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"Les jeunes ne se sentent pas armés, ça fait peur!" Ces célèbres oléiculteurs de La Trinité ne trouvent pas de repreneurs

Les Derepas ont fait du domaine de Champsoleil, à La Trinité, une pointure de l’oléiculture en France. Pourtant, ils n’ont personne pour leur succession, au point de repousser leur retraite.

Antoine Louchez Publié le 15/01/2022 à 09:30, mis à jour le 15/01/2022 à 07:33
Le domaine de Champsoleil, à LaTrinité, est un fleuron de l’agriculture bio dans les Alpes-Maritimes et de l’oléiculture française. (Photo A. L.)

La scène illustre le paradoxe. Entouré des dizaines de prix glanés par son huile d’olive, Henri Derepas brandit le tout dernier, qui en fait un des deux seuls français dans le top 100 mondial. "Pour nous, c’est une consécration", assure-t-il.

Le domaine de Champsoleil, tenu par sa famille, à La Trinité, est un fleuron de l’agriculture biologique dans les Alpes-Maritimes et de l’oléiculture française. Pourtant, le constat est implacable: faute d’avoir pu trouver un repreneur, la famille repousse sa retraite, qu’elle comptait prendre fin 2021. "Ce que je regrette, c’est que des fermes en bonne santé s’arrêtent", résume le chef d’exploitation de 62 ans.

"Des années qu’on s’interroge sur la succession"

Le couple Derepas ne découvre pas le problème de la transmission dans le milieu agricole. En France, seuls six départs sur 10 sont compensés par des installations. Et le problème va s’aggraver: un agriculteur sur deux a plus de 50 ans.

Eux, veulent que l’exploitation continue. Pour laisser une trace et parce qu’ils croient en l’agriculture. Mais cette crise, ils la prennent en plein visage alors qu’ils avaient tout fait pour anticiper. "Ca fait des années qu’on s’interroge sur la succession, développe Henri Derepas. On a entamé la réflexion en 2015. On souhaitait que la terre garde sa vocation. On ne veut pas galvauder ce qu’on a fait, sinon ce serait comme considérer que ce qu’on a fait ne sert à rien."

La famille a tenté le coup, en vain

Vers qui se tourne-t-on avant tout? La famille. Premier coup dur: "Ça ne l’a pas fait. Mes enfants m’ont vu travailler dur, avoir des soucis, manquer de reconnaissance. Les jeunes ne se sentent pas armés, ça fait peur."

 

Peut-on leur en vouloir? Henri travaille tous les jours, 60 heures par semaine et touchera 650 euros de retraite par mois. Et pourtant, son fils cadet et sa sœur ont tenté le coup, mais ne voulaient pas se lancer seuls. Ils ont cherché des associés. "Il y a eu très peu de candidatures et elles étaient déconnectées de la réalité", regrette-t-il.

L’avenir reste flou

En 2018, après ce "contrecoup" à encaisser, les Derepas se penchent sur d’autres solutions qui permettraient de conserver le patrimoine familial. "Vous pouvez ne pas être agriculteur mais confier votre bien à des agriculteurs." Pareil. Malgré le prestige et la bonne santé de l’entreprise, l’avenir de l’agriculture biologique, l’offre clé en main ("On a déjà tout fait, c’est un gain fabuleux"), un clip commercial et de multiples prospections, l’avenir est toujours dans le flou complet. Il y a bien des discussions avec des institutions, sans que rien ne se concrétise pour le moment.

"J’arrête le 31 décembre 2022"

L’oléiculteur blâme "le bashing [1] des métiers manuels" mais aussi le décalage de la nouvelle génération: "On ne devient pas agriculteur avec un stage de huit mois." Il le répète: il ne veut pas faire pleurer dans les chaumières mais lancer l’alerte. "Il y a un gap: les vieux s’en vont et les jeunes ne sont pas là. Si on arrête tous, il va manquer le relais et il faudra repartir de zéro."

Alors, Henri Derepas perd progressivement espoir. Et commence à se faire une raison. "L’agriculture, c’est un parcours du combattant pour commencer, pour continuer. Ça ne devrait pas l’être pour en sortir. Quoi qu’il advienne, j’arrête mon entreprise le 31 décembre 2022. Si on me demande d’accompagner les repreneurs, je le ferai. Mais s’il n’y a rien, nous aurons fait notre devoir".

Une importante exploitation du département

- 1981 : L’année à laquelle les Derepas ont hérité de cette exploitation familiale.
- 11 000 : Le nombre d’oliviers à Champ soleil, pour 7 hectares au total, maraîchage compris. En 1964, il y en avait 300. Ce qui en fait « une grosse exploitation » dans le département.
- Salariés : En plus du couple Derepas, l’entreprise a deux salariés permanents et l’équivalent temps plein de deux personnes en plus.

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