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La décennie décisive pour la relance économique selon Nicolas Baverez et Nicolas Bouzou

Au congrès national des mandataires et administrateurs judiciaires qui se tenait à La Colle-sur-Loup la semaine dernière, deux grands économistes ont discuté sortie de crise. Regards croisés.

Agnès Farrugia Publié le 11/10/2021 à 12:00, mis à jour le 12/10/2021 à 08:03
Nicolas Baverez (à gauche) et Nicolas Bouzou, deux économistes de renom, ont échangé leurs points de vue quant à la fin des mesures de soutien aux entreprises et les plans de relance en cours lors du congrès national des mandataires et administrateurs judiciaires. A.F.

Plus de 700 personnes se sont rassemblées la semaine dernière pour le conseil national des mandataires et administrateurs judiciaires. La première table ronde, sur le thème "La sortie de crise: entre la fin des mesures de soutien et les plans de relance" était constituée d’invités de choix dont Nicolas Baverez, Normalien, haut fonctionnaire, avocat, éditorialiste au Point et essayiste et Nicolas Bouzou, économiste libéral, essayiste et éditorialiste à L’Express. Que pensent-ils de la situation actuelle? Quelle issue?

Voit-on le bout du tunnel?
Nicolas Baverez. "Crise" vient du grec krisis qui suppose deux issues, la guérison ou la mort. C’est exactement ça. Soit nous nous réformons par nous-mêmes et faisons la vérité sur nos problèmes. Soit nous n’y arrivons pas et tapons le mur de la dette comme la Grèce en 2009 ou l’Italie en 2011, et serons modernisés par le FMI, la Banque centrale européenne (BCE) et nos partenaires de l’Union européenne. Ce sera une crise politique et sociale extrêmement violente et une perte de souveraineté traumatisante. Nous assistons aujourd’hui à un paradoxe. Une épidémie est un mal universel qui devrait amener une coordination des États. Or c’est l’inverse qui se produit avec une montée des tensions entre les puissances.
Nicolas Bouzou. Le taux de chômage baisse et la croissance est de 6 %. Mais une fois qu’on a dit ça, on fait quoi ? Il faut des changements majeurs dans le système ; cela passera par l’investissement. Il faut nous donner les moyens de produire et maîtriser les nouvelles technologies.

"L’État est devenu obèse et impuissant"
Nicolas Baverez

Quelles sont les failles de notre économie?
Nicolas Baverez. L’État est devenu obèse et impuissant. On le voit avec la dégradation de nos services publics. Ce qui est apparu avec cette pandémie, c’est aussi la défiance des citoyens. Il faut arrêter de chercher des boucs émissaires. Ce qui nous arrive n’est ni la faute de la mondialisation, ni de l’Europe, ni des immigrés. C’est le fait des dirigeants qui se sont enfermés dans la démagogie. Ce qui manque dans ce pays, c’est le travail, l’investissement et l’innovation. La décennie 2020-30 sera décisive.
Nicolas Bouzou. La désindustrialisation et la bureaucratisation sont les principales failles. La France est le pays de l’OCDE qui s’est le plus désindustrialisé. C’est un problème car c’est l’industrie qui génère l’essentiel de la R&D, de l’innovation et des importations. On le savait. On en tire les leçons et les plans de relance en cours visent en grande partie à réindustrialiser. C’est une bonne chose. En revanche, niveau bureaucratisation, je ne vois pas d’amélioration. Et les candidats à la présidentielle ne proposent rien en ce sens.

 

La dette publique s’emballe...
Nicolas Baverez. Le problème n’est pas la dépense publique en soi, mais son efficacité. On dépense sans stratégie et sans objectif. Ce ne serait pas gênant d’avoir plus de 50 % de dépenses publiques si l’on avait des services publics performants. Mais ce qui n’est pas le cas. Il va falloir à présent se concentrer sur la croissance.
Nicolas Bouzou. Augmenter la dette publique en temps de crise est normal. Il faut toutefois montrer à nos créanciers que nous pouvons la stabiliser, voire la diminuer. L’État ne peut pas tout. Ce qui contraint aujourd’hui l’attractivité de la France, c’est le fait que monter des usines et des projets prend du temps au vu des recours juridiques. Et ça, ce n’est pas un sujet de dépense publique mais de contraintes légales et réglementaires. De même que l’on souffre d’un problème de prix trop élevés des logements, à l’achat ou la location, que l’on gère en délivrant davantage de permis de construire – ce qui ne règle pas le problème du prix – et ce n’est pas non plus un sujet de dépense publique... Des exemples comme ceux-ci, il y en a beaucoup.

"La mère des réformes doit être celle de la simplification de l’État"
Nicolas Bouzou

La réforme majeure à opérer?
Nicolas Baverez. Sur le plan démocratique il faut remettre des contre-pouvoirs avec un Parlement qui cesse d’être un théâtre de rue. Avec une autre question majeure qui doit être la mission première de l'Etat: garantir la sécurité des Français sans sacrifier la liberté. Nous assistons à un vide de projets chez les candidats à la présidentielle, c’est inquiétant. D’un côté, on a Zemmour, focalisé sur l’immigration avec des propositions liberticides et irréalistes. De l’autre on a Macron qui, malgré tout, continuera avec son "quoi qu’il en coûte". Il ne se dégage ni leader, ni stratégie, ni projet, c’est désolant. Le temps est compté mais les Français ne sont pas des veaux. Si on leur tient un langage de responsabilité, ils peuvent se mobiliser pour reconstruire le pays.
Nicolas Bouzou. Il faut saisir l’opportunité de la crise pour générer de la croissance. Laquelle passera par l’innovation et le travail. 44 ans de cotisations pour un départ à la retraite à 64 ans, c’est ce qu’il faudrait. Les Français le comprennent, ils ont envie de travailler, de s’épanouir dans leur boulot et bien gagner leur vie. Mais la mère des réformes doit être celle de la simplification de l’État. Pour cela, il faut une méthode. Je suis un libéral, je pense qu’il faut un haut-commissaire chargé de la simplification qui œuvre auprès du ou de la présidente de la République. Il faut aller à l’encontre de l’État, contre le Parlement. Si vous dites aux citoyens qu’il faut un État plus simple et plus efficace, vous verrez ce sera très populaire.

Le tourisme peut-il faire sortir la Région Sud plus vite de la crise?
Nicolas Baverez. En Région Sud comme en France, les lignes ont bougé sur le volet tourisme. Les flux internationaux seront différents avec, par exemple, moins de Chinois. Et puis le tourisme d’affaires aussi a été heurté parce qu’il y a des changements dans l’organisation du travail dans les entreprises. Des formats hybrides naissent côté événementiel et côté hôtellerie-restauration, il y a un réel problème de main-d’œuvre. La formation des jeunes, la rémunération de ces métiers et l’absence d’évolution sont des questions mal traitées sur lesquelles il faudra se pencher.
Nicolas Bouzou. Ce sera un levier en général. Les gens ont été contraints dans leur mobilité, ils vont donc se rattraper. Mais nous irons vers un tourisme plus qualitatif et décarboné. La Région Sud a tout ce qu’il faut pour attirer. Il y aurait sans doute à redire sur les stations de ski, peu vertueuses, mais le réchauffement climatique aura peut-être bientôt raison de ce loisir.

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