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Selon cet expert de l'énergie, les prix à la pompe "n’ont pas fini de flamber"

L'envolée des prix de l'essence est due à "une conjonction de facteurs", dont la crise sanitaire, explique l’expert Jacques Percebois.

Propos recueillis par Christophe Cirone. Publié le 20/01/2022 à 13:31, mis à jour le 20/01/2022 à 12:41
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Jacques Percebois, spécialiste de l’énergie. Photo DR.

Spécialiste de l’énergie, Jacques Percebois est professeur émérite à l’université de Montpellier et à l’école des Mines à Sophia Antipolis. Il dirige le Centre de recherche en économie et droit de l’énergie (CREDEN). Il porte son regard affûté sur l’envolée des prix à la pompe.

Comment expliquer ces niveaux records?

Le prix du pétrole brut retrouve des niveaux que l’on a connus précédemment. Les prix étaient déjà élevés en 2018 et en 2008. Cette année-là, le baril de Brent était à 147 dollars le litre, contre 82 dollars ce lundi. Si seul le prix du pétrole augmentait, ce serait mieux accepté. Sauf que tout flambe! Les denrées alimentaires, les produits importés de Chine, l’immobilier... Le carburant, c’est un peu la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

Cette flambée découle-t-elle de la crise sanitaire?

 

C’est en partie lié. Déjà, la demande est repartie. Ensuite, il existe une incertitude, notamment pour la Chine. Ceci explique que les producteurs de pétrole ne veulent pas trop desserrer les vannes: s’ils produisent davantage et que la demande baisse, les prix vont s’effondrer. Il y a aussi un facteur politique: tensions au Kazakhstan, entre Russie et Ukraine... A ceci s’ajoutent les problèmes au Canada [où le froid extrême contrarie la production, ndlr]. Et aux États-Unis, Biden a gelé certains permis de forage. Il n’y a pas un facteur, mais une conjonction de facteurs.

Baril de brut moins cher qu’en 2008, mais prix à la pompe plus élevés. Qu’est-ce qui a changé entre-temps?

Les coûts de raffinage ont tendance à monter. Les taxes, elles, restent très élevées. Et la taxe carbone n’existait pas à l’époque. Mais il faut être cohérent: si on veut abandonner les énergies fossiles, ce n’est pas avec un [prix du] pétrole bas que l’on va encourager la transition écologique.

Décomposition du prix des carburants Infographie Rina Uzan.

L’État pourrait-il baisser les taxes?

Il a déjà baissé les taxes sur le gaz, sur l’électricité… Il ne peut pas le baisser partout. Sinon, il n’a plus de rentrées fiscales!

 

Quels autres leviers actionner?

L’État peut jouer sur le chèque énergie. C’est toujours préférable de cibler les revenus modestes. À court terme, le pouvoir d’achat est amputé pour les catégories modestes, mais aussi moyennes.

Les entreprises ont-elles un rôle à jouer?

Les entreprises françaises ont été assez bien aidées pendant la période du Covid. Il serait légitime qu’elles aident les salariés dans une période difficile pour eux…

Le prix des carburants va-t-il continuer à grimper, à l’instar de celui du baril?

Cela va se répercuter à la pompe. Tant que l’hiver n’est pas terminé, c’est compliqué de penser à une baisse du prix des énergies. Cela va dépendre de la demande, et de la façon dont l’OPEP [Organisation des pays exportateurs de pétrole] va s’ajuster. Ils savent qu’ils ne peuvent pas trop serrer la vis, sans quoi, ils vont tuer la poule aux œufs d’or. En 2050, les énergies fossiles auront quasiment disparu en France ou en Europe... Alors, au printemps, s’ils sentent que la demande est bien repartie, ils vont un peu desserrer les vannes.

L'évolution du prix des carburants depuis 10 ans. Infographie Rina Uzan.

Offre numérique MM+

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