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« La SBM va devenir une société normale »

Dans cet entretien exclusif, Agnès Puons, numéro 2 de la Société des Bains de Mer, livre son regard sur les chantiers et grands projets menés en interne à la SBM

Arnault Cohen Publié le 23/12/2015 à 14:34, mis à jour le 23/12/2015 à 14:40
« La SBM est dans l’ADN des Monégasques. » A.C.

Cinq ans. C’est le temps qu’il aura fallu à Agnès Puons pour enfin pouvoir se pencher sur son autre mission, celle de secrétaire général de la Société des Bains de Mer. Une fonction qui fait d’elle, dans l’organigramme de la SBM, la numéro 2. Le bras droit du président délégué, Jean-Luc Biamonti. Pendant cinq ans, cette femme de tempérament s’est plongée tout entière dans sa mission première, les ressources humaines, qu’elle dirige depuis son entrée à la SBM en 2010. Une tâche exigeante pour une entreprise de cette taille, mais surtout complexe en raison de l’histoire sociale de la SBM. « Aujourd’hui, sourit-elle, l’équipe est en place, les réformes sont lancées. Je peux donc me consacrer au secrétariat général. » Et soulager ainsi Jean-Luc Biamonti, en interne comme en externe, en devenant une sorte de bras droit opérationnel, « avec une vision globale de la société », souligne Agnès Puons. Entretien avec celle qui se qualifie de « jeunette » à la SBM mais qui n’en est pas moins la vice-patronne.

Chantiers : « Du cauchemar au rêve »

L’accident de chantier de lundi matin nous le rappelle : des travaux titanesques sont menés sur la place du Casino jusqu’à fin 2018. Où en est-on, tout d’abord à l’Hôtel de Paris?
Le calendrier de travaux est parfaitement respecté. L’espace Rotonde, qui comporte le Grill, l’ancien Côté Jardin qui sera revisité et la terrasse du Bar Américain, est déjà bien avancé. Il devrait rouvrir en mai 2017. On avance vite.

Quand le nouveau Sporting d’Hiver commencera-t-il à sortir de terre?
Nous continuons à creuser sous l’ancien Sporting d’Hiver. Très profondément. Pour vous donner une idée, les parkings vont commencer là où les Boulingrins se terminent. Nous sommes encore dans cette phase de percement. Nous sommes encore loin de la recontruction. Ce ne sera pas avant le second semestre 2016.

De l’autre côté de la place, le casino du Café de Paris est aussi en pleine transformation…
Nous avons d’abord refait toute la salle située à gauche quand on entre dans le casino. Ensuite, toute la partie centrale, où il y aura un magnifique bar et un espace de restauration. Et puis surtout, c’était d’ailleurs le cœur du projet, nous allons ouvrir une très belle terrasse pour les fumeurs, qui donne directement sur les jardins. En mars 2016, le nouveau casino du Café de Paris sera livré : un nouveau concept, de nouveaux locaux, une nouvelle équipe de direction, un nouveau produit qui va se positionner non pas en concurrent du Casino de Monte-Carlo mais en complément, destiné à une autre clientèle.

 

L’image de la SBM ne souffre-t-elle pas trop de tous ces travaux?
La destruction du Sporting d’Hiver a suscité des débats, au Conseil national, dans la presse. Quand le bâtiment est tombé, certains salariés pleuraient. Le lien entre cette société et ce pays est très fort. La SBM est dans l’ADN des Monégasques. Quand un petit morceau de la Société des Bains de Mer tombe, tout le monde le vit un peu douloureusement. Mais lorsque l’on se projette vers l’avenir, que l’on regarde ce que va devenir cette place du Casino, c’est juste merveilleux. On passe du cauchemar au rêve. L’espace résidence-shopping-hôtellerie que l’on va créer ici sera exceptionnel. De nombreux professionnels extérieurs nous disent que ce sera le plus beau complexe au monde.

Pour faire oublier les désagréments de ce chantier titanesque, vous avez lancé les « Casino Nights », ces soirées gratuites sur la place. Le concept est toujours d’actualité?
Nous avons effectivement quelques beaux projets de manifestations d’ampleur, à partir du printemps.

« 150 ans à dépoussiérer »

Les salariés du Café de Paris ont dernièrement manifesté leur colère contre la Gestion du temps automatisée…
La GTA, la pointeuse pour l’appeler plus communément, concerne aujourd’hui près de 50 % des salariés. La transition s’est passée sans trop de difficultés. Tous ces salariés peuvent continuer à effectuer des changements de service. Je le précise car ceci a été un point de crispation au Café de Paris. Je répète inlassablement à chaque réunion que le logiciel est programmé en application des lois, des conventions et des accords d’entreprise. Le pointage permet ainsi de détecter des modes de fonctionnement qui ne correspondent pas aux règles.

Par exemple?
Nous avons découvert certaines pratiques, des usages particuliers. Au Café de Paris en particulier, nous avons constaté des changements de cycles intempestifs, destinés à rendre service à un ami ou pour convenance personnelle. Par exemple, des temps de travail passant de huit à seize heures, trois semaines d’affilée pour cumuler six jours de repos. Tout ceci est juste impossible.

La pointeuse interdit-elle la souplesse, comme l’affirment certains salariés?
Non. Il est toujours possible de modifier les plannings sur quelques jours, en fonction des besoins et impératifs de chacun. Le système reste souple mais pas au-delà de ce que permettent les lois et les conventions. En fait, la GTA remet de l’ordre dans les temps de travail et les organisations. Elle ramène aussi de l’équité et de la transparence. Nous visons une généralisation de la GTA d’ici fin 2016.

Pourquoi les réformes sont-elles aussi complexes et longues à mettre en œuvre à la SBM?
Cette société est excessivement complexe puisque nous avons plusieurs conventions collectives, de nombreuses catégories parmi les salariés… On découvre tous les jours des choses curieuses. On ne nous avait pas tout dit. Tout est donc plus long et compliqué que ce que l’on pensait. Vous imaginez, 150 ans à dépoussiérer… La SBM prend en ce moment un grand virage et est sur le chemin de devenir une société normale.

 

Statut unique des jeux : « Il faudra du temps »

Un nouveau directeur des Jeux vient d’être nommé. Quels sont ses projets pour redresser le chiffre d’affaires de ce secteur en souffrance?
D’abord, clarifier l’offre de jeux qui se compose de trois établissements : le Casino de Monte-Carlo, le casino du Café de Paris et le Sun Casino. Ensuite, il y a désormais trois responsables. Ils sont responsables en sens plein du terme de l’établissement, de l’activité et de tous les salariés qui y exercent. L’objectif de cette nouvelle organisation chapeautée par Pascal Camia est de positionner ces casinos non plus en concurrents mais en terme d’offre globale.

Quelle est la cible de chacun des trois casinos?
La réflexion en cours consiste à les positionner clairement : le Casino de Monte-Carlo est l’établissement de prestige, réservé à une élite ou à de très gros joueurs; le Café de Paris, plus high-tech, plus branché, s’adresse à une jeunesse qui ne se sentirait pas à l’aise sous les stucs du Casino; le Sun Casino, un peu à part, se situe dans un établissement de 600 chambres, le Fairmont, et permet de toucher un autre type de clientèle.

Suffisant pour redresser la barre?
Non. La connaissance du client est essentielle. C’est le grand savoir-faire de Pascal Camia. La gestion globale du client est un axe fort de développement. Le second est évidemment l’amélioration de la qualité d’accueil du client. C’est une philosophie dans les hôtels, il faut que cela le devienne aussi dans les casinos.

L’entrée dans le capital de la SBM de Galaxy, grand casinotier chinois, a-t-elle permis d’insuffler des idées nouvelles?
Nous laissons à M. Camia le temps de prendre ses marques. Et l’année prochaine, il y aura un déplacement à Macao pour observer les habitudes et les savoir-faire.

Le statut unique des jeux est-il entré dans les mœurs, six mois après la signature de l’accord?
C’est difficile, chacun regardant comment le statut unique est appliqué à l’autre. Il faudra du temps pour que les tensions s’apaisent.

Pas de feu d’artifice

Quels sont les temps forts proposés par la SBM à ses clients et aux Monégasques pour ces fêtes de fin d’année?
Ils se dérouleront dans chacun de nos établissements. Nous avons décidé d’être plus raisonnables en matière d’animations sur la place du Casino, pour des raisons évidentes de sécurité. Nous avons donc renoncé au spectacle et au feu d’artifice que nous avions programmés. Un très beau spectacle sera toutefois proposé à la salle des Étoiles, le 31 décembre. Ce sera une très belle soirée.

Les attentats, la conjoncture et les travaux ont-ils un impact sur les réservations?
Nous n’avons pas ressenti d’impact négatif. Le niveau de réservations est très satisfaisant. Il pourrait même connaître une tendance à la hausse. Le niveau de sécurité de la Principauté est rassurant.

Deux affaires judiciaires en deux mots

  • Trois tricheurs au casino condamnés
    « Trois points de faiblesse dans la surveillance des joueurs ont été identifiés. Nous avons commencé à prendre des dispositions pour les corriger. »
  • Vols à la caisse du Casino de Monte-Carlo
    « Sept employées ont été interpellées. On ignore quelles sommes ont pu être détournées car le test a été réalisé sur une période courte. L’enquête judiciaire se poursuit. Ces sept personnes ont été mises à pied et leur dossier est en cours d’instruction sur le volet disciplinaire. Pour maintenir le service à la caisse du Casino de Monte-Carlo, nous avons procédé rapidement à des recrutements. Ces personnes ont été formées de la façon la plus rigoureuse possible. Nous sommes aussi en train de remettre à plat les procédures d’encaissement à l’entrée du Casino. »

Offre numérique MM+

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