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Salaire divisé par deux, voire plus, la colère monte chez les employés du Café de Paris à Monaco

Une centaine d’employés de la plus célèbre des brasseries de Monaco ont vu leurs salaires divisés par deux, voire plus, depuis l’arrêt de l’activité. Et ils ne sont pas les seuls à la SBM…

arnault cohen Publié le 14/05/2020 à 20:09, mis à jour le 14/05/2020 à 20:37
La reprise d’activité au Café de Paris risque d’être bien tendue… Photo Jean-François Ottonello

Au Café de Paris, ils sont une centaine. Si l’on ajoute ceux de l’Hôtel de Paris, de l’Hermitage, du Monte-Carlo Bay ou encore du Buddha-Bar, ils sont quatre à cinq fois plus.

Eux, ce sont les salariés de la SBM payés « à la masse ». En clair, ces personnels, la plupart du temps ceux qui officient en salle, perçoivent un salaire fixe – autour de 1 700 euros – et une part variable, qui peut faire considérablement grimper le montant de la paie. Cette « masse » dépend de trois critères : le chiffre d’affaires de l’établissement sur le mois, l’échelon de l’employé, son ancienneté dans l’entreprise.

Depuis l’arrêt de l’activité, consécutif à l’épidémie de coronavirus, tous ces employés ne perçoivent plus que le montant du CTTR, le Chômage total temporaire renforcé, versé par l’État. Soit 1 800 euros.

Jusqu’à 60 % de salaire en moins

Pour mieux comprendre la situation de ces salariés, un exemple précis vaut mieux que de longues colonnes d’explications. Christian Fayard est « limonadier » au Café de Paris, avec 33 ans d’ancienneté. Ce serveur perçoit un salaire fixe de 1 722 euros nets. Le même que tous les employés du Café de Paris payés à la masse, « du commis au maître d’hôtel », indique-t-il.

 

Nous lui avons demandé de fouiller dans ses salaires de 2019. « En mai, le mois le plus intéressant pour nous avec le Grand Prix, j’ai touché 3 600 euros. En février, le mois le plus creux, mon salaire net était de 2 100 euros », détaille-t-il.

Sur l’année 2019, ce limonadier du Café de Paris a ainsi perçu un salaire mensuel moyen de 3 200 euros. Et en avril 2020, patatras : 1 647 euros. « Car en plus, ils ont déduit l’assurance et la mutuelle des 1 800 euros du CTTR », s’offusque-t-il.

Et quand on sait que, de surcroît, s’ajoutent au salaire les pourboires, on comprend vite que la perte de revenus est abyssale pour ces employés. Pour un maître d’hôtel avec vingt ans d’ancienneté, autre exemple, qui perçoit 4 200 euros en moyenne par mois, la perte sèche dépasse les 60 %.

« Jamais traités de cette manière »

« Notre niveau de vie est basé sur notre salaire moyen, explique Christian Fayard. Ainsi, quand vous avez des crédits, un loyer et des impôts à payer, mais aussi une famille à nourrir, ça devient très difficile. »

Les représentants syndicaux du Café de Paris ont fait part de leur colère à la direction de la SBM. « Ils s’en moquent, assure Christian Fayard. Ils nous ont dit d’aller voir du côté du gouvernement, qui ne fait rien de plus que payer le CTTR. »

Le délégué syndical ajoute : « Nous n’avons jamais été traités de cette manière. C’est d’autant plus choquant qu’avec notre grande terrasse, nous serons les premiers à rouvrir et à aller au front… »

 

Si rien ne bouge d’ici là dans les discussions entre syndicats et direction (lire par ailleurs), la reprise, en juin ou plus tard encore, ne se déroulera pas de la plus sereine des manières…

Les réponses de la SBM

« Nous sommes bien conscients de la situation financière dans laquelle se trouvent beaucoup de salariés payés à la masse. Nous ne pouvons que le regretter. Mais comme nous n’avons plus de chiffre d’affaires, nous ne pouvons pas les payer. » Jean-François Mariotte, le directeur des ressources humaines de la Société des Bains de Mer, est très clair : l’entreprise respecte pleinement l’accord sur le paiement des employés à la masse, et il n’y a pas de raison, à ses yeux, de voir les choses autrement. « On ne peut pas signer un accord sur le paiement à la masse et, lorsqu’il n’y a plus de chiffre d’affaires, réclamer que l’accord ne s’applique plus. Ou alors, s’ils ne veulent plus de cet accord, je les invite à venir négocier avec nous des salaires fixes, après la crise, qui seront plus sécurisants. »

Il en sera toutefois fini des mois jackpot. « Je comprends que la situation est difficile en ce moment, ajoute Jean-François Mariotte. Si on ne veut pas connaître ce genre de risque, on choisit d’être payé au fixe. Mais on ne peut plus alors compter sur une rémunération très importante entre mai et septembre, qui peut aller jusqu’à cinq fois le minimum garanti. »

La SBM reste toutefois attentive aux quelques cas individuels de salariés qui rencontreraient de grosses difficultés financières. « Pour ces quelques cas, nous apportons notre aide, comme des avances sur salaire ou un logement. »

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