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La vie en métavers: du virtuel bien concret

Se rêver une autre vie pour échapper à celle que vous vivez. C’est possible depuis longtemps et avec le métavers, le virtuel devient concret. Le décryptage de Denis Jacquet.

Denis Jacquet Publié le 11/03/2022 à 10:00, mis à jour le 04/03/2022 à 16:31
Le métavers va prendre de plus en plus d’importance dans nos vies. (Photo Tezos - Unsplash)

Ce matin, je me réveille dans un palace de Bora-Bora. Un détecteur de mouvement, assisté d’un analyseur d’activité cérébrale, a anticipé mon réveil et Missy, un robot room-service, apporte mon petit déjeuner.

J’opte de le prendre au 2e étage de la tour Eiffel que j’ai achetée la veille pour admirer la vue du centre commercial que je suis en train de construire et qui accueillera les plus grandes marques de luxe attirées par la venue de stars comme Jay-Z, Beyoncé et Leonardo di Caprio. Lequel fera un speech en hologramme sur la nécessité de redoubler nos efforts pour l’environnement. Bienvenue dans mon quotidien dans le métavers.

Le virtuel, une réalité concrète

En réalité, j’ai 25 ans. J’habite une chambre de bonne mais j’ai été le premier à croire au métavers. Comme la tour Eiffel était à vendre pour 500€, je l’ai aussitôt achetée – on m’en propose déjà 500k€ – et décidé d’y convier des stars planétaires et leurs sponsors pour une conférence-concert.

Leurs sponsors ont sauté sur l’occasion, payant près de 50k€ chacun pour la soirée, pas cher, mais pour moi le coût est nul. L’avantage des cocktails virtuels, c’est qu’ils coûtent aux sponsors mais pas à moi. J’en ai profité pour afficher la dernière série des Bored Ape Yacht Club (BAYC), des toiles de street art qui s’arrachent à plus de 1M€, dans leur version NFT. Le virtuel est pour moi, une réalité concrète. A ce rythme, je serai millionnaire à 26 ans, et je fêterai mon prochain anniversaire dans un lieu réel, lui.

 

Délire total ou réalité

Se réchauffer l’âme

Tout est bien réel. Notamment pour ceux de ma génération qui ont assisté, dubitatifs, à l’ascension éphémère de Second Life, ce jeu vidéo 3D américain créé en 2003 qui offre aux joueurs une seconde vie, inventée à loisir.

L’idée, manifestement intéressante, nous rappelle une condition essentielle qui préside au succès de l’entrepreneuriat : le timing. Une bonne idée qui arrive trop tôt fera flop. C’était le cas de Second Life.
Désormais, le monde est prêt pour le métavers, d’autant que la vie dans le réel nous incite souvent à choisir le virtuel pour se réchauffer l’âme. Aujourd’hui, on s’arrache des œuvres numériques, des cartes de footballeurs à des prix exhorbitants.

Revoir ses classiques

Pourtant, vous ne les aurez jamais en main, ni ne les accrocherez au mur. Concernant l’immobilier, comme la tour Eiffel, vous n’y habiterez pas. Seul votre surmoi numérique aura le plaisir d’effleurer cette œuvre exceptionnelle que vous fantasmiez de posséder.

Vous reproduirez dans ce monde onirique des concepts bien physiques comme la spéculation et la rareté. Vous devez juste vous extraire de votre carcan d’habitudes bâti par votre éducation. Vous débarrasser de vos référentiels de construction de la valeur.
Il y a moins de douze ans vous pensiez que votre vie se ferait à travers un PC et Internet: il se fait en 5G via un smartphone qui ne vous quitte plus. Il y a moins de cinq ans, vous pensiez que seule une monnaie gouvernementale baserait vos échanges. Voilà que des fonctionnaires ici et là sont payés en bitcoin.

 

Vous pensiez que la réussite et le statut social dépendaient de votre capacité à posséder ce que vous utilisez au quotidien. Désormais, vous ne possédez plus de vélo, scooter, voiture mais les utilisez en autopartage. Demain, il en sera de même pour l’immobilier avec des bureaux partagés ou en tiers lieu. La propriété est un concept qui a été virtualisée et la notion de valeur est remise en question.
Avant, impossible d’attribuer la moindre valeur à un bien que vous ne puissiez toucher. Place dorénavant aux biens numérique virtuels.

Comment comparer l’or et le bitcoin? En se souvenant que l’or n’a de valeur que parce que nous avons décidé de lui en donner une. Un truc en métal doré qui dort sous terre et qui est parvenu à asseoir longtemps la valeur des monnaies. Il vit son destin en Bourse déconnecté de son niveau de rareté. Seuls l’irrationnel et la volonté de trouver un refuge dans ce bien décrété comme rare forgent sa valeur.

Alors pourquoi pas le bitcoin? Il y a quatre notions à l’œuvre: la rareté, l’imaginaire, l’exposition et l’exclusivité. Le tout dopé par les réseaux sociaux.

Pourquoi ne pourrait-on pas posséder la tour Eiffel? Réelle ou virtuelle, elle est unique, n’appartient qu’à un propriétaire et elle permet d’organiser en exclusivité, sur le web, des rencontres de people, dont les avatars se pavanent sur un fauteuil Gucci virtuel au prix indécent. Vous y exposer permet de faire la pub de votre marque et toucher vos consommateurs. Rien de neuf sous le soleil.

Pourquoi une carte virtuelle de foot unique n’aurait-elle pas de valeur? Liée à la valeur que l’imaginaire et le marché lui attribuent. Tant qu’il y a un client, chaque bien a une valeur, même si elle paraît démesurée.

Deuxième chance aux oubliés

La nouveauté, c’est de donner une valeur énorme à une chose intangible. Les NFT sont la représentation du succès d’un métavers balbutiant. Il est aussi l’occasion pour de nouveaux acteurs, des jeunes, de faire fortune plus vite que leurs aînés. Ne pouvant lutter sur le terrain réel, ils inventent un univers que les anciens ne comprennent que peu ou trop tard. Les milliardaires Warren Buffet ou Larry Fink qui comparaient les cryptos à des lessiveuses à argent sale y investissent désormais massivement.
Il y a aussi une révolution générationnelle à l’œuvre. Les plus jeunes offrent au monde des codes dans lesquels les anciens tentent de s’inviter. En suiveurs.

 

Le monde du métavers offrira une deuxième chance aux oubliés: des enfants malades qui deviendront les héros d’une saga virtuelle; des déshérités qui visiteront Bora-Bora, des chirurgiens qui s’entraîneront pour des opérations complexes.

Seule l’autocensure des inhibés de l’imagination ou des conformistes bornés tentera de restreindre les possibilités infinies du métavers.

Foncer ou éviter?

Bienvenue à Gattaca

Si vous pensez que votre vie professionnelle pourra éviter le choc du métavers, des NFT, de la blockchain, alors préparez votre CV pour Pôle Emploi.

Le phénomène va prendre de l’ampleur, à la vitesse de l’évolution générationnelle et des changements de culture, de référentiels et d’éducation. Et croyez-moi, vous y passerez. Ne serait-ce que pour y voir quelle personnalité vos ados font devenir sur le virtuel et tenter de les aider dans le physique.

Selon Matthew Ball, CEO d’Epyllion Industries, le métavers représentera en 2050 un volume d’affaire de 30 trillions de dollars, plus que le PIB actuel des USA. Les ténors du digital et moultes startups s’affrontent pour prendre l’ascendant sur cet univers.

Facebook y investit plus de 15Mds$ et recrute plus de 10.000 spécialistes. Il a même changé son nom en META.

De nombreux Français y brillent. Sand Box, mais aussi Dogami dont le projet qui combine Jeu/NFT/Meta qui ouvrira au second trimestre a tout simplement créé le Petavers (Pet, pour animal).

Désillusions à prévoir

Y aura-t-il des victimes? Oui et non. Il y aura peu d’arnaques car le système informatique est hypersécurisé par une blockchain qui décentralise l’information et interdit à quiconque de "polluer" quoi que ce soit par le piratage d’un point central.

Encore un concept complexe à envisager pour nos cultures bien formatées.Tout est écrit et documenté, chacun peut vérifier. Bien entendu, la croissance d’un marché n’est pas extensible à l’infini.

Il y aura des bons, des brutes et des méchants. Au-delà de certains produits ou services "délirants" qui feront "flop" dans les jours ou semaines de leur arrivée, il faut reconnaître que globalement, le système est plutôt fiable et surtout échappe au mensonge institutionnel, à la dette des Etats. A ce jour, le système des bitcoins, est considéré comme pérenne.

Seules manquaient des grandes marques, mais nous devrions bientôt être contentés.

Offre numérique MM+

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