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L’industrie se mobilise pour créer le monde de demain

À l’invitation de l’UIMM, la fédération patronale de la métallurgie, quatre candidats à la présidentielle ont passé ce mercredi 9 mars à Paris leur grand oral devant plus de mille industriels.

K.Wenger Publié le 14/03/2022 à 09:45, mis à jour le 11/03/2022 à 21:41
Organisé à l’initiative de l’UIMM, l’événement #France2027 a voulu profiter des élections présidentielles pour que la réindustrialisation devienne une priorité nationale, a expliqué Eric Trappier, président de la fédération patronale. Quatre candidats sont venus présenter leur programme. (Photos K.W. et I.A.)

Suivant l’adage "on n’est jamais mieux servi que par soi-même", l’Union des Industries et Métiers de la Métallurgie (UIMM) a formulé une liste de quinze propositions faisant de la réindustrialisation de la France une priorité nationale. L'objectif étant que le pays retrouve le rang qui était le sien il n'y a pas si longtemps.

Ce plan d’action qui fait la part belle à la transition écologique a été envoyé à tous les candidats à l’élection présidentielle. Ils ont été invités il y a quelques jours à présenter leur programme dans le cadre de l’événement #France2027 qui s’est déroulé en visioconférence et à la Maison de la Mutualité à Paris devant un parterre de quelque mille industriels.

Souveraineté

Pourquoi est-il si urgent de recréer un climat favorable à la réindustrialisation? Parce que "la France est devenue l’économie la plus désindustrialisée du G7, assène Eric Trappier, président de l’UIMM et pdg de Dassault Aviation. En vingt ans, elle est passée de la 6e à la 8e puissance industrielle dans le monde. C’est une question de souveraineté. Aucun pays ne peut se désintéresser de son industrie s’il veut rester indépendant sur le long terme." 

 

Et le patron de la puissante fédération de la métallurgie de vouloir s’attaquer aux facteurs du déclin de l’industrie: la perte de compétitivité et de compétences. La première s’explique par le poids de la fiscalité et du financement du modèle social; la seconde par une inadéquation entre l’offre et la demande sur le marché du travail. Plus de 75.000 emplois ne sont pas pourvus à l’heure actuelle dont la moitié dans la métallurgie.
A cette longue décroissance qui a causé la perte de centaines de milliers d’emplois est venue s’ajouter "la pandémie qui n’est pas encore finie", souligne-t-il. La Covid a montré les fragilités de la France et la relance de l’économie cause des pénuries d’approvisionnement en matières premières. Depuis quelques jours, la guerre en Ukraine ébranle plus encore la situation. "Cette nouvelle crise est égale à celle du choc pétrolier des années 70".
Sans même parler de l’aspect humanitaire, les conséquences du conflit, notamment énergétiques, seront importantes. Surtout dans l’éventualité d’un embargo sur le gaz russe. "Nous serions dans une difficulté extrême pour faire tourner nos entreprises qui vont devoir payer le prix de l’énergie beaucoup plus cher."

Certaines filières sont directement impactées par le conflit à l’instar de l’aéronautique qui, non seulement, peine à s’approvisionner mais a aussi l’interdiction de vendre des biens aéronautiques et spatiaux à la Russie. Même topo pour le secteur automobile. "Le cours du nickel essentiel à la fabrication des batteries des voitures électriques explose – la tonne a flambé en deux jours, de 30.000 à 100.000$. Ce sera compliqué de passer rapidement à l’électrique."
Si le sujet des stocks est très préoccupant, Eric Trappier veut "préparer le monde de demain où nous devrons inventer des filières alternatives: trouver des métaux, les transformer, les qualifier pour qu’ils répondent aux normes et standards des industriels. Il faut se mobiliser sur la formation des jeunes pour enfin redonner ses lettres de noblesse à l’industrie…"

Selon Marcel Ragni, président de l'UIMM06, les mesures pour réindustrialiser la France des quatre candidats ne sont pas suffisantes. (Photo K.W.).

Ce qu'en pense Marcel Ragni, président de l'UIMM06

Seuls quatre candidats se sont prêtés à ce grand oral proposé par l’UIMM: Anne Hidalgo, la candidate PS ; Valérie Pécresse (Les Républicains); Marine Le Pen (Rassemblement national) et Éric Zemmour (Reconquête !).

Chacun y est allé de ses propositions: simplification des normes, suppression des droits successoraux et patrimoniaux, baisse des impôts de production, création de zones franches industrielles, utilisation d’une partie du livret A pour protéger les fleurons industriels français…
Accompagné d’une délégation d’industriels azuréens, Marcel Ragni, président de l’UIMM06 élu en début d’année, était présent dans l’assemblée. Voici ce qu’il a retenu de chaque intervention.

Premier à s’être essayé à l’exercice, le candidat d’extrême droite Éric Zemmour. "Je retiendrai en priorité sa proposition de mise en place d’un mécanisme de commande publique européen permettant à chaque État de réserver une part à ses entreprises nationales sur la commande publique, estime Marcel Ragni. On peut aller plus loin en faisant de l’écologie une forme de préférence nationale et européenne. La commande publique peut redonner du sens, sans faire du protectionnisme politique ni du racisme de marque, en mettant l’accent sur le développement durable. Mieux vaut un matériel qui est produit à 200 km qu’un qui vient de Chine."
Deuxième dans l’ordre de passage, la socialiste Anne Hidalgo. "À mon avis, elle a tenu un meeting devant des potentiels électeurs et non pas des chefs d’entreprise qui avaient besoin de donner du sens à leur mission. Je n’ai noté aucune proposition alléchante. Certes, elle a parlé d’alternance mais les contours de ses propos étaient trop flous."
"Marine Le Pen (Rassemblement national) propose de faire le ménage sur les normes. Mais celles-ci ne me gênent pas car elles permettent de structurer nos entreprises, de les rendre plus propres, accueillantes, plus protectrices des salariés et des consommateurs. Dommage, en revanche, que la candidate n’ait pas proposé qu’on s’en serve pour faire barrage à la concurrence déloyale. On fait rentrer des biens provenant de pays où il n’y a aucune norme sur la sécurité, ni sur le travail des enfants. Marine Le Pen est aussi la seule à avoir suggéré la création d’un ministère des Fraudes pour contrôler les produits qui ne sont pas conformes. Quant à son idée d’aider les entreprises qui produisent en France, c’est une excellente idée et ça s’appelle les circuits courts."
Dernière à passer, Valérie Pécresse (LR) qui suggère notamment "d’alléger le train de vie de l’État pour rediriger les fonds vers l’industrie".
Conclusion? Si tous les candidats ont parlé d’alléger les impôts de production, de revoir les droits successoraux et patrimoniaux, de soutenir l’alternance et la formation, "leurs mesures me semblent insuffisantes. Il faudrait par exemple effacer les charges des entreprises qui emploient des alternants, étendre les aides aux ETI. La situation de l’industrie est très préoccupante en raison des problèmes d’approvisionnement et de la flambée des prix des matières premières et nous n’avons pas forcément une grande écoute des décideurs. Pourtant, l’industrie 4.0 a redonné du sens à l’emploi avec des postes de programmeurs, ingénieurs, administratifs... Il y a désormais une multitude de métiers et non plus seulement chaudronnier ou tôlier comme autrefois…" Et de conclure: "J’aurais aimé entendre Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) et Emmanuel Macron."

Valérie Pécresse (LR), Anne Hidalgo (PS), Marine Le Pen (Rassemblement national) et Eric Zemmour (Reconquête!) ont passé leur grand oral devant mille patrons d'entreprises industrielles. (Photos K.W.).

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