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Le savoir-faire de l'atelier niçois Morisse-Marini au chevet de Notre-Dame de Paris

L’atelier niçois Morisse-Marini a remporté l’un des appels d’offres pour restaurer le mobilier des chapelles de la nef de Notre-Dame de Paris.

K.Wenger Publié le 11/05/2022 à 18:30, mis à jour le 09/05/2022 à 14:30
Margot Morisse et Stefano Marini ont restauré cette œuvre de Fernand Léger présente au musée dédié à l’artiste à Biot: "La céramique était fissurée et le cadre rouillé." (Photo K.W.)

Les vieilles pierres sont toujours chargées d’histoire. Certaines plus que d’autres.

Un avis partagé par Margot Morisse et Stefano Marini dont le métier est de redonner éclat et beauté à ce passé. A l’automne dernier, les fondateurs et dirigeants de l’atelier éponyme de restauration et de conservation du patrimoine à Nice ont répondu à l’appel d’offres Rebâtir Notre-Dame de Paris "et nous avons été mandatés pour participer au chantier de reconstruction de l’édifice".
L’Atelier Morisse-Marini interviendra plus précisément pour rendre sa splendeur au mobilier des treize chapelles de la nef centrale de la cathédrale dévastée par les flammes en 2019.

Par mobilier, on entend "les autels, sculptures, gisants, pierres tombales, plaques commémoratives et fonts baptismaux", explique la Niçoise Margot Morisse, diplômée d’État qui a fait ses classes au prestigieux Istituto Centrale per il Restauro (ICR) à Rome où elle a rencontré celui qui deviendra sa moitié dans la vie et dans le business, le géologue Stefano Marini.

Ce dernier s’est vite pris de passion pour une autre forme d’étude de la pierre: la pétrographie appliquée à la restauration. Tous deux travailleront une dizaine d’années de l’autre côté des Alpes avant de revenir à Nice en 1997 où ils ont créé leur atelier.

Chantiers prestigieux

Pierre, stuc, fresque, revêtements muraux antiques (faux marbre, briques, enduits...), matériaux archéologiques comme les céramiques ou les métaux et autres matériaux organiques, le couple est un habitué des chantiers prestigieux.

 

À son actif, la cour de marbre de Versailles, les autels de l’église de Saint-Germain-des-Prés, le château de Chambord, une restauration qui dure depuis vingt-deux ans: "On y est comme à la maison, résume Stefano Marini. Le travail y est très délicat car la pierre est fragile." 

Et aussi – et plus près de chez nous –, la grande étoile du CUM à Nice, le rez-de-chaussée du musée Massena, les sculptures de la cathédrale Sainte-Réparate, les peintures murales de celle de Sospel ou l’immense retable tout en stuc de Trets dans les Bouches-du-Rhône: "Un chantier très technique: sous les sept couches de peinture, on a réussi à retrouver les couleurs d’origine en stucco marbre", s’enthousiasme-t-il…
Les deux artisans qui emploie deux salariés pour un chiffre d’affaires de 300k€ ont dû rédiger un mémoire technique détaillant les protocoles d’intervention sur le chantier de Notre-Dame.

"Il a été validé par la DRAC [direction des affaires culturelles qui dépend directement du ministère de la Culture, ndlr] mais nous ne nous attaquerons à la restauration de la cinquantaine de pièces du mobilier qu’en août", précise Margot Morisse. Paradoxalement, ce n’est pas l’incendie qui les a abîmés mais "les tonnes d’eau de la Seine qui ont été déversées pour l’éteindre. On enlèvera aussi les traces de suie, la poussière accumulée depuis des années et on en profitera pour enlever les morceaux de plomb. C’est à la fois un travail de restauration et de dépollution."

Si cet ouvrage qui rapportera près de 200k€ n’est pas le plus complexe – loin de là – que le couple a réalisé, "le lieu est magique: on se sent vraiment investis et cela nous apporte beaucoup de satisfaction."

 

De quoi en oublier les nombreuses contraintes: "Le site est classé sinistré. À l’intérieur, il y a une forêt d’échafaudages. La cathédrale est stabilisée mais pas encore hors de danger, explique Stefano Marini. La sécurité y est très forte, on perd beaucoup de temps à mettre des vêtements de protection et à prendre des douches à cause de la présence du plomb."
La durée? "Deux à trois mois de travail réel mais en réalité, cela durera plus longtemps car nous sommes dépendants des autres lots comme la maçonnerie ou l’électricité."

Pour autant, cette lenteur n’a pas découragé les deux restaurateurs puisqu’ils ont répondu à un autre appel d’offres concernant cette fois la façade extérieure et les gargouilles. En attendant de redonner de sa superbe au mobilier de Notre-Dame, ils sont sous les ors du foyer Campra de l’opéra de Toulon.

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