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Pourquoi le torréfacteur Malongo est un modèle économique sans filtre

Plus qu’un café, Malongo vous sert un modèle économique aromatisé au social, patrimonial et même à la lutte antidrogue. Petite virée dans les plantations made in Carros.

Agnès Farrugia Publié le 29/04/2022 à 18:30, mis à jour le 22/04/2022 à 16:50
Au sud de Cuba, la fondation Malongo et l’Union européenne ont restauré cette ferme classée (photo principale) d’où naîtra un café nommé La Fraternidad, bientôt dans votre tasse. Avec l'ONU, Jean-Pierre Blanc, le directeur général du torréfacteur azuréen, a réussi à remplacer dans certaines régions du globe la culture illégale du pavot par celle du café. Il a aussi ouvert un coffee shop en Géorgie. (Photos D.R.)

Le slogan de la PME basée à Carros depuis 1934? "De la plantation à la tasse."

Malongo, torréfacteur sans filtre, distille son bon café dans le monde entier. Sa marque, Jean-Pierre Blanc, directeur général, la cultive à grands coups de commerce équitable et d’agriculture biologique depuis 1992. La marque travaille main dans la main avec les petits producteurs, en créant des coopératives aux quatre coins de la planète. République dominicaine, Sao Tomé-et-Principe, Burundi, Laos, Kenya...
Un modèle économique qui fait ses preuves. "Le café n’est pas un produit archaïque, mais moderne suivant la façon dont on le cultive et la façon dont on le vend."

Jean-Pierre Blanc peut vous parler des heures du café, de son arôme qui varie en fonction de l’altitude, du climat et de la région où il est cultivé. Chaque coopérative créée, il l’a visitée, accompagnée, chouchoutée. Le groupe Malongo en est à son troisième partenariat avec l’Organisation des Nation unies (ONU) et l’on peut dire que là où il passe, il fait bien plus que planter des caféiers.

Café et lutte antidrogue

Via la filiale de l’ONU qui lutte contre les drogues et le crime (UNODC), Malongo participe au remplacement de la culture de pavot et coca illégale par la plantation de caféiers. Une culture qui doit fournir un revenu au moins équivalent à celui procuré par le pavot. Pas simple.

 

"L’ONU est venue nous voir, raconte Jean-Pierre Blanc. On a démarré en Birmanie en 2017. On a passé un contrat pour mettre en place un modèle économique à long terme et venir en appui pour faire de la qualité en aidant à obtenir les certifications bio et équitable. Avec une cinquantaine de communautés villageoises, soit un millier de membres sur un millier d’hectares de plantation, on élimine la drogue, on évite d’appauvrir les sol, de déforester, de polluer les puits." 

Une vraie réussite pour le programme et aujourd’hui, Malongo reçoit huit containers de ce café d’une qualité exceptionnelle planté entre 1.200 et 1.800 mètres d’altitude. Objectif, une trentaine de containers d’ici 2025.
Les équipes carrossoises ont formé les villageois et monté là-bas un laboratoire qualité. "C’était un travail de fourmi, concède le patron. Nous avons dégusté 1.200 échantillons pour sélectionner la meilleure qualité."

Quatre ans plus tard, soit en 2021, le Myanmar est commercialisé. Mais la plus grande réussite pour le torréfacteur azuréen est le volet social. Redonner un revenu décent et une qualité de vie à ces populations. Le projet marche tellement fort que l’UNODC l’emmène ensuite au nord du Laos.

De nouveau des formations, des contrats sur le long terme, la recherche de la qualité et un premier container qui doit arriver très prochainement de cette coopérative. En Bolivie, idem, pour un café nommé La Asunta en remplacement de la culture de coca illégale. Encore une coopérative qui profite au développement de toute une région.

Café et image de la France

Autre défi, direction la Géorgie. Sur 400m², a poussé une boutique-café Malongo, avec une boulangerie, une petite restauration tenue par un chef français et des produits de luxe tricolores pour mettre en avant l’image du pays. Inauguré en 2020, ce coffee-shop est très apprécié.
Non, Jean-Pierre Blanc ne s’ennuie pas dans sa vie. Il la vit à 100 à l’heure, le café à cœur. Le voilà qu’il évoque Cuba et ce projet démarré il y a dix ans, approuvé par sa fondation et l’Union européenne. Pour sauver... le patrimoine.

 

Dans une zone au sud de Cuba, inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, étaient bâties près de 190 fermes d’anciens colons, principalement originaires d’Haïti. On y faisait du café.

On n’est propriétaires de rien.
On amène un savoir-faire
pour s’inscrire sur le long terme.

"À part deux qui sont en rénovation, toutes les autres ont disparu, indique Jean-Pierre Blanc en montrant les photos de l’évolution du chantier. Dans celle que nous avons restaurée et refait tourner, nous sommes allés chercher les compétences en France pour remettre en état une machine qui travaille le grain comme il n’en existe plus." 

Passionné, le directeur général montre la partie usinage, la maison de maître, le stockage du café et devant, les jardins à la française. "On a fait replanter toutes les variétés botaniques de café pour permettre d’identifier celles qui résistent le mieux et que nous garderons."

Ce programme va s’étendre à l’agrotourisme (construction d’écolodges...), l’agroforesterie et la création de cultures vivrières. Les routes qui mènent à cette ferme, devenue coopérative Malongo, seront bientôt empruntables par des véhicules de tourisme. "Nous ne faisons qu’apporter notre savoir-faire. Nous ne sommes propriétaires de rien. Nous formons et construisons des coopératives vouées à être autonomes, avec des villageois rémunérés à leur juste valeur au vu de la qualité du café fourni. Notre seule exigence."

Un investissement de près de 2M€ pour Malongo, mais surtout beaucoup de patience et de volonté pour cette aventure. Au bout, un café nommé La Fraternidad. Première récolte annoncée à l’été.

Repères

> 1934 création à Nice de Malongo avant de déménager à Carros en 1980

 

> 107 M€ de chiffre d’affaires en 2021 et 400 salariés

> Près de 1,5 M€ d’investissement en recherche et développement par an.

> 8.000 tonnes de café torréfié importé en 2021.


> 65% du volume de café importé sont certifiés Max Havelaar, 28% agriculture biologique

> Plus de 40 pays où Malongo importe du café, 13 où il est estampillé "commerce équitable".

Offre numérique MM+

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