Rubriques




Se connecter à

Qui sont ces milliardaires qui veulent changer le monde

De plus en plus de milliardaires se font philanthropes en consacrant une partie de leur fortune à l’environnement, l’éducation ou la santé. Par opportunisme ou conviction? Le décryptage de l'entrepreneur Denis Jacquet.

Denis Jacquet Publié le 10/09/2021 à 18:30, mis à jour le 10/09/2021 à 10:17
Les milliardaires vont-ils sauver le monde? (Photo Qyogi Purnama - Unsplash)

Les milliardaires vont-ils sauver l’humanité? La gestion de la Covid-19 a permis à l’État de distiller une illusion, celle qui consiste à faire croire qu’il est toujours "providentiel" et peut nous préserver de tous les périls, défendre nos vies, nous éviter la mort.

Mais bon, on s’est bien rendu compte que ce n’était pas toujours vrai ni possible. Se pose alors la question du Sauveur, du Jésus Christ du destin mondial. Où et qui est-il? Existe-t-il? Interrogeons-nous, "mes frères", sur ces milliardaires qui sont sur le point de remplacer la puissance publique, y compris sur le terrain du régalien comme nous aimons qualifier les rôles clés d’un gouvernement.

Responsabilité sociétale
des riches (à l’étranger)

Il faut d’abord comprendre qu’on ne peut pas analyser le rôle d’un milliardaire américain, français ou chinois de la même façon. Partout où l’État n’a pas fait croire – au prix d’impôts sans cesse accrus et de déficits toujours plus lourds – qu’il sera là pour la veuve et l’orphelin, le privé a toujours pallié, en partie, au public.
Aux États-Unis, les entreprises, les mécènes, les fondations sont un outil fiscalement intéressant : quelque 890 Mds$ sont ainsi disponibles au don. Les Gates, par exemple, ont donné plus de 50 Mds$. Le fait que nombre d’entrepreneurs américains à succès soient d’origine juive ajoute à cette pratique, car la culture hébraïque incite celui qui a réussi à donner à ceux qui sont dans le besoin.

 

C’est ainsi que certains reversent chaque année une énorme partie de leurs fortunes à des œuvres. L’homme d’affaires et ancien maire de New York Michael Bloomberg – qui, selon Forbes, pèse 59 Mds$ – a reversé plus de 13 Mds$. Les riches se sentent une responsabilité sociétale, dont ils définissent les termes, le contenu et les objectifs, souvent intimement liés à leur histoire personnelle. Il y a souvent une corrélation entre les maladies de leurs proches et leurs décisions d’investir des centaines de millions de dollars dans la recherche contre le cancer ou autre maladie auto-immune...

Et en France

Quand l’État est très présent, comme en France, personne ne donne. Ce sont les plus modestes qui donnent le plus. La France est, de ce fait, riche en associations qui fonctionnent sur un budget ridicule (113Mds€, 3,3% du PIB), servant souvent l’ego de leur fondateur, mais cumulent quand même plus de 110 Mds qui servent l’économie. Elles ont été laminées par la Covid-19, et risquent de hanter les cabinets des mandataires liquidateurs dans un futur proche.

Nos milliardaires, eux, pensant que le destin national est au chaud dans les bras d’une République qui travaille pourtant à crédit et sur des impôts croissants, estiment qu’il est urgent de financer des musées pour exhiber leurs œuvres d’art et que le reste n’est pas de leur responsabilité. Tous ceux qui galèrent pour lever des fonds pour leur fondation savent à quel point arracher 5 ou 10K€ à une grande banque ou un milliardaire français donne cette sensation désagréable d’être devenu un SDF qui tend la main dans le métro.

L’Américain, lui, vous demandera ce que vous pourrez bien faire avec une somme si ridicule et exigera que vous reveniez avec un plan revu à la hausse de 10M€ pour plus d’efficacité. En Asie, la culture patriarcale fait du Chinois, dans son entreprise et dans sa réussite, un mécène naturel qui redonne à la société à coup de millions, par habitude mais aussi pour tailler son image dans la roche.

 

Et Bill Gates est arrivé

Et puis Bill Gates est arrivé, et l’on a assisté à l’an 1 de l’impact des milliardaires sur les enjeux du monde, enjeux que la puissance publique a été incapable de régler en 60 années, à coups d’ONG qui claquent 80 à 90 % de leurs fonds dans leurs propres frais généraux ou de siège. Il suffit de voir les salaires de leurs dirigeants ou les 4x4 de fonction du moindre employé en Afrique ou en Asie...

Bill Gates, lui, a pris les choses en entrepreneur. Pour éradiquer la malaria, l’Américain a mis en place la stratégie et les moyens avec un objectif de retour sur investissement : le pourcentage de réduction, puis d’annulation d’une maladie qui, tous les ans, tue 450.000 Africains. Et les résultats sont là.
Sa Fondation qui emploie 1.500 employés et dont la dotation flirte avec les 50 Mds$ est l’acteur non étatique le plus puissant de la planète. Contrairement à la Croix-Rouge ou l’ONU, on n’y nomme pas des politiques ou des fonctionnaires mais des super diplômés à qui l’on demande des comptes. Jamais dans l’histoire de l’humanité nous n’avions vu les plus riches du monde prendre le pas sur l’État à ce point. Google investit sur la vie éternelle et la data sur la santé; Jeff Bezos et Elon Musk s’emparent de la conquête spatiale.

Outre-Atlantique, la recherche scientifique est dictée par les milliardaires qui imposent leurs sujets. Google, encore lui, devient le maître d’œuvre des smart cities tandis que Facebook veut lancer sa propre monnaie et assurer notre sécurité.

Les Chinois Tencent et Ali Baba vident les banques de leur rôle.

Du côté des Européens

Les Européens? Absents. Inexistants. L’initiative Giving Pledgede Bill Gates et Warren Buffet, qui rassemblent déjà 170 milliardaires prêts à donner la moitié de leur fortune à une fondation et prendre en charge les problèmes du monde, n’a rallié qu’un seul Européen à sa cause: Stelios Haji-Ioannou. Le fondateur d’Easyjet, qui a fait don de 50% de sa fortune (1,1Md$ en 2021) à sa fondation qui agit contre la pauvreté, la faim dans certains pays.
Les Français sont aux abonnés absents, souhaitant certainement emmener leur fortune dans la tombe comme les Pharaons. La seule exception étant Xavier Niel [qui a cédé pour un euro ses participations dans la presse dont Nice-Matin à la fondation Fonds pour l’indépendance de la presse]. Il a fait part de sa volonté de laisser très peu à ses héritiers et dispense son argent dans les startups et certaines causes créatrices de richesse.

 

Alors, Pour ou contre?

L’État est néanmoins l’outil le plus efficace pour allouer les ressources avec le bien commun comme objectif. Au moins en théorie.
Les dons des milliardaires sont encore très orientés en fonction de préoccupations personnelles qui rencontrent souvent le bien commun sur leur passage, mais sont mal réparties. San Francisco qui concentre le plus de milliardaires aux États-Unis est aussi l’endroit où est parquée la plus grosse population de SDF du monde (après l’Inde). Il est aussi souvent difficile de démêler les intérêts de l’entreprise de celle de ses dons.
De l’autre côté, le privé est plus efficace, plus rapide, plus adaptable et ne dépend pas de compromis politiques laborieux. Il investit un argent qu’il a gagné, ce qui est plus rassurant que de le confier à des hommes politiques qui n’ont jamais eu la peine de le mériter et le traite avec légèreté.
Le milliardaire le fait pour son ego, le politique pour sa carrière, en fonction de segmentation électorale et non pour l’efficacité. L’idéal serait que quelques organisations internationales s’associent à ces milliardaires (ce qui est en train de se passer sur le climat) afin d’assurer une coordination et des cibles bien réparties de ces combats et de laisser au privé l’exécution. Chacun à sa place, en fonction de ses compétences!

commentaires

Les insultes, les attaques personnelles, les agressions n'ont pas leur place dans notre espace de commentaires.
Tout contenu contraire à la loi (incitation à la haine raciale, diffamation...) peut donner suite à des poursuites pénales.

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.