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Homme augmenté: humanité diminuée ou superhéros?

Immortel, toujours jeune et en bonne santé: à quoi ressemblera l’homme augmenté de demain? Le décryptage de Denis Jacquet.

Denis Jacquet Publié le 07/06/2021 à 12:12, mis à jour le 07/06/2021 à 12:15
L'homme de demain sera-t-il un super héros? (Photo Qameer Basheer - Unsplash)

Une leçon évidente de la crise du Covid est que les politiques, certainement soutenus par nombre de nos concitoyens de plus de 65 ans, ont clairement décidé que le dernier apanage de l’Occident était de vendre la vie éternelle à leurs électeurs. Dès lors, il leur devenait insupportable que le journal de 20 Heures rappelle que cette promesse était encore présomptueuse. Et il devenait urgent de masquer que la mort était encore l’issue naturelle de la vie.
Google l’a annoncé: le premier homme (femme) immortel est peut-être déjà né. À défaut de pouvoir promettre le bonheur, la richesse, l’élévation sociale, le géant américain indique qu’on pourrait commencer par garantir la longévité et a investi, il y a plus de dix ans, 500M$ dans la Singularity University installée dans la Silicon Valley. Ce temple peuplé de transhumanistes propose des semaines de formation à 30.000$, où l’on vous explique que la technologie va tuer le travail humain à plus ou moins long terme, que l’homme vaudra par la data qu’il transmet, qu’il sera payé pour cela, et que cette data se transformera en gain de vie. Cela vous excite? Pas moi, mais analysons comment l’on se dirige vers cet avenir surhumain.

Réparer

La première étape est liée à l’utilisation de la thérapie génique qui a fait savoir il y a quelques semaines qu’elle avait permis à un aveugle de retrouver partiellement la vue. D’ici vingt ans, la réparation génétique – qui deviendra un métier aussi commun que le garagiste pour la voiture – est la première étape qui mène à l’augmentation. Cette réparation, donc, prend deux grandes voies.

La première est celle de la réparation pure et dure. Permise par les avancées de scientifiques de génie qui ont mis au point la technologie Crispr [pour Clustered Regularly Interspaced Short Palindromic Repeats, courtes répétitions palindromiques groupées et régulièrement espacées, ndlr]. En clair, réparer la chaîne ADN ou un gène défaillant comme on change une pièce auto.

Petite précision néanmoins, lesdits scientifiques avouent d’eux-mêmes qu’en rafistolant un gène, on en altère souvent un autre. À suivre donc…
La seconde voie est la médecine personnalisée. En général, les êtres humains tolèrent, avec des effets secondaires assez imperceptibles, les médicaments. Mais pour certains d’entre nous, ce qui sauve notre voisin peut nous tuer. Le Graal de la médecine serait de faire un médicament pour un individu et ainsi tenir compte de son métabolisme, de son ADN, pour lui administrer la dose, le principe actif qui déclenchera une réaction parfaite du corps et un traitement de la maladie. Débarrassé de la maladie ou mieux soigné, l’homme pourra survivre plus longtemps, dans de meilleures conditions.

 

Vieux-jeunes

Entre ces deux grandes voies en pleine exploration, il y a aussi les anti-âges. Ils travaillent à ralentir le vieillissement, explorent tout ce qui permet au métabolisme de freiner sa course au "fripement", à la mollesse, à l’excroissance, et de faire de nous des vieux-jeunes.
C’est un mouvement assez puissant, qui a commencé à s’amuser avec les antioxydants et développe maintenant des stratégies médicamenteuses qui ralentissent notre inexorable course vers le footing douloureux ou la marche boiteuse. Ils sont régulièrement financés par le milliardaire éclectique Peter Thiel, investisseur précoce de Facebook – fasciné par le fait de devenir immortel.

Augmenter

La marche suivante est plus périlleuse puisqu’elle consiste à augmenter. La frontière étant assez ténue car parfois, tripoter notre ADN répond autant à la définition de la réparation qu’à celle de l’augmentation.
Mais l’augmentation, la vraie, c’est Robocop. Au quotidien, c’est le soldat augmenté, entre l’homme et le robot. Un robot souvent doté de facultés "humaines" ou un homme doté d’aides technologiques externes et internes. Ces dernières sous forme de puces et stimuli divers, capables d’éclairer ses décisions, prises à une vitesse folle du fait du "processing" de masses folles d’informations, traitée par un cerveau connecté à un processeur survitaminé.
Au quotidien, c’est un peu le film Avatar avec des exosquelettes qui sont pour la plupart opérationnels, permettant à un ouvrier de se transformer en "chariot élévateur", capable de supporter des charges incroyables sans ciller et surtout, sans troubles musculo-squelettiques.
Plus intimes et émouvants, les exosquelettes capables de remettre en position debout ceux que la vie ou ses accidents ont voué à une vie horizontale ou diminuée. Le lourd outillage qui permettait déjà de façon expérimentale à des hémiplégiques de retrouver la marche va être rapidement remplacé par des "costumes" à la Spiderman, emplis de capteurs, redonnant espoir à toutes les personnes dites à mobilité réduite.
L’un des premiers en France a été conçu par le couple Constanza, créateur du site des femmes enceintes, Envie de Fraises. Parents d’un enfant totalement paralysé, ils ont un projet d’exosquelette.

Japet en conçoit aussi des robotisés pour soulager le dos et libérer les mouvements. Tout comme Paexo (paexo.com). La deeptech Wandercraft, elle, commercialise des robots exosquelettes permettant à des handicapés paraplégiques de remarcher.
Loin de Robocop, les scientifiques ont ainsi fait une découverte stupéfiante, riche de promesses. Quand une personne handicapée refait des mouvements « normaux », l’information nerveuse qui avait disparu retrouve un chemin pour transmettre ses ordres. Activant ainsi le retour de la personne handicapée à une motricité au moins partiellement retrouvée.

Les initiatives de nos régionaux

Des lunettes intelligentes pour pilotes de chasse

Installée à Antibes et fondée par Philippe Peyrard, Ellcie Healthy conçoit des lunettes intelligentes. Ses montures, bourrées de capteurs évitent non seulement aux conducteurs fatigués de s’endormir au volant mais elles détectent aussi les chutes. Prochaine étape : les prévenir.
La startup planche également sur le soldat augmenté. Elle a développé un système qui suit l’état de fatigue d’un pilote de chasse en analysant son regard. Dès qu’il cligne des yeux, un signal est envoyé à un ordinateur qui analyse les données en temps réel et qui alerte en cas d’augmentation de la fréquence des clignements d’œil.

Jumeau numérique

À sa façon, la Niçoise ExactCure augmente l’humain. Le jumeau numérique qu’elle a développé simule l’efficacité et les interactions des médicaments dans l’organisme du patient selon ses caractéristiques personnelles (âge, sexe, état hépatique, génotype et tout autre paramètre individuel ayant une influence avérée sur un médicament spécifique). L’objectif: éviter les sous-doses, les surdoses et les interactions médicamenteuses.

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