“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.

Je veux bien mais j'ai la freebox

Connectez-vous

pour sauvegarder mes filtres et personnaliser mon flux

continuer sa lecture

lire le journal

Découvrez l’offre abonnés numérique > J’en profite

Trois clés pour comprendre la mondialisation

Mis à jour le 02/04/2021 à 18:10 Publié le 01/04/2021 à 18:30
La crise sanitaire a révélé notre dépendance aux nombreux biens que nous importons.

La crise sanitaire a révélé notre dépendance aux nombreux biens que nous importons. (Photo Guillaume Bolduc - Unsplash)

Je découvre la nouvelle offre abonnés

Trois clés pour comprendre la mondialisation

La Covid-19 a révélé la dépendance de notre économie au commerce extérieur. Est-ce suffisant pour remettre en cause les bienfaits de la mondialisation? L'expertise de Flora Bellone, professeur d'économie à l'Université Côte d'Azur.

Rappelez-vous, c’était il y a un an: pénurie de gel hydroalcoolique, de masques... La Covid-19 mettait au jour la dépendance de nos économies au commerce extérieur. En France, le réveil a été brutal lorsque nous avons compris que les biens de protection dont nous avions besoin en urgence absolue n’étaient pas produits dans l’Hexagone, et très peu sur le territoire européen. Un an après, nous sommes toujours confrontés à des tensions fortes sur l’approvisionnement de nombreux biens. Que révèlent-elles des limites de la mondialisation? Quels sont les grands défis à venir?
Des bienfaits indéniables
On réduit souvent les bienfaits de la mondialisation aux gains de pouvoir d’achat pour le consommateur. C’est un fait: son chariot de courses est moins onéreux quand il s’approvisionne à bas prix auprès de grandes enseignes qui optimisent leur logistique de production à l’échelle internationale. Il y gagne aussi en diversité de choix et en rapport qualité-prix sur de nombreux biens d’équipement du foyer.
Pourtant, le véritable gain de la mondialisation est ailleurs. Nous en avons l’exacte mesure aujourd’hui en ayant accès à un bien vital, nommément le vaccin contre la Covid-19 qui n’a pas été mis au point sur le territoire français. La coopération scientifique internationale et les échanges mondiaux ont permis de mettre à notre disposition, en un temps record, un bien commun essentiel. Certes, les conditions d’approvisionnement ne sont pas optimales mais des vaccins sont acheminés à travers le monde grâce au commerce international...
Ces gains liés à la diffusion des innovations n’ont rien d’anecdotique ou de spécifique à la pandémie. Ce sont ces mêmes gains qui ont nourri l’extraordinaire prospérité des premiers pays industrialisés.

Les limites

Si les transferts internationaux de technologie sont sources de richesse, ils peuvent créer de fortes tensions entre les pays. Par exemple, ces transferts entre l’Europe, l’Amérique du Nord et le Japon ont tant renforcé la compétitivité de cette triade que très peu d’autres pays ont réussi à démarrer leur propre industrialisation malgré des coûts de main-d’œuvre très faibles. Ce n’est qu’à partir de la fin du XXe siècle que de grands pays émergents ont commencé à s’industrialiser.

Le phénomène s’est accéléré avec la révolution du numérique et l’expansion des chaînes de valeur mondiales. Ce qui a fait perdre aux pays de la triade le bénéfice de leur monopole technologique et une partie de leurs emplois industriels. Sur la base de ces changements brutaux de compétitivité, de nouvelles tensions se créent aussi au sein des pays. D’abord, l’expansion des chaînes de valeur mondiales baisse le pouvoir de négociation des salariés vis-à-vis des détenteurs de technologies. Ensuite, elle réduit l’effet d’entraînement de l’activité des grandes entreprises vers le tissu des petites et moyennes entreprises sur un territoire donné. Les grandes entreprises se tournent massivement vers des fournisseurs étrangers tandis que les PME locales ont des difficultés à se repositionner vers de nouveaux clients à l’international.

Les grands défis à venir

Face à ces nouvelles tensions, nous pourrions être tentés par le repli sur nous-mêmes en restaurant les barrières douanières, ce qui augmenterait le coût d’achat des biens étrangers et favoriserait les fournisseurs locaux. On pourrait aussi être tenté de sortir de l’Union européenne, comme le Royaume-Uni, pour jouer cavalier seul dans la mondialisation.

Mais, fondamentalement, ce sont de mauvaises solutions. Une guerre commerciale entre pays nous pousserait dans le dictat de la loi du plus fort qui ne serait pas à l’avantage de la France. Cela entraverait aussi la coopération internationale visant à promouvoir un développement plus responsable.
Quels sont alors les vrais défis à relever? Le premier est celui de la coordination des Etats sur de nouveaux modes de gouvernance multilatérale régulant plus efficacement les flux internationaux et orientant les progrès technologiques vers la sécurité sanitaire et la protection environnementale. Les Etats doivent aussi s’accorder pour imposer davantage de transparence aux activités des multinationales et lutter plus efficacement contre l’évasion fiscale.
Le deuxième grand défi est celui de la gouvernance locale. Comment concilier les circuits courts et longs afin de promouvoir un développement harmonieux de chaque territoire? Il est difficile pour un professionnel du tourisme de résister à la tentation d’orienter toute son offre vers une demande étrangère prête à payer des prix beaucoup plus élevés. Réciproquement, il est difficile pour un consommateur d’acheter des produits locaux plus chers uniquement dans le but de soutenir l’industrie locale. En reconnectant entrepreneurs et consommateurs locaux, la crise sanitaire a eu du bon.
Mais il faut encore trouver les moyens de pérenniser la coexistence de ces deux types de circuits à la fois à l’échelle locale et nationale.
Améliorer l’étiquetage pour informer le consommateur sur le coût environnemental total (incluant la production et le transport) des biens offerts devrait être une priorité. Promouvoir l’expansion de circuits monétaires dédiés aux circuits courts, fondés sur les nouvelles opportunités qu’ouvrent les monnaies numériques locales semble une voie prometteuse.

Qu’est-ce qu’une chaîne de valeur mondiale?


Une chaîne de valeur mondiale est une succession d’activités exécutées par des entreprises installées dans différents pays pour créer de la valeur lors d’étapes allant de la conception, à la production, puis a la commercialisation d’un produit. Par exemple, un vélo peut être assemblé en Finlande avec des pièces détachées venant d’Italie, du Japon et de Malaisie et commercialisé en Allemagne.
Pour plus de 70%, ces chaînes sont organisées autour de l’activité de grandes multinationales, comme par exemple les constructeurs automobiles, mais elles peuvent aussi
être le fait de réseaux internationaux de petites et moyennes entreprises, comme, par exemple, certains circuits de commerce équitable.

Offre numérique MM+

...


commentaires

Les insultes, les attaques personnelles, les agressions n'ont pas leur place dans notre espace de commentaires.
Tout contenu contraire à la loi (incitation à la haine raciale, diffamation...) peut donner suite à des poursuites pénales.