“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.

Je veux bien mais j'ai la freebox

Connectez-vous

pour sauvegarder mes filtres et personnaliser mon flux

continuer sa lecture

lire le journal

Découvrez l’offre numérique > Abonnez-vous

Pourquoi il faut soutenir les aides à domicile, ces grandes oubliées de la prime

Mis à jour le 03/07/2020 à 18:03 Publié le 03/07/2020 à 18:30
Chez Provence Aide Services dans le Var, les salariées des agences de Sanary, St-Raphaël et Hyères ont assuré la gestion des plannings des aides à domicile, fidèles au poste.

Chez Provence Aide Services dans le Var, les salariées des agences de Sanary, St-Raphaël et Hyères ont assuré la gestion des plannings des aides à domicile, fidèles au poste. (Photo Luc Boutria)

Soutenez l'info locale et Monaco-Matin

Pourquoi il faut soutenir les aides à domicile, ces grandes oubliées de la prime

Le délégué régional de la Fédération des services à la personne et entrepreneur varois Léo Malfant a souhaité saluer le travail de ses intervenantes durant le confinement. Selon lui, une juste revalorisation du métier s’impose.

"Elles ont fait un travail remarquable. Ce n’est pas pour la rémunération qu’elles perçoivent qu’elles ont continué à travailler malgré la boule au ventre, mais parce que les personnes âgées avaient besoin d’elles. C’était extrêmement courageux d’intervenir. Certaines, malgré leurs protections, ont attrapé le Covid. D’autres sont intervenues chez des personnes revenues de l’hôpital et encore contagieuses. Cette prime, elles la méritent vraiment." Léo Malfant est délégué régional de la Fédération des services à la personne (FEDESAP) et dirige la société Provence Aide Services, implantée dans le Var à Sanary, Hyères et Saint-Raphaël. Les intervenantes à domicile ont été les grandes oubliées de l’après-confinement, regrette-t-il.

De la déception chez ces femmes de l'ombre

Alors que le gouvernement leur avait promis une prime de 1.000 euros comme pour les Ehpad, rien n’a été octroyé aux aides à domicile une fois passée la crise. Chez Provence Aide Services qui emploie 280 personnes, leur dirigeant a décidé de leur offrir à chacune une prime de 100 euros même si celui-ci reconnaît que "ça génère de l’incompréhension mais nous n’avions pas les moyens de verser plus".

Pour autant, Léo Malfant défend la cause de ces professionnel(le)s qui n’ont pas hésité à braver le virus et leur propre peur pour rendre service aux aînés. De nombreux courriers ont été envoyés par la fédération nationale au gouvernement et aux départements pour rappeler les engagements de l’État et tenter d’obtenir une revalorisation des tarifs horaires de l’APA (allocation de perte d’autonomie). "Elle est à 19 euros de l’heure dans le Var et autour de 22 à 23 euros dans d’autres départements. Selon l’observatoire de la fédération, on devrait être à 25 euros de l’heure minimum si on respecte le cahier des charges. Ça permettrait de répondre aux exigences actuelles", rappelle Léo Malfant.

Car les enjeux sont de taille. Et plus encore, si l’on tient compte de ce que le confinement a révélé. Les personnes âgées, demeurées chez elles, ont été globalement moins touchées par le Covid-19 que dans les Ehpad. Et les intervenantes à domicile ont démontré toute l’utilité de leurs missions. Non seulement elles ont aidé ces aînés au quotidien mais elles leur ont aussi permis de maintenir un lien et une activité, tout le moins cérébrale. Elles ont aussi pu informer et alerter les familles et personnels soignants grâce à des outils de coordination digitaux et téléphones portables mis à disposition par la société Provence Aide Services.

"La question est: quelle société on veut pour nos aînés?, pointe du doigt Léo Malfant. Aujourd’hui, les moyens alloués ne sont pas à la hauteur des enjeux. Les personnes âgées sont de plus en plus nombreuses et présentent des pathologies plus importantes. Elles sont plus dépendantes mais désirent, en majorité, vieillir à leur domicile. Nous allons avoir besoin de plus d’aides à domicile et de personnels formés à l’avenir."

Pour une augmentation des tarifs horaires

Or aujourd’hui, le manque d’attractivité pour ce métier engendre un turnover important, compliqué à gérer, pour les sociétés prestataires de services. Alors même que c’est un vivier d’emplois. "Ce sont souvent des femmes seules avec enfant ou issues des quartiers prioritaires de la ville, éloignées de l’emploi, de niveau infra bac, avec peu de diplômes, confie Léo Malfant. A la fédération, nous militons pour une structuration de ce secteur d’activité, pour une revalorisation de l’offre et une augmentation des tarifs horaires, et pour permettre une meilleure coordination avec les personnels soignants (médecins, kinés, infirmières) afin d’échanger sur la situation de la personne âgée. Aujourd’hui, ce temps de coordination n’est pas rémunéré comme une heure de travail", regrette le délégué régional.

L’ère post-Covid permettra-t-elle de reconnaître davantage ces professionnels et tous les services qu’ils rendent à la société? De mettre en lumière ces femmes de l’ombre qui ont su relever le défi de cette crise sanitaire? Dans un secteur où les offres d’emploi ne risquent pas de tarir, il serait temps de s’y pencher.

Durant le confinement, chez Provence Aide Services, 75% des intervenantes ont poursuivi leur activité pour assurer la continuité de services auprès des personnes âgées. Même si près de 300 bénéficiaires ont préféré suspendre tout contact pour faire appel à leur famille.
Durant le confinement, chez Provence Aide Services, 75% des intervenantes ont poursuivi leur activité pour assurer la continuité de services auprès des personnes âgées. Même si près de 300 bénéficiaires ont préféré suspendre tout contact pour faire appel à leur famille. (Photo D.R.)

Un vivier d'emplois chez Provence Aide Services

La société Provence Aide Services, fondée en 2007 par Dominique Malfant et reprise en 2013 par son fils Léo Malfant compte 280 salariés (contre 120 à l’époque) et plus de 900 bénéficiaires. Elle a réalisé en 2019 plus de 4 millions d'euros de chiffre d’affaires. "Nous réalisons 20 % de croissance par an."

Si la société est déjà implantée à Sanary, Hyères et Saint-Raphaël, elle ouvrira en août prochain une nouvelle agence dans le centre-ville de Sanary cette fois et ambitionne de trouver également des locaux, en 2021, pour ouvrir deux nouvelles agences à La Seyne et La Garde. "Le problème, en secteur rural, ce sont les déplacements et les kilomètres. Notre modèle économique ne tient pas", regrette le dirigeant qui aimerait pouvoir s’étendre à tout le territoire varois.

Côté emploi, l’entreprise recrute une dizaine de salariés par mois. Ce qui représente en réalité une cinquantaine d’emplois non délocalisables créés par an. Les autres salariés opérant le plus souvent des remplacements et la profession manquant d’attrait pour fidéliser ces personnels.

Des formations diplômantes

C’est pourquoi en 2017, Provence Aide Services a fondé son propre organisme de formation FORMADOM. A ce jour, plus d’une soixantaine de salariés ont été formés. En se rapprochant de Pôle Emploi, la société propose aux demandeurs d’emploi 400 heures de formation, financées par l’État. Ce qui permet de décrocher un titre professionnel, une meilleure rémunération et un CDI à la clé. "Nous leur proposons une carrière enrichissante sur le plan humain avec une formation diplômante. Nos intervenantes passent le brevet de sauveteur secouriste au travail (SST), ce qui permet de rassurer les demandeurs d’emploi qui vont intervenir auprès des personnes âgées et nous les intégrons en CDI. Il faut trois à six mois de pratique professionnelle pour pouvoir présenter le titre professionnel."

Le métier est polyvalent et s’adresse aussi aux hommes même s’ils ne sont encore que 5%. Ménage, aide aux courses, à la préparation des repas, l’aide à domicile participe aussi à l’"entretien" de la personne en l’accompagnant dans les gestes de la vie quotidienne, pour assurer sa mobilité dans son logement, l’aider à manger, à se lever, à se coucher…

Avant le confinement, le gouvernement avait lancé une réflexion pour réformer le financement de la dépendance. Il était question de revaloriser le tarif de l’allocation de perte d’autonomie (APA), de la compétence des départements, et la prestation de compensation du handicap (PCH). Qu’en est-il aujourd’hui?
Dans le Var, passés les quinze premiers jours de sidération, le Département a toutefois pris des mesures salutaires d’aide au financement des structures et de dotation d’équipements (gel, masques, gants, blouses) fournis par l’ARS. Des sociétés locales ont aussi su faire preuve de solidarité.

Léo Malfant, délégué régional de la Fédération des services à la personne (FEDESAP) et patron de la société Provence Aide Services.
Léo Malfant, délégué régional de la Fédération des services à la personne (FEDESAP) et patron de la société Provence Aide Services. (Photo Luc Boutria)

commentaires

Les insultes, les attaques personnelles, les agressions n'ont pas leur place dans notre espace de commentaires.
Tout contenu contraire à la loi (incitation à la haine raciale, diffamation...) peut donner suite à des poursuites pénales.