Le conflit russo-ukrainien a-t-il un impact sur l'économie monégasque ?

À ce stade, Monaco semble hermétique économiquement aux conséquences du conflit russo-ukrainien mais le gouvernement est attentif à un ralentissement de la zone Europe. Décryptage.

Article réservé aux abonnés
Thomas Michel Publié le 03/03/2022 à 09:59, mis à jour le 03/03/2022 à 09:59
On dénombre près de 800 résidents de nationalité russe en Principauté, contre 38 en 2002. Sans savoir combien sont placés sur la "liste noire" de l’Union européenne. EPA/MaxPPP

Les dynasties monarchiques russes et monégasques ont tissé des liens essentiellement culturels et scientifiques depuis plus de trois siècles. Des recherches océanographiques du prince Albert 1er auprès de savants russes dès 1884, aux Ballets de Diaghilev à Monte-Carlo, entre 1911 et 1929.


Ces dernières années, les tête-à-tête entre Vladimir Poutine et le prince Albert II n’ont pas dérogé à cet héritage. Un virage a tout de même été initié en 2013. Une délégation de plus de 80 entreprises adhérentes du Monaco Economic Board avait alors accompagné le Prince à Moscou. Et le plus vaste pays du monde n’avait pas toisé l’état-confetti, encensé par Poutine. "Monaco n’est pas un grand pays, mais c’est un important centre commercial et financier avec un chiffre d’affaires de 60 milliards de dollars." Pour autant, la Fédération de Russie occupe aujourd’hui une place infime dans l’économie du pays.


Le gouvernement princier, et plus particulièrement les Départements de l’Économie et des Finances et des Relations extérieures ont accepté de faire le point sur les incidences du conflit russo-ukrainien en Principauté.

Un monitoring
sur le prix des énergies


En termes d’échanges commerciaux, la Russie sort des radars. En 2020, selon l’Institut monégasque de la statistique et des études économiques (IMSEE), la Russie était tout simplement absentede la liste des 20 premiers clients et fournisseurs de la Principauté. "Le volume global des échanges avec la Russie est assez limité. Ainsi, en 2021, le montant des exportations vers la Russie représente 0,44 % du total des exportations de Monaco. Au niveau des importations, cela représente 0,07 %", précise l’exécutif monégasque.

 


"Pour ce qui concerne les autres secteurs économiques, il est encore trop tôt pour mesurer les effets d’un tel conflit. Il faudra voir s’il s’inscrit dans le temps et évaluer le ralentissement économique en Europe mais aussi dans le reste du monde que cela pourrait générer. Il conviendra également de surveiller la répercussion des évolutions du prix des énergies (pétrole, gaz) qui pourraient impacter notre économie."

Un impact probable
sur le tourisme


Comme toute la Côte d’Azur, Monaco bénéficie en revanche de retombées économiques indirectes conséquentes. À commencer par le tourisme et sa TVA. Toujours selon l’IMSEE, les Russes n’étaient qu’au 8e rang des nations dans la clientèle des hôtels monégasques en 2020. Soit 1,9 % du flux international et 3 229 arrivées. En net recul du fait de la Covid, mais le pouvoir d’achat de ces richissimes visiteurs, dont la durée moyenne de séjour est la plus haute (3,1 jours), reste au-dessus du lot.


Le gouvernement l’admet, "il faudra être attentif au ralentissement général de l’économie européenne que peut générer ce conflit. Il peut y avoir un impact par exemple sur un tourisme plus tendu en raison des incertitudes si ce conflit devait durer dans le temps".

Le respect de la vie privée des personnalités fichées


Impossible de quantifier le nombre de résidents de la Principauté figurant sur la "liste noire" des 362 personnalités frappées par des mesures de gel de leurs avoirs par l’Union Européenne. Secret-défense au nom du respect de la vie privée. "Les listes des personnes devant faire l’objet d’une mesure de gel des fonds sont établies par le Conseil de l’Union européenne. Conformément à nos engagements, nous reprenons intégralement – et ce depuis 2014 en ce qui concerne le conflit Russie Ukraine – ces listes dans notre ‘‘liste nationale’’ et la publions sur le site du gouvernement princier afin que tous les acteurs économiques actifs en Principauté la croisent avec leur fichier de clients. Le gouvernement est en contact permanent avec la place financière. Si l’un de leurs clients est mentionné sur la liste, ses avoirs sont immédiatement gelés par l’entité, qui en informe sans délai les autorités monégasques [pas confisqués ou saisis mais gelés]. Mais, au nom du respect de la vie privée, il n’appartient pas au gouvernement de rendre publics d’éventuels noms ou même de préciser le nombre de personnes ou entités concernées."

 


Les banques de la place rencontrent-elles des problèmes particuliers et le suivi du gel des avoirs par l’État se fait-il en toute transparence ? "Aucune difficulté particulière n’a été signalée. Geler des fonds a déjà été pratiqué par le passé. Les institutions bancaires sont tenues de respecter les règles de compliance qui leur sont imposées. Elles ont une obligation de résultat en la matière. Toutefois, il faut avoir à l’esprit que c’est parfois une recherche minutieuse et de longue haleine en raison des structures financières complexes qui peuvent se présenter à l’examen des dossiers."

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.