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La BEI, la banque européenne qui se chauffe pour le climat

En déplacement à Nice, Ambroise Fayolle, vice-président de la Banque européenne d’investissement, a fait le point sur les projets et climat de l’institution.

Agnès Farrugia Publié le 05/11/2021 à 18:50, mis à jour le 05/11/2021 à 18:31
Ambroise Fayolle, vice-président de la BEI. (Photo A.F.)

Il est l’un des vice-présidents de la Banque européenne d’investissement (BEI) créée en 1957 au Luxembourg, une banque publique à but non lucratif capable de financer des projets européens de plus ou moins grande ampleur.

Ambroise Fayolle, à ce poste depuis 2015, connaît tous les rouages inhérents à l’institution dont le conseil d’administration est composé des 27 pays membres de l’Union européenne. Depuis 2020, la BEI est devenue la banque européenne du climat en s’engageant, dans sa feuille de route 2021-2025, à consacrer 50% de son activité globale aux projets verts, comme l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables.

Objectif quasi atteint dès cette année pour la France. Une victoire pour le vice-président qui porte haut et fort les couleurs du climat. Entretien.

 


La BEI, une super banque pour financer de supers projets?
La BEI est une banque qui emprunte de l’argent sur les marchés financiers et qui, ensuite, prête aux entreprises, aux collectivités locales et aux autres banques pour financer des infrastructures, des projets innovants, soutenir des PME, l’environnement... Des projets aux budgets conséquents en effet mais pas uniquement.

Depuis 2015, la BEI consacre 25% de son activité de prêts à l’accompagnement de projets en cohérence avec les Accords de Paris: réduire les émissions de gaz à effet de serre et traiter ses conséquences. Depuis 2020, ce sont 50% de l’activité qui y sont désormais consacrés. Au total, pas moins de 70 milliards d’euros chaque année sont prêtés par le BEI. À 90% pour des pays membres de l’Union européenne, 10% hors États membres.

Nous souhaitons d’ici 2025 doubler à l’échelle européenne notre volume de projets d’action climatique à financer.

Des objectifs ambitieux. Réalisables?
C’est ambitieux certes, mais lancer des objectifs climat à 2030 ou 2050 laisse penser que l’on a du temps, or la planète n’en a plus. Il faut s’y mettre maintenant, c’est le message que nous faisons passer avec notre feuille de route en totale adéquation avec l’urgence climatique.

Des exemples de projets répondant à ces critères?
Nous finançons des modernisations d’aéroport plutôt que la construction de nouveaux sites par exemple. Aux îles Vanuatu [au nord-est de la Nouvelle-Calédonie, ndlr], nous avons accompagné un projet d’éoliennes rétractables répondant à la problématique cyclone. Ce qui montre également notre soutien à l’innovation, aux technologies de rupture. Une banque publique sert aussi à cela.

Vous financez des projets, quelle différence avec une banque classique?
Nous ne voulons pas prendre la place des banques. L’idée est de créer un effet de levier car nous ne finançons, généralement, pas plus de 50% d’un projet. Aux banques et autres fonds de compléter les budgets.

 

Des exemples de financement de la BEI en Région Sud ?
Deux lignes de tramway à Nice: un beau projet pour aider une ville à décarboner son environnement. Certaines universités, pour rénover les établissements avec un angle efficacité énergétique. Nous avons également accompagné le développement de la stratégie d’Amadeus – leader des solutions technologiques sur le voyage basé à Sophia Antipolis et Villeneuve-Loubet – et de la Niçoise Vulog, spécialiste de l’autopartage [qui a levé 26 millions d’euros cette année, ndlr].

Le petit plus de la BEI, qu’est-ce donc?
C’est ce regard que nous apportons quand un projet nous est soumis. Parce que nous sommes avant tout Européens. Nous savons ce qui a fonctionné ailleurs, ce sur quoi il convient d’appuyer et dans quel pays. Notre rôle est aussi de conseiller les porteurs de projet par rapport à ce regard de gestion européenne que nous revendiquons.

Vous avez également financé le Fonds tourisme de la Côte d’Azur, M-Capital. Des projets en cours?
C’est un fonds actuellement doté de 30M€ et qui ambitionne de monter à 60M€. Nous y participons avec la Caisse d’Épargne Côte d’Azur et financerons les projets de structures moyennes. De l’aide au développement de PME, des modernisations de campings (celui de Fayence par exemple, où la question énergétique est importante)...

La BEI dispose d’un fonds européen d’investissement (FEI). Quel rôle?
C’est une filiale de la BEI créée en 1994 destinée à soutenir les petites et moyennes entreprises en Europe. Le FEI qui finance notamment un très grand nombre de startups a distribué en 2020 10 Mds€ pour soutenir les PME.

Là aussi, il y a un effet levier car le FEI ne finance pas la totalité du projet mais apporte du crédit à sa concrétisation à venir. 

Et dans la Région Sud?

"Nous avons évoqué avec Christian Estrosi, maire de Nice et président de la Métropole Nice Côte d’Azur, quelques projets où la BEI pourrait intervenir, explique Ambroise Fayolle, vice-président de l'institution européenne. Entre autres, la ligne de tramway desservant la vallée du Paillon, le réaménagement du quartier Gambetta à Nice avec la mise en place de bus à haut niveau de service, mais aussi le projet de l’hôtel de police qui s’installera dans les anciens locaux de l’hôpital Saint-Roch. Avec le préfet des Alpes-Maritimes, nous avons discuté de la réalisation d’infrastructures plus résilientes, eu égard aux intempéries qui ont frappé la vallée de la Roya notamment, de la construction d’un tunnel par exemple, pour transformer une fatalité en opportunité. Nous sommes connus pour être une “banque d’ingénieurs” et avons travaillé à des projets dans nombre de pays. Nos conseils sont techniques et expérimentés."

A Nice, une éventuelle implication de la BEI dans le projet de la ligne de tram' desservant la vallée du Paillon a été évoquée avec le maire Christian Estrosi. (Photo Franck Fernandès).

en chiffres


76,8 Mds€
C’est le montant de financement de la Banque européenne d’investissement en 2020. 66,6 Mds€ sont dédiés à des projets au sein de l’Union européenne dont 10 Mds€ en France. Sur ces 10 Mds€, 48% sont consacrés à des projets liés à l’efficacité énergétique, la diminution des émissions de GES... et un quart de ces investissements vont à la lutte contre la Covid-19.

La France au premier rang
Si la France se situe au deuxième rang des pays bénéficiaires des financements du Groupe BEI après l’Italie, elle est la première s’agissant des financements climat pour un montant de 4,3 Mds€.

 

1,2 Md€
La somme investie par le Fonds européen d’investissement, filiale de la BEI, pour soutenir les entreprises en France.

450 M€
Le montant financé par la BEI pour le plus important parc éolien de France au large de Fécamp (Seine-Maritime). Un projet du consortium EDF Renouvelables, Enbridge et wpd avec 71 éoliennes pour une capacité de 500 MW – équivalent de la consommation annuelle de 770 000 personnes – d’un montant total de 2 Mds€.

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