Rubriques




Se connecter à

Pourquoi les cryptomonnaies séduisent-elles autant les investisseurs?

La fièvre du bitcoin touche de plus en plus de particuliers alléchés par des perspectives d’investissements rapides et rentables. Phénomène de mode ou bulle spéculative? On fait le point.

K.Wenger Publié le 02/03/2021 à 18:30, mis à jour le 26/02/2021 à 17:17
Les cryptomonnaies s’achètent sur des plateformes de brokers en ligne. (Photo Austin Distel by Unsplash)

On est en pleine bitcoinmania. Le bitcoin, la plus connue des cryptomonnaies, affole les compteurs.

Son cours a flirté il y a quelques jours avec la barre des 58.000$ (47.400€), gagnant plus de 90% depuis janvier. Au début du mois, Elon Musk, le charismatique patron de Tesla, n’a pas hésité à investir 1,5 Md$ dans cette cryptomonnaie et il accepte même que ses clients achètent leur voiture électrique avec du bitcoin.

Il n’est pas le seul: Paypal et Just Eats, le service de livraison de repas à domicile, Apple… le font aussi. Facebook prévoit de sortir sa propre cryptomonnaie – la libra devenue diem – dans les prochaines semaines. La folie bitcoin gagne aussi les particuliers qui voient dans les monnaies virtuelles une façon de gagner rapidement de l’argent. Une enquête Ifop pour le site TheCoinTribune réalisée du 5 au 10 février montre qu’un Français sur quatre la considère comme la monnaie de l’avenir.

 

Alors placement rentable? Phénomène de mode? Bulle spéculative? Les réponses de Daniel Haguet, professeur de finance à l’Edhec Business School de Nice.


Qu’est-ce qu’une cryptomonnaie?
C’est une monnaie virtuelle émise sans organe central de contrôle, qui s’appuie sur la technologie infalsifiable de la blockchain. Elle repose sur un réseau décentralisé d’ordinateurs – du pair à pair – qui vérifie les transactions entre les deux parties comme le ferait une banque. Sa particularité est son stock limité – 21 millions d’unités – et c’est ce qui fait aussi sa volatilité. Le 19 février, le bitcoin a atteint les 47.000€ avant de dégringoler aux alentours de 39.500€ deux jours plus tard.

Au terme cryptomonnaie, je préfère celui de moyen de paiement alternatif aux devises classiques. La monnaie comme le dollar ou la livre sterling doit être une émission d’une souveraineté nationale ayant un rapport avec une économie. Ce qui n’est pas le cas pour les cryptomonnaies qui échappent au contrôle des gouvernements et des banques centrales. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle ces dernières veulent créer la leur.


Comment expliquez-vous l’engouement actuel? Aux taux d’intérêt très bas qui poussent les investisseurs à chercher des placements plus rentables?
On assiste à une forte augmentation des marchés financiers, de l’épargne et des placements, à commencer par les particuliers. On voit apparaître des émissions en Bourse à base de bitcoins. L’Autorité des marchés financiers (AMF) estime à 200.000 le nombre de nouveaux investisseurs en mars et avril 2020. ce mouvement de fond s’explique par le confinement, les taux d’intérêt très bas et une hausse des marchés qui ont bien résisté malgré un krach rapide en février dernier dû à la Covid.

 

À cela s’ajoutent le développement des plateformes en ligne – comme l’américaine Charles Schwabb qui ne prend aucune commission sur les opérations des particuliers – et l’immobilier hors de prix dans les grandes villes qui incite les particuliers à investir sur les marchés financiers plutôt que dans la pierre.

C’est donc plutôt positif…
Oui et non. Sur le plan géopolitique, ce phénomène présuppose la disparition de la souveraineté nationale des monnaies en faveur de celles alternatives issues soit d’une réflexion un peu libertaire des débuts d’Internet (comme le bitcoin) soit de celles d’entreprises technologiques comme la diem de Facebook.

Là, on entre dans le débat sur les Gafam: leur pouvoir supérieur à celui des États, leur omniprésence, leur refus de payer des impôts… Elles vont jusqu’au bout de leur logique qui est de contrôler tout ce que fait le client et de développer un écosystème financier le plus complet possible passant par le paiement et transfert d’argent. On assiste à une privatisation des monnaies. Une guerre invisible se joue entre les banques traditionnelles qui gèrent moins d’opérations de paiements et les entreprises technologiques comme Google ou Amazon.


Quelles en sont les conséquences?
La première est géopolitique. On sort de l’affrontement des pays entre les monnaies. Aux États-Unis, il y aura la monnaie publique, le dollar, à laquelle s’ajouteront celles supranationales des grands opérateurs technologiques. La deuxième concerne le big data. Les données collectées par les banques peuvent donner des caractéristiques sur les acheteurs : où, quand et ce qu’ils ont acheté… S’il y a plusieurs opérateurs financiers, ce sera plus compliqué de consolider tout cela. Enfin, il y aura un problème juridique. Il n’existe pas de juridiction, ni de tribunal pour gérer les contentieux lorsque l’on paie en cryptomonnaies.


Est-ce que les cryptomonnaies sont un placement rentable?
Le bitcoin est un actif financier comme un autre et donc sujet à la spéculation. Il y a actuellement des mouvements sinusoïdaux avec des montées très hautes et des chutes avec des éclatements de la bulle. En ce moment, on est plus près de la chute que de la montée. On a souvent connu cela, ne serait-ce qu’en 2018, lorsque la starlette de la téléréalité Nabila vantait le bitcoin comme un placement sûr. Ce qui n’est pas le cas. En revanche, avec les cryptomonnaies, il n’existe pas de fondamental économique sur lequel se baser comme on peut le faire quand on achète une action. La seule chose que l’on peut supposer, c’est la hausse du nombre et des volumes de transactions.

On récapitule

À qui attribuer la paternité du bitcoin?

On l’ignore. Le terme vient de l’anglais "coin", pièce de monnaie, et "bit", unité de mesure informatique binaire tire son origine d’un logiciel conçu en 2009 par un ou plusieurs informaticiens, se cachant derrière le pseudonyme Satoshi Nakamoto. Mais en mai 2016, un entrepreneur australien, Craig Wright, en a aussi revendiqué la paternité sans toutefois en apporter la preuve...

Et les autres cryptomonnaies?

Si le bitcoin est très connu, il existe de nombreuses autres cryptomonnaies comme ORObit, Litecoin, Quark ou encore Dogecoin, Ethereum, XRP.
Au 20 février, le marché du bitcoin dépassait les 1.000 milliards de dollars. Les brokers en ligne sont assaillis de demandes de "bitcoiners" (investisseurs en bitcoin) désireux de faire une bonne affaire. Car à ses débuts, le bitcoin ne valait qu’un centième de centime, à comparer aux 58.000$ d’il y a quelques jours.

L’avantage? Il est assorti de frais de transaction quasi nuls, en l’absence d’intermédiaire bancaire, et les paiements s’effectuent en quelques minutes seulement.

Pourquoi les cryptomonnaies ont-elles une réputation sulfureuse?

Du fait de l’anonymat des paiements, leurs détracteurs les soupçonnent d’être utilisées pour des transactions illégales. Mais cela change.

Qui achète en ce moment? Et pourquoi?

Le rappeur Jay Z et Jack Dorsey, le patron de Twitter et également de Square, une société de paiement, veulent "faire du bitcoin la devise d’Internet", plus précisément en Afrique et en Inde. Ils ont investi 500 Bitcoins – soit un peu moins de 20 millions d’euros – dans le projet Btrust.

L’enquête Ifop pour TheCoinTribune réalisée du 5 au 10 février a montré qu’en France, ceux qui achetaient des bitcoins étaient plutôt des hommes jeunes, aux revenus modestes et amateurs de jeux d’argent et de poker.

Offre numérique MM+

...

commentaires

Les insultes, les attaques personnelles, les agressions n'ont pas leur place dans notre espace de commentaires.
Tout contenu contraire à la loi (incitation à la haine raciale, diffamation...) peut donner suite à des poursuites pénales.

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.