Portrait. Christophe Cornillon, patron d'Eccity à Grasse, carbure à l'électrique

Il a toujours roulé en deux-roues. Vélo, mob, scoot ou gros cube. Une passion mise au service de la planète en fondant Eccity, société qui conçoit et construit des deux et trois-roues électriques à Grasse. Rencontre.

Agnès Farrugia Publié le 25/05/2021 à 18:30, mis à jour le 21/05/2021 à 15:40
Le patron d’eccity à Grasse vient de fêter les dix ans de sa société, pure player électrique. Dylan Meiffret

"Pour moi, c’est un non-sens d’aller au boulot en voiture thermique et d’alimenter les embouteillages polluants qui se forment chaque jour." Christophe Cornillon, patron des scooters électriques Eccity fondés à Grasse il y a dix ans, affiche le code de sa route. Passionné de deux-roues depuis l’enfance, il les a tous écumés et cherchait un produit qui pourrait lui convenir. "Parce qu’au final, rouler en scooter, c’est bien, mais ça pollue tout autant. Les moteurs thermiques sur les modèles actuels sont loin d’être optimisés." Alors il se lance, avec un autre ingénieur, dans la conception d’un prototype électrique. D’abord un scooter 125 cm3. Une réussite.

Pure player électrique

Et Eccity est née. L’histoire d’un pure player électrique made in Grasse livre son premier chapitre. Pure player parce que l’électrique n’est pas le produit additionnel du thermique. Que nenni. Chez Eccity, le moteur thermique n’a pas droit de cité. Et s’il a bien une voiture, elle est électrique. Quand on dit qu’il est passionné et va jusqu’au bout de ses convictions! Et le patron de chercher une solution pour chaque usage.

100 km d’autonomie

"Nous proposons des 50 cm3 ou des 125 cm3 [permis B + 8 heures de formation spécifique, ndlr]. Cela dépend de la distance à parcourir, de la route que vous empruntez. Nous concevons des batteries d’une autonomie de 100 km, pour des moteurs pouvant aller jusqu’à 120 km/h." C’est réglé pour le trajet boulot-maison. Eccity a déjà vendu plus de 600 scooters mais peut en produire 1.000 par an.
Lauréate des appels d’offres de la Métropole Nice Côte d’Azur, Aix-en-Provence, Paris, Montpellier, la société travaille très bien avec les collectivités "ravies de la qualité de nos produits et du peu d’entretien qu’ils nécessitent. Et s’il faut intervenir, nous ne sommes pas loin." Christophe Cornillon croit beaucoup au made in France. D’ailleurs, il peine à digérer que le conseil général des Bouches-du-Rhône ait choisi un constructeur chinois plutôt que de travailler avec le seul français et même, du cru. "Dans notre domaine, on nous propose des prêts, parfois des subventions, mais quand il s’agit d’investir dans la structure elle-même, de s’engager, il n’y a plus personne."

600.000 euros levés

Une situation qui désole notre chef d’entreprise qui développe quoi qu’il en coûte sa société car elle correspond à de réelles attentes de la clientèle. "En 2019, nous avons levé 450.000 euros via une opération de crowdfunding sur la plateforme Wiseed. 700 personnes ont contribué au projet de développement de notre trois-roues (deux à l’arrière). Cette année, ce sont 150.000 euros levés auprès d’une trentaine de personnes avec Ayomi." La demande est bien là pour ce produit conçu et assemblé à Grasse. "Les éléments de châssis sont fabriqués à Carros, l’électronique à Bordeaux, les pièces plastiques dans l’Ain et la batterie est assemblée par une entreprise française."
Toujours dans l’innovation, avec ses ingénieurs, ils ont conçu une batterie amovible qui se recharge à la maison. Mais les investisseurs ne sont pas encore au rendez-vous. Pourtant, ce système est "tellement moins coûteux que ce qui se fait pour les voitures électriques en ville par exemple. Nous avons été obligés de proposer des adaptateurs pour que nos clients rechargent leur véhicule sur ces bornes-là puisque pour l’heure, pas grand-chose n’est prévu pour le deux-trois-roues électrique." Autre philosophie Eccity: "Tous nos éléments sont réparables et nous assurons le recyclage complet des véhicules."

 

Innovations

Avec tout ceci, est-ce que ça roule pour Eccity? Plutôt bien. Mais la Covid-19 a quelque peu court-circuiter l’élan de la société. Un chiffre d’affaires 2020 à 800.000 euros, stable par rapport à 2019 alors qu’il devait doubler, voire tripler. Mais le patron poursuit sa route. La société a, cette année, signé un partenariat avec le Grec Nipponia et commercialise ainsi des 50 cm3 avec batterie amovible d’une autonomie de 30 km/h (et l’on peut en mettre deux), et des 125 également (de 2.000 à 10.000 euros). "Nous avons désormais 10 produits à proposer." D’autant que depuis 2020, Eccity dispose d’une offre "à la location" sur trois ans, à partir de 99 euros par mois sur un parc de 150 véhicules. D’autres innovations en cours? Evidemment! Bientôt un tableau de bord digital et une réflexion sur un moteur à hydrogène, un scooter à toit... Le patron carbure à l’électrique mais surtout au service de l’environnement et de l’économie de tout un territoire qui devrait rouler dans la même direction. 


eccity-motocycles.com

Un Grassois à Paris?

C’est un projet qui trotte dans la tête de Christophe Cornillon depuis quelque temps. Au moins depuis que les agents de la Ville de Paris roulent en scooter Eccity. Appel d’offres remporté en 2018 et client ravi. Le patron grassois sait bien qu’il a une roue dans la conquête du marché parisien. Et plus si affinités. La Ville devrait leur proposer un local dans le XIe arrondissement d’où se commercialiseront des scooters Eccity. Christophe Cornillon devra recruter pour cette implantation qui permettra "de gagner en visibilité. On tient un bon produit, il faut le faire davantage connaître et développer le service autour de nos scooters."

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