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Météo de la relance éco: ciel dégagé, brouillard en vue. Le décryptage de l'économiste Christian Saint-Etienne

À l’occasion de la réunion annuelle des adhérents de l’UPE06, l’économiste Christian Saint-Etienne a décrypté la crise et ses conséquences en France et en Europe. Alors, on en sort ?

Agnès Farrugia Publié le 13/09/2021 à 18:30, mis à jour le 10/09/2021 à 18:56
L'économiste Christian Saint-Etienne décrypte la crise et prévoit la suite. En demi-teinte. A.F.

Christian Saint-Etienne, économiste, professeur et auteur de nombreux ouvrages(1) était l’invité de l’Union pour l’entreprise des Alpes-Maritimes (UPE06) lors de la soirée annuelle des adhérents qui s’est déroulée au casino Terrazur de Cagnes-sur-Mer. Il est un interlocuteur à l’éloquence captivante et au verbe qui claque. Il a une vision globale de la situation économique de la France, avant-crise et pendant. Il sait aussi parler de demain, sans boule de cristal, mais analyses à l’appui, tirant les leçons de l’Histoire. Focus sur une France qui cherche une éclaircie par temps de crise.

Situation française

Après un "ratage gravissime" de la gestion de la crise sanitaire en mars 2020 avec des "ministres qui ont menti quant à la nécessité du port du masque pour cacher un problème de stock", l’économiste estime que l’État "a tiré les leçons de la crise de 2008 et a rapidement mis en place le chômage partiel, le PGE, pour sauver entre 500.000 à 700.000 emplois". Ce qui a permis à l’économie française de retrouver son niveau conjoncturel d’avant-crise. "Mais nous avons perdu la croissance que nous aurions peut-être réalisée s’il n’y avait pas eu de crise. Et puis il y a encore un déficit élevé. Nous allons traîner les conséquences de cette crise encore cinq ou six ans."
Question emploi et taux de chômage, la France se porte bien, voire mieux qu’en 2019, c’est une variable qu’il n’explique pas. « Soit il y a des problèmes d’enregistrement côté emplois, soit on a sous-estimé la reprise économique. » Notre pays annonce une croissance à 6,25 % du PIB. On sera peut-être à 6,5 ou 7. Une bonne nouvelle ? « Il faut attendre novembre pour confirmer. Si le ciel semble dégagé, il y a encore du brouillard quant aux différents variants Covid qui arrivent et qui sont susceptibles de freiner la reprise. »

La crise en Europe

Pour lui, sur 2020, 2021 et 2022, les États européens auront bon an mal an traversé la crise de la même façon, mais n’y sont pas entrés par la même porte. "L’Allemagne y entre avec une dette publique à 60% de son PIB, la France à 98. Chacun des deux pays a vu sa dette augmenter de 20 points jusqu’ici, mais à la sortie, l’écart fait mal. Et dans notre pays les choix stratégiques n’ont pas été faits. Le niveau de désindustrialisation de la France est tel que ça nous coupe les jambes! La politique d’accompagnement des entreprises doit cesser. Les pays du Nord ne vont pas vouloir que l’on continue à s’endetter ainsi sans contrepartie."
Pour lui, en Europe, c’est le même trio qui s’en sort: Allemagne, Pays-Bas et Autriche. "Ce sont eux qui pourraient siffler la fin de la récré pour la France. Dans le monde, le poids de la zone euro va continuer de chuter car structurellement l’Europe ne pourra pas apporter les réponses. Sauf si un noyau dur se crée, autour de la France et l’Allemagne. Les prochaines élections seront cruciales : en Allemagne à la fin du mois, et en France l’an prochain. Soit on sort de cette crise par le haut, soit par le bas."

Conjoncture et structure : divergences

Oui, en termes de conjoncture, la France est sur de bons rails, mais structurellement parlant, ce n’est pas ça. "Elle subit une désindustrialisation massive depuis des décennies, ce qui entraîne un double déficit: public et extérieur." Qu’il résume par cette formule: pas d’industrie = pas d’export = pas d’innovation = appauvrissement du pays.

 

"Réindustrialiser", n’est pas un gros mot

L’économiste d’insister sur le sens que l’on donne aux mots. "Quand on dit qu’il faut réindustrialiser le pays, ce n’est pas un gros mot. On ne va pas installer une aciérie sur la promenade des Anglais! Le mot “industrie” change de sens à chaque révolution. Il y en a eu trois en France : vapeur, énergie et aujourd’hui, informatique. Quand on parle de réindustrialiser la France, c’est sur la base des nouvelles technologies, tout ce qui fonctionne avec des ordinateurs, qui touche à la numérisation, la robotisation... Notre industrie pèse 10 points de PIB, en Allemagne, c’est 20. C’est important de redonner son sens aux mots."

On s’en sort si ...

Le ciel est dégagé. Du brouillard est prévu... mais il pourrait faire orage. C’est ce que nous dit Christian Saint-Etienne. Sauf si "on mène une politique offensive, avec des choix que l’on aurait dû faire il y a 40 ans. Déjà, il faut se remettre au boulot! Reparler de la semaine des 37 heures, travailler plus longtemps, réformer les retraites et en même temps investir."
Selon ses calculs, il faudrait renforcer l’investissement productif de 30 Mds euros par an. "Quand on a une dette publique à 2 789 Mds euros, on peut facilement les trouver; c’est moins que la fraude fiscale." Investir à ce niveau, c’est créer entre 300.000 et 400.000 emplois par an selon lui. Pour l’économiste, "les chefs d’entreprise doivent servir d’aiguillon à la classe politique qui ne tient pas ses discours."

Les chefs d’entreprise, l’arc-en-ciel dans un climat instable?

(1) Le dernier paru : Le libéralisme stratège face au chaos du monde, éditions Odile Jacob, sept 2020.

 

Les pouvoirs publics à l’écoute des entreprises

Le n°2 du Medef était également présent lors de la soirée annuelle de l’UPE06. Patrick Martin n’a pas non plus la prétention de faire la pluie et le beau temps du monde économique de demain mais avoue que « les pouvoirs publics ont été à l’écoute des organisations patronales et adopté une stratégie efficace pour soutenir les entreprises. Mise en place du chômage partiel, PGE et baisse des impôts de production notamment. » Maintenant, le Medef demande une sortie rapide des dispositifs financiers d’accompagnement. "Pour citer notre président Geoffroy Roux de Bézieux “Il faut que la rivière rentre dans son lit”. Il y a encore des secteurs à soutenir, poursuit-il, mais maintenir ce rythme est dangereux pour la suite. Nous ne sommes pas naïfs, les élections approchent, pas grand-chose ne va se passer. Nous serons vigilants sur les prélèvements obligatoires, la réforme des retraites, le volet environnement et parcs nucléaires. Si le monde veut atteindre la neutralité carbone en 2050, il faudra débourser entre 93 000 et 150 000 Mds$. Qui va payer ?" A méditer.

Patrick Martin, n°2 du Medef, était de la partie lors de la soirée annuelle de l'UPE06. A.F..

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