Rubriques




Se connecter à

Le Grand Prix de Monaco booste les réservations dans les hôtels de Menton

Tout juste ouverts, ou bientôt... Après des mois de fermeture, les hôtels mentonnais veulent renouer avec le public. Top départ avec une clientèle professionnelle amenée par la F1

Propos recueillis par Y. D. Publié le 11/05/2021 à 19:05, mis à jour le 11/05/2021 à 18:54
Branle-bas de combat dans les hôtels de Menton à quelques jours de leur réouverture. Photo S.B.

Ils rouvrent, peu à peu. Après des mois de fermeture pour la majorité, les hôtels se relancent. Presque sur les chapeaux de roues pour certains, grâce au Grand prix de Monaco, qui apporte aux hôteliers mentonnais une clientèle professionnelle, celles des équipes de diverses écuries automobiles, ou d’entreprises engagées dans l’organisation de ce Grand prix.

 

Mais après? Tous travaillent à éviter la sortie de piste. À éviter le drapeau rouge. Ils misent sur l’ouverture des restaurants, la poursuite de la vaccination, l’ouverture plus souple mais sanitairement contrôlée des frontières, pour prolonger leur course au-delà de la ligne d’arrivée.

Rester dans la course au-delà de l’été. Rencontre avec plusieurs hôteliers de Menton, tout juste ouverts ou sur le point d’ouvrir, sans oublier ceux qui n’ont jamais fermé.

Après des mois de fermeture, l’heure est aux préparatifs dans les hôtels. Ici, au Riva, en plein nettoyage du Spa. Photo Nice-Matin.

Au Riva, à J-6, grands préparatifs et petits espoirs

Effervescence devenue inhabituelle, hier dans l’hôtel Riva, sur la Promenade du Soleil. C’était le grand retour de la petite vingtaine d’employés de l’établissement, autour de leur directeur général, Laurent Ravail, et de leur directrice, Véronique Peloly. Après plus de 6 mois de fermeture. Et à 6 jours de la réouverture, qui aura lieu dimanche, pour accueillir des équipes techniques d’écuries automobiles présentes pour le Grand prix de Monaco.

"On rouvre pour les écuries Porsche et Daimler, qui viennent chaque année", confirme Laurent Ravail. Toute la semaine, les équipes sont donc mobilisées pour nettoyer à fond les 41 chambres, le Spa, le hammam, les salles de massage, les couloirs, la réception… et tout mettre en place.

Dans les chambres, ça s’active déjà. Aspirateur, poussière, vitres, entretien de la literie… Laurent Ravail ouvre un store, et là, surprise: "Oh, vous avez vu l’état des terrasses? Les mouettes ont dû s’y installer, ce n’est pas possible!"

Les employées acquiescent: "On vient de nettoyer à fond les terrasses des deux premières chambres. Ça part, mais c’est du boulot…"

Sur le toit, d’autres employés s’attellent à nettoyer la terrasse et le Spa de l’établissement au jet à haute pression. Puis ce sont les transats et le reste du mobilier qui y passent. "Monsieur Ravail, il faudra aussi faire venir le jardinier, il y a un petit arbre qui est mort, là...", lui fait remarquer le responsable technique de l’hôtel.

À côté, on s’affaire dans les salles de massage pour laver, frotter, lustrer… Tout est passé en revue. Les entreprises prestataires défilent.

"Il est venu, le Monsieur, pour vérifier la légionelle?", demande Laurent Ravail à sa directrice. Le téléphone sonne. "En plus du nettoyage, on a un protocole strict de désinfection, validé par la médecine du travail…", informe le directeur général, tout en répondant à une sollicitation par texto. C’est déjà le rush.

Mais Laurent Ravail a le sourire. "Oui, aujourd’hui, j’ai le sourire. J’ai fermé mon hôtel pendant 6 mois, alors que ça fait 30 ans que je travaille sans jamais m’arrêter… Même si ça m’a fait du bien, que j’ai pu faire d’autres choses que je ne faisais jamais, maintenant, il est temps que ça reprenne…"

Il a le sourire, mais tout n’est pas rose. Car depuis le mois de février, il n’a pas touché le fonds de solidarité du gouvernement. "Pourtant, on avait réussi jusque-là. Tout est en ordre, tout est en règle, on nous le confirme, les demandes ont été faites au bon moment… Et c’est bloqué. Merci pour ces aides qui nous permettent de tenir… Mais là, sans elles depuis trois mois, c’est trop dur…"

Laurent Ravail vient de réussir à débloquer l’aide pour le mois de mars, grâce au service des impôts de Menton. "Mais pour février, toujours rien, c’est à Paris que c’est traité, et c’est bloqué… Or, même si on est fermés, les coûts fixes tombent tous les mois, et il faut payer. Mon souci, ça a été de pouvoir payer mes employés à la fin de chaque mois… Ils étaient au chômage technique… Mais on payait le complément. Et entre le moment de payer les salaires et celui où on touche les fonds de l’État, il y a deux mois de décalage. Et quand on ne reçoit pas en parallèle le fonds de solidarité… Pouvoir payer nos employés, c’était le plus important pour moi, parfois je n’en ai pas dormi, parce que nous sommes comme une famille, nos employés sont là depuis longtemps… D’ailleurs, on a toujours gardé le, lien on avait un groupe WhatsApp pour discuter. Et on en a profité pour les former. Par exemple, ils ont désormais tous leur brevet de secouriste!"

L’horizon n’est pas encore dégagé en termes de fréquentation: "Pour l’instant, on en est à 19% de remplissage sur juin, juillet, août, septembre. Jusqu’à juin, on peut encore ajuster le personnel en fonction des réservations, en laissant encore quelques personnes en chômage partiel. Mais ensuite, on n’aura plus le droit. Il faut que les gens reviennent, et on espère bien qu’ils le feront… On compte aussi sur notre Spa, qui rouvre le 19, là on sait qu’il y aura du monde…"

Car celui-ci a quelques atouts, dont sa vue mer. Atouts reconnus : il a été primé meilleur Spa de France en 2014.

Le Napoléon devrait rester ouvert même après le départ des équipes du Grand prix. Photo Nice-Matin.

Le Victoria rouvre ce mardi, le Napoléon demain

À quelques jours près, le Napoléon aurait pu rouvrir pour les 200 ans de la mort de l’empereur. Mais c’est bien le Grand prix de Monaco qui conditionne la relance de l’hôtel de Garavan, dès demain.

"Sans cela, nous n’aurions pas eu intérêt à reprendre avant le 19 mai et la réouverture des restaurants", souligne le responsable, Matthew Likierman. Qui avait fait tout le nécessaire pour accueillir les "FOM" (pour Formula one management) dans de meilleures conditions, avant d’apprendre que les équipes techniques mangeront finalement sur place.

"Notre ouverture va être très différente. Nous avions prévu de leur servir le petit-déjeuner et le dîner. Cela représentait pas mal d’investissements. Mais d’un autre côté, on va gagner en simplicité; ce qui n’est pas forcément un mal après six mois de fermeture."

Dans la mesure où les clients ne pourront pas quitter leur chambre, Matthew Likierman explique avoir fait un énorme travail d’amélioration de son réseau Wi-fi. Vérifiant le signal dans chacune des chambres, refaisant les bornes.

"Ce sont pratiquement tous des étrangers, ils voudront regarder des programmes dans leur langue en streaming", justifie le responsable.

Ajoutant: "ils seront présents jusqu’au 26 mai, c’est du pain béni dans le contexte actuel".

Et après? Les réservations sont déjà suffisamment au rendez-vous pour que le Napoléon puisse continuer de fonctionner, grâce à des habitués de la pré-saison qui réservent bien en amont.

Au Victoria, après le Grand prix, peu de réservations

"Ce sont souvent des retraités, qui, déjà vaccinés, ont peut-être moins peur de voyager. L’été aussi s’annonce pas mal. Nous avons déjà 30% de réservations pour juillet et 40% pour le mois d’août. Et on sait que des clients étrangers, à l’exemple des Anglais, reviendront en flots quand ils n’auront plus de quarantaine au retour dans leur pays."

C’est aussi pour le Grand prix que le Victoria ouvre dès aujourd’hui. Mais dans cet établissement de Roquebrune, que Matthew Likierman gère également, les perspectives ne sont pas les mêmes pour l’après course. Entre autres parce que malgré les minuscules 4 kilomètres qui séparent les deux hôtels, la clientèle n’est pas du tout la même.

Quand le Napoléon attire le tourisme de loisir, le Victoria accueille davantage un public de professionnels venant à Monaco pour le travail.

« Au Victoria, nous avons peu de réservations entre le 19 mai et le 9 juin. On attend avant de prendre une décision mais il est fort probable qu’on ferme de nouveau après le Grand prix, en attendant la levée des restrictions », commente Matthew Likierman. Pointant du doigt un avantage : si le Napoléon, lui, reste ouvert, il pourra proposer un plan B aux personnes ayant réservé au Victoria en cas de fermeture prolongée.

Le Princess & Richmond a rouvert ses portes hier en prévision du Grand prix de Monaco. Photo S.B..

Au Princess&Richmond, on n’est pas pessimiste... mais peu optimiste

De mémoire familiale, et exception faite des périodes de guerre, jamais l’hôtel Princess & Richmond, dirigé par les Caravelli depuis quatre générations, n’était resté portes closes aussi longtemps.

"Nous étions fermés depuis novembre. D’habitude, cela n’excède jamais six semaines à la morte-saison. On est contents de rouvrir, il faut travailler. Mais nous ne sommes pas tout à fait sereins pour l’été et pour l’avenir plus largement", résume Philippe Caravelli.

Précisant que les hôtels n’avaient pas l’obligation légale de fermer mais que l’absence de clients a conduit son épouse et lui à laisser le rideau baissé.

"Que faire quand le téléphone ne sonne plus, qu’on ne reçoit plus de mails ni de visites sur le site? Il faut limiter la casse. Heureusement nous avons de la chance d’être dans un beau pays avec pas mal d’aides et nous en sommes reconnaissants." Dans de tels cas de figure, une entreprise familiale a autant de bons que de mauvais côtés, souligne Philippe Caravelli.

"On se fait du souci pour notre progéniture, et en même temps on se sert les coudes. On passait 2 à 3 heures ensemble les matins pour faire de la paperasse ou des dépannages."

À l’instar de plusieurs hôteliers mentonnais, la raison d’une réouverture ce lundi - après une semaine passée à nettoyer, désinfecter, remettre les chambres en conformité, vérifier que tout fonctionne - tient en quatre mots: Grand prix de Monaco.

Hôtel complet... mais vide jusqu’à 17 heures!

"Traditionnellement, nous avons un contrat moral avec Formula one management. Une partie du personnel international qui organise les grands prix vient chez nous. Ceux qui gèrent les caméras, les infrastructures, les chronos… Ils arrivent dès cette semaine. On travaille ainsi une quinzaine de jours et pas uniquement les 3-4 jours du Grand prix", explique le gérant.

Particularité de cette année : les professionnels en question devront vivre dans une bulle sanitaire, en vase clos. L’absence de restaurant au sein de l’hôtel ne pose ainsi aucun problème, dans la mesure où les clients prendront leurs repas dans une structure dédiée en terre monégasque.

"D’habitude, on sous-traite avec un pressing pour nettoyer les vêtements mais cette fois-ci, les uniformes le seront dans leur propre laverie. De même, ils auront leurs propres moyens de locomotion. Ce sont des gens qui font le tour de la planète et se retrouvent régulièrement, l’enjeu est donc de ne pas se repasser le virus", souligne Philippe Caravelli.

Pointant du doigt un paradoxe: l’hôtel sera complet mais tous les clients quitteront les lieux le matin et un calme plat régnera jusqu’à 17 heures.

Et après le Grand prix? "C’est l’incertitude. Nous n’avons pas reçu tellement d’appels, bien que le mois d’août ait l’air de bouger. Les gens ne viennent pas pour de longs séjours chez nous, et ils s’y prennent plutôt au dernier moment. On espère que ce sera le cas, même si l’an dernier on les a attendus… Nous étions très contents de reprendre en juin. Mais même quand pratiquement toutes les contraintes avaient été levées, on s’est retrouvés avec seulement 50 % d’occupation. Alors ça apprend à être prudent."

En temps normal, la clientèle est en grande partie composée d’Italiens. Aussi Philippe Caravelli craint-il une double peine.

"L’Italie a été traumatisée par la crise sanitaire. Et les gens du Piémont ne peuvent plus descendre par la Roya, alors auront-ils envie de reprendre leurs habitudes?", questionne le Mentonnais. Dans un état d’esprit pas pessimiste… mais peu optimiste.

Laurent Rossi. Photo DR.

Un cri du coeur...

Le Best-Western Hôtel Méditerranée, doté de 90 chambres, a rouvert il y a quelques jours. "Cette ouverture, c’est un cri du cœur" témoigne Laurent Rossi, directeur exécutif du Summer Hotel group, dont dépend le Best-Western Méditerranée.

"Ouvrir, c’est permettre à la vie économique de Menton de reprendre. Menton le mérite ! Actuellement, le Grand prix nous apporte une clientèle de professionnels... Mais il n’y a aucune clientèle de loisir...", regrette-t-il.

Avant de se projeter: "On mise beaucoup sur la réouverture des restaurants le 19 mai, car nous avons un restaurant avec terrasse en rooftop... Notre clientèle pourra donc enfin boire, manger et dormir au sein de notre établissement.."

Il voudrait de la clarté: "On a beaucoup d’Italiens qui nous appellent parce qu’ils ne savent pas s’ils peuvent venir et à quelles conditions... Il faut communiquer là-dessus. Et il faut que tout soit clair vis-à-vis de l’étranger, que l’aéroport reprenne. Parce qu’à Menton, nous avons 70 % de clientèle étrangère!".

Côté réservations, ça ne frémit pas encore beaucoup: "On est en attente d’un décollage. On a un énorme espoir en la date du 19 mai. Les gens vont sûrement laisser passer cette date, pour être sûrs qu’il n’y ait pas de changements de dernière minute... Ils savent que rien n’est acquis!"

Et il insiste sur la mise en place des protocoles sanitaires: "Parce qu’il faut que nous puissions travailler au-delà de la saison. S’il faut rattraper tout ce qu’on a perdu sur deux mois de saison seulement, ça ne suffira pas!"

Pour lui, la saison ne se fera pas sans l’assurance pour les touristes d’être sanitairement en sécurité.

Ils n'ont jamais fermé

"On est restés ouverts pour le Samu social, la mairie, en cas de besoin, et pour la clientèle professionnelle…", témoigne Roland Arriza, directeur de l’hôtel Ibis Budget à Garavan.

"Ça m’a coûté 800.000 euros, je n’ai plus de trésorerie, mais c’était un choix… Quand on est là, ouverts, on évite les squats, la casse quand on remet tout en marche… On a maintenu l’entretien et surtout, on a fait des travaux… C’était une enveloppe bloquée bien avant la crise sanitaire. On compte sur cette modernisation, car nous avons amélioré ainsi notre rapport qualité prix…"

Et ça paye déjà: "Nous avons des équipes logistiques et de catering du Grand prix. Et depuis quelques jours, les réservations pour juin, juillet, août et septembre fusent ! J’ai eu en une matinée 69 coups de fil!"

Il y a quelques jours, 58 de ses 64 chambres étaient pleines… "C’est de bon augure…"

Idem pour l’Ibis Styles: "Nous avons accueilli des sinistrés de la Roya, mais aussi une clientèle d’affaires avec des effectifs réduits", expose Laurent Rossi, directeur exécutif du Summer Hotel group, duquel dépend l’Ibis Styles. "Parce que Menton le mérite. Être ouvert c’est participer à la vie de la ville…" 

Des recrues parties vers d’autres secteurs?

Le recrutement, perturbé par les conséquences du confinement? C’est en quelque sorte ce qu’expose Benoît Borghese, président du Syndicat des hôteliers de Menton et de la Riviera française: "Dans le secteur de l’hôtellerie-restauration, il y a déjà des difficultés de recrutement en conditions normales, mais là, après le confinement, on a remarqué qu’un certain nombre de personnes ont réorienté leur carrière, leur activité, vers des secteurs dits "essentiels" où ils peuvent encore travailler… Donc s’il y avait déjà une difficulté naturelle avant, à cause de la souplesse que ces métiers nécessitent, à cause des horaires etc. le recrutement est devenu encore plus difficile aujourd’hui…"

Pour Roland Arriza, directeur de l’hôtel Ibis Budget, "ce sont des gens qui se sont échappés! Il n’y a pas d’autre mot. Quand on faisait 60 heures par semaine avec un seul jour de repos… C’était une autre époque, ce n’est plus possible aujourd’hui, et c’est normal… Ce sont des métiers éprouvants. D’où cette fuite vers d’autres professions…"

Offre numérique MM+

...

commentaires

Les insultes, les attaques personnelles, les agressions n'ont pas leur place dans notre espace de commentaires.
Tout contenu contraire à la loi (incitation à la haine raciale, diffamation...) peut donner suite à des poursuites pénales.

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.