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Quelle feuille de route pour le nouveau directeur général du Grassois Robertet?

Avec sa nouvelle gouvernance, le Grassois leader mondial des produits naturels entend construire son futur avenir autour de deux mots-clés: pérennité et indépendance. Les explications de son directeur général récemment nommé, Jérôme Bruhat.

K.Wenger Publié le 15/06/2022 à 16:00, mis à jour le 15/06/2022 à 15:36
Philippe Maubert, à droite, en tant que président non exécutif du conseil d’administration, veillera à la continuité de la stratégie et des valeurs de l’entreprise pour en préserver l’indépendance tandis que Jérôme Bruhat sera notamment chargé de consolider la position du groupe, de continuer à le faire croître et d’en moderniser le fonctionnement. (Photo D.R.)

Le changement dans la continuité. C’est ainsi que l’on pourrait qualifier la nouvelle gouvernance du Grassois Robertet, leader mondial des matières premières, entérinée par l’assemblée générale des actionnaires ce 14 juin.

Le changement? La dissociation des fonctions de président et de directeur général. Philippe Maubert assume le rôle de président non exécutif du conseil d’administration et Jérôme Bruhat est nommé directeur général du groupe.

Pourquoi? "Pour répartir les pouvoirs de façon plus diverse et construire l’avenir de l’entreprise qui aura pour mots clés: pérennité et indépendance", explique le nouveau directeur général qui a passé trois décennies chez L’Oréal dont une grande partie à l’étranger (États-Unis, Japon, Belgique, Allemagne…). Arrivé à Grasse en février, il a pris le temps de découvrir l’entreprise de l’intérieur et de rédiger sa feuille de route.

 

Vous passez d’un grand groupe à une entreprise familiale de taille plus modeste. Quelles sont vos premières impressions?
De l’admiration et une grande proximité de valeurs. La famille Maubert – qui dirige Robertet – a comme valeurs la confiance, la continuité et l’amour du métier. Elles me parlent et je les ai vécues différemment lors mon expérience précédente au Japon [il a été le directeur de la filiale L’Oréal Japon de 2015 à 2021, ndlr].

On parle le même langage même si on vient d’horizons différents. Je me suis rendu compte que les collaborateurs vivent aussi ces valeurs et j’ai trouvé sur le terrain les racines du futur qui sont l’esprit de conquête international, l’amour de l’innovation et du métier, une grande fidélité aux valeurs de la famille.

Et concernant le métier?
Moi qui ai toujours été en bout de chaîne tourné vers le consommateur, j’apprends le BtoB ainsi que le triple métier des parfums, arômes et ingrédients. Je découvre également un grand esprit de liberté qui constitue une des forces de Robertet mais qu’il faut aussi canaliser pour que l’entreprise continue à se développer.

D’où vient cet esprit de liberté?
De l’indépendance qui est dans l’ADN de Robertet puisque l’entreprise est contrôlée majoritairement par la famille Maubert.

Il y a là un cadre stable et protecteur et donc très favorable à la liberté et à la création chez les collaborateurs qu’ils soient parfumeurs, aromaticiens, commerciaux. Ils ont carte blanche – à partir du moment où le travail est bien fait.  Cela leur donne une énergie fantastique et ils créent le job qui leur correspond. On est loin d’entreprises à influence anglo-saxonne et des fiches de poste.

 

Qu’allez-vous apporter?
Je vais cultiver ces racines. Notamment le développement international et l’innovation qui sont des axes de développement sur lesquels je peux apporter mon expérience. Je vais également moderniser les process de décision, créer des synergies entre nos différentes divisions présentes dans de nombreux pays. Certains de nos clients réclament que le groupe les accompagne partout de la même façon. On le fait déjà mais on va accélérer. Nous harmoniserons nos pratiques et améliorerons la communication entre nos différentes divisions et filiales.

Le développement à l’international est un autre axe de développement fort…
Robertet est très présent en Europe et aux États-Unis mais nous avons également un fort potentiel dans les pays émergents, notamment en Asie et Amérique latine, où nous avons de bonnes équipes en place.

En améliorant les process et en canalisant mieux les énergies, on s’y développera plus rapidement.
Robertet a toujours résisté aux chants de sirène qui auraient pu l’inciter à passer au synthétique…

Cultiver les racines du développement
à l’international et de l’innovation.

Le naturel reste la pierre angulaire de l’entreprise?
La trilogie savoir-faire du naturel-esprit de conquête international-passion de l’innovation a permis à l’entreprise de prospérer et on s’appuiera sur cette même trilogie pour développer notre futur…

A titre d’exemple, les process pour extraire les matières olfactives d’un ingrédient naturel évoluent beaucoup et notre R&D qui est en veille technologique permanente passe une partie de son temps à sophistiquer les techniques actuelles, à les rendre plus efficaces et plus vertes comme l’extraction avec du CO2 supercritique qui dénature le moins possible la matière.

Robertet maîtrise de nombreuses méthodes, ce qui donne une large palette créative à nos aromaticiens et parfumeurs. Ainsi, un bois de santal distillé, passé au micro-ondes ou au CO2 supercritique donne trois résultats olfactifs différents.

 

L’an dernier, le groupe a réalisé 606M€ de chiffre d’affaires en progression de 13%. Comment se présente 2022?
Nos résultats trimestriels seront publiés mi-juillet mais le début d’année est très bon. Nous devrons néanmoins faire face à des défis liés à la hausse forte des prix des matières premières et de l’énergie. Nous sommes en négociations avec nos fournisseurs et nos clients pour faire en sorte que ces charges supplémentaires soient équitablement réparties. Sans transiger sur la qualité.
Dans toute crise, il y a des risques et des opportunités : des marques peuvent revoir leurs stratégies et venir sur le naturel… Vu l’appétence des consommateurs pour une vie plus saine et naturelle, cela crée obligatoirement des opportunités pour nos clients. À nous de les saisir et à garder une longueur d’avance.

> www.robertet.com/

Axes de croissance


Avez-vous des opérations de croissance externe en vue?
"Sur les dix dernières années, Robertet a eu l’une des croissances organiques les plus fortes de l’industrie du parfum et des arômes. Elle s’explique entre autres par une forte acquisition de nouveaux clients qui se détournent du synthétique et à la recherche de la créativité et du naturel de Robertet.

On a également bénéficié de l’apport de startups dans les cosmétiques avec lesquelles nous avons beaucoup travaillé. Historiquement, on a été prudents sur les acquisitions d’entreprises même si ces dernières années, la famille Maubert a accéléré le rythme des acquisitions comme Bionov, Astiers Desmarets, Omega Ingredients qui élargissent et renforcent le savoir-faire de Robertet. Avec une forte intention de prendre position sur le bio."

Le bio est-il un levier de croissance?
"Le bio est une offre complémentaire que l’on propose à nos clients. Mais on estime devoir être présent sur la RSE internationale (Fair for Life, The Union for Ethical BioTrade…). Robertet doit devenir la première destination des clients à la recherche d’une très haute qualité et d’une offre très large de produits naturels. Nos récentes acquisitions nous apportent leur légitimité."

Prévoyez-vous des travaux sur vos deux sites industriels grassois: celui historique de Sidi- Brahim et celui du Plan-de-Grasse?
"On travaille sur un futur schéma directeur qui va orchestrer sur les dix prochaines années l’organisation des sites de Grasse. On est en train d’explorer plusieurs options. Le site de Sidi Brahim sera modernisé et celui, plus récent du Plan-de-Grasse, est appelé à grandir."

Repères

> 1850 Création de Robertet SA à Grasse et est le leader mondial des produits naturels. D’actionnariat majoritairement familial depuis sa création, Robertet est toujours contrôlé par la famille Maubert et est la seule société de parfums, d’arômes et d’ingrédients entièrement intégrée sur l’ensemble du processus de création, depuis la source jusqu’au parfum ou à l’arôme final.
> Présent dans 80 pays, et employant 2.200 employés dans le monde dont près de 800 à Grasse, il propose à ses clients une offre de plus de 1.700 matières naturelles.
> 606M€ de chiffre d’affaires net global en 2021.

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