignol revendiquent tous deux la victoire, s’accusant de fraudes et de tricheries.

On parle même de menaces de mort. Un psychodrame digne des meilleurs moments de l’excellente série télé Baron noir, imaginée par d’anciens cadres du PS à une époque où le parti pouvait encore prétendre à un rôle de premier plan. C’était il y a bien longtemps…

Samedi

Vaches à fortes émissions. Alors que la grogne monte autour de la mise en place des zones à faible émission dans nos villes, un autre combat pour la préservation de la planète se joue en rase campagne. Au milieu des champs, ce ne sont pas les antiques C15 diesel des agriculteurs qui sont en cause, mais les vaches dont rots et flatulences dégagent du méthane, un gaz à effet de serre 25 fois plus nocif que le CO2.

Danone, qui s’engage à réduire ses émissions de 30 %, a décidé de s’attaquer à cette source de pollution avec les 58 000 éleveurs qui lui fournissent du lait. Alimentation plus équilibrée pour faciliter la digestion, compléments alimentaires, capteurs à carbone : les solutions ne manquent pas.

Une start-up est même en train de mettre au point un système de masque fixé au-dessus des naseaux de l’animal qui piégera 50 % du méthane émis par les rots de ces vaches à fortes émissions. L’équivalent du catalyseur pour les voitures.

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