"L’entreprise est une valeur refuge pour les Français"

Les Français aiment leur boîte et le lui montreront ce jeudi pour la 20e édition de la Fête des entreprises.

K.Wenger Publié le 19/10/2022 à 18:30, mis à jour le 15/10/2022 à 11:04
Sophie de Menthon, présidente d’ETHIC, est à l’origine de la Fête des entreprises. (Photo D.R.)

Célébrée en France et en Europe, la Fête des entreprises a vingt ans ce jeudi 20 octobre. Créée à l’initiative de Sophie de Menthon, entrepreneure et présidente du mouvement patronal ETHIC [Entreprises de taille humaine, indépendantes et de croissance, ndlr], la manifestation réunit le temps d’une journée salariés et patrons.

"Elle vise à délivrer un message positif en confortant les salariés dans leur rôle moteur, à renforcer l’esprit d’appartenance et d’équipe et à valoriser l’image de l’entreprise en France", explique la dirigeante.


Les Français aiment-ils leur boîte?
Le sondage OpinionWay que nous avons réalisé pour cette vingtième édition montre que les Français aiment leur boîte à 67%. Ils n’ont plus confiance dans les politiques car le spectacle donné est catastrophique. Nos compatriotes ont besoin d’un ancrage qu’ils trouvent dans leur entreprise: c’est une valeur refuge. Ils se défoncent pour elle. Voyez en ce moment, ils font des kilomètres de queue pour prendre de l’essence et venir travailler.

Concernant la confiance, l’entreprise est pratiquement au même niveau que la famille. En revanche – et cela m’inquiète un peu –, 87% des personnes interrogées jugent que leur patron doit agir pour leur santé.

 

En leur évitant un burn-out?
Non, en incitant à la prévention (69%) en agissant en cas d’épidémie (18%), soit 87%. Le burn-out est devenu un mot à la mode mais il ne faut pas trop en jouer: il y a vraiment des gens épuisés qui travaillent trop – comme les professions médicales par exemple. Les salariés d’ailleurs le savent très bien et ne demandent pas à leur dirigeant de les protéger du burn-out.

Cette année, la thématique est "J’aime ma boîte et qu’est-ce qu’elle ferait sans moi?". Que ferait-elle donc sans les salariés?
Rien, il n’y aurait plus d’entreprise. Certes, il resterait l’entreprise individuelle qui a été lancée à une époque où le chômage était important et pour que les gens se mettent à leur compte. Les autoentrepreneurs peuvent donc aussi dire J’aime ma boîte car ce sont eux, leur boîte.

La nouveauté, cette année, c’est David Lisnard – maire de Cannes, président de l’association des Maires de France [35.000 mairies et intercommunalités, ndlr] et parrain de cette édition – qui invite toutes les mairies de France à jouer le jeu et à fêter les entreprises. C’est le premier lien entre le public et privé. Gérer une ville comme gérer une entreprise, c’est mettre en œuvre un plan d’actions avec un budget et des moyens alloués dans un objectif de service de qualité et de satisfaction du client/de l’usager. Les maires sont les entrepreneurs de la République.

Les Français ne sont donc plus en guerre avec l’entreprise...
Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas des révoltes pour le pouvoir d’achat. On le voit bien en ce moment. Nous avons d’ailleurs posé une question à ce sujet dans le sondage: de qui dépend le pouvoir d’achat aujourd’hui?

Réponse: à 49% de la conjoncture économique. En pleine inflation et quand on rembourse les PGE, les gens ne font pas la grève pour être augmentés. Les salariés l’ont compris mais pas chez Total... Sinon, le pouvoir d’achat dépend à 32% du gouvernement et à seulement 18% du patron.

 

Qu’est-ce que cela révèle selon vous?
Un progrès concernant la compréhension du pouvoir d’achat et donc de l’économie. Les Français comprennent les difficultés actuelles: guerre en Ukraine, augmentation du prix de l’énergie, l’inflation… Oui, ils veulent du pouvoir d’achat mais ils ne mettent pas tout sur le dos du patron.

Leur vision de l’entreprise a beaucoup changé ces dernières années, surtout depuis l’avènement des startups.
Elle a complètement changé. Oui, il y a la Startup Nation. Mais ce n’est pas tout. 98% des entreprises sont dans une économie de terrain comme les 450.000 commerçants de l’Association des commerçants de France qui nous ont rejoints cette année. C’est cette économie qui a fait tenir la France durant le confinement. C

’est comme le télétravail, seuls 25% des salariés sont dans la capacité de télétravailler. La France de l’entreprise est une France de TPE-PME, de quelques grandes boîtes qu’on accuse de superprofits mais qui ont sauvé le pays. LVMH a fait fabriquer du gel hydroalcoolique dans ses usines ou s’occupe de restaurer Notre-Dame. Les superprofits sont aussi utiles à l’État qui les redistribue.

Que pensez-vous de ces salariés qui font le strict minimum?
Le pire. Les politiques réclament le droit à la paresse. Je suis pour à condition que l’on paie ce droit et que l’on bosse. Le mec qui en fait un minimum, ce sont les autres qui travaillent à sa place. Je voudrais aussi lancer un appel à la responsabilité des médecins: la facilité avec laquelle les arrêts maladies sont signés en France est une catastrophe.

Maintenant que les Français aiment leur boîte, qu’allez-vous imaginer?
Je n’ai jamais connu en vingt ans un avenir aussi incertain. Mon rêve serait de trouver un partenaire à J’aime ma boîte pour que la manifestation devienne aussi importante que la Fête de la musique. Je remercie d’ailleurs les sponsors actuels très nombreux: Decaux, Paprec… et les Chrétiens d’Orient.

Ces derniers sont partenaires parce que dans les pays en conflit, la seule façon de faire la paix est d’avoir des gens ennemis dans la même entreprise. Et c’est aussi la première fois que le Medef est partenaire.

Étonnant, non?
Avant, le Medef avait tellement mauvaise réputation que ça aurait été mauvais pour J’aime ma boîte qu’il soit partenaire…

> jaimemaboite.com/

20 ans d’anecdotes

La plus républicaine

En 2004, Jacques Chirac me fait porter par un Garde républicain en tenue une lettre de félicitations pour avoir créé J’aime ma boîte.

Les plus chantées

En 2014, Manolo, le chanteur des Gypsy King, interprète sur le parking de Gifi la chanson J’aime ma boîte avec des voitures de l’entreprise formant un cœur. Elle sera reprise par les Guignols de l’Info qui font chanter "J’aime ma droite" à Manuel Valls.

Je fais poser Emmanuel Macron, alors secrétaire général de l’Élysée sous François Hollande, avec le badge J’aime ma boîte. Ce dernier convainc ensuite Manuel Valls de dire "J’aime l’entreprise" au Medef. Scandale à gauche.

La plus européenne

2013: je suis allée en Lituanie, premier pays européen à lancer J’aime ma boîte.

La plus cabot

En 2016, Purina organise Pets at Work, une journée pour que les entreprises permettent à leurs salariés d’emmener leur animal de compagnie au travail.

Le plus grand pétrin

En 2021, Rachida Dati, mairie du VIIe arrondissement à Paris, fait du pain dans une boulangerie en 2021 avant de servir les clients et vendre les baguettes… Elle était impeccable avec le tiroir-caisse!

La plus agaçante

Les humoristes de France Inter qui disent "J’aime mon patron quand il m’entube" et tous les ans, c’est pire.

La trop sexy

En 2013, l’agence de pub me propose une campagne d’une femme en latex rouge, un fouet dans les mains, disant: "Non, je ne suis pas maso, j’aime ma boîte et je l’assume".

J’adore mais j’ai été obligée de la retirer dare-dare sous la pression des partenaires et ai dû en trouver une autre en remplacement. L’humour n’a pas gagné. Pourtant, je suis persuadée que les Français auraient bien rigolé.

L'affiche de cette vingtième édition. (Photo D.R.).

Naissance d’une idée

Comment est né le concept de J’aime ma boîte?
Il y a vingt ans, j’achetais des cartes d’anniversaire dans un drugstore aux États-Unis quand j’ai vu des cartes I Love my Boss, You’re the Greatest Boss… J’en suis restée stupéfaite.

De retour en France, j’en parle à une assemblée générale du Medef et là, hurlements de rires. Ernest Antoine Seillère, président de l’organisation patronale à l’époque, me répond: "Faire la fête d’un patron en France, c’est le séquestre."

Finalement, sur une idée de mon fils, on a décidé de créer la Fête des entreprises.

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