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FlexFuel Energy Development verdit les moteurs des navires

Après quatre années de R&D avec la Direction générale de l’armement de Toulon, la PME de Sophia Antipolis a mis au point une solution pour dépolluer les moteurs des navires civils et militaires.

K.Wenger Publié le 31/05/2021 à 18:30, mis à jour le 28/05/2021 à 16:02
Sébastien Le Pollès est le président de la PME sophipolitaine FlexFuel Energy Development qui a présenté récemment aux équipes de la DGA de Toulon le démonstrateur Hy-Motor. Cette unité mobile de nettoyage et d’entretien peut décalaminer des moteurs de 800 litres de cylindrée. A comparer aux 2 litres des voitures. (Photo D.R.)

Il aura fallu plus de quatre ans à FlexFuel Energy Development (FFED) – de fin 2016 à aujourd’hui – pour mener à bien Hy-Motor. Ce programme de R&D, réalisé en partenariat avec la Direction générale de l’Armement (DGA) basée à Toulon, avait pour objectif de décalaminer à l’hydrogène les navires de grande puissance. Traduisez par là, nettoyer les moteurs diesel de la calamine – ou suie – qui finit par les encrasser tout comme les pièces qui les composent…

Une façon pour la DGA qui a financé 70% des 700 K€ du projet initial [il s’est finalement élevé à plus de 2,5M€, la différence étant prise en charge par FFED] d’aller plus loin dans sa stratégie à long terme de navires et de ports propres, économes, sûrs et intelligents,
FFED qui a son siège social à Sophia Antipolis et des bureaux à Paris s’est appuyée sur son expertise en matière de dépollution moteur des véhicules industriels (locomotives de la SNCF, navettes fluviales…). Sa solution, écologique et sans additif chimique, consiste à injecter de l’hydrogène produit par électrolyse de l’eau dans l’admission. Ce qui a pour effets de réduire la consommation de carburant, de prolonger la durée de vie des pièces mécaniques et de rendre le moteur moins polluant.

Made in France

Même si le projet a pris du retard en raison de la crise sanitaire, l’entreprise a donc réussi à transposer sa technologie à des moteurs de grande puissance des navires civils et militaires: "Nous avons dû surmonter la contrainte du décalaminage d’un moteur dans un environnement de port militaire et la production et l’utilisation d’une grande quantité d’hydrogène, explique Sébastien Le Pollès, président de FFED. La Covid ne nous a pas permis de réaliser des tests sur des frégates de la Marine mais nous avons mené des expérimentations sur les bateaux-mouches de Paris et certains yachts privés de la Côte d’Azur."
Le résultat est "le démonstrateur Hy-Motor, une unité mobile de nettoyage et d’entretien qui produit de l’hydrogène en grande quantité, sans aucun risque pour les humains, sans rejeter de produits nocifs dans l’environnement et sans démonter le moteur", annonce fièrement le dirigeant. Concrètement, cela signifie 30% de polluants en moins, un coût d’entretien également abaissé de 30% et -12% de consommation de carburant.
Sans compter un cahier des charges rempli pour la DGA!
"Nous sommes la seule société française à avoir développé et breveté notre propre technologie, reprend le président de FFED. En l’occurrence, une membrane AEM (Anion Exchange Membrane) qui produit de l’hydrogène par électrolyse avec de hauts rendements et une haute pureté."

Le laboratoire civil indépendant Ineris [Laboratoire national de l’Environnement industriel et des Risques, ndlr] a validé la sécurité et le processus de production de Hy-Motor.
Cette nouvelle brique technologique permettra à la PME d’attaquer de nouveaux marchés comme le nautisme et d’avoir de nouvelles sources de revenus. "Nous avons signé fin 2020 un contrat de partenariat avec la Six-Fournaise Efinor Méditerranée qui est spécialisée dans la maintenance navale. Le décalaminage à l’hydrogène réalisé sur une flotte de dix bateaux de pêche écossais a permis d’éviter le rejet de 900 tonnes de CO2 et a généré 259.880€ d’économies de carburant par an", confirme Sébastien Le Pollès qui espère conclure de nouveaux accords avec d’autres chantiers navals.

 

Un contrat est-il en vue avec la DGA? "C’est plus délicat: elle ne peut pas passer directement commande avec nous car nous ne sommes pas fournisseurs de niveau 1."

Une usine dans le Sud?

Le démonstrateur Hy-Motor ouvre aussi des perspectives industrielles qu’elles concernent "le stockage, les énergies renouvelables (solaire, éolien…), la mobilité avec des stations-service, le traitement des engrais, des métaux…"

C’est dans cette optique que le président de FFED a créé un spin-off: GEN-HY "à qui nous avons transféré l’intégralité de la technologie. Au lieu d’acheter des bouteilles d’hydrogène qui sont très chères, nous proposons à nos clients d’avoir leur propre système d’électrolyse sur place, ce qui leur permettra de diviser par deux ou trois le coût de production." Avant d’en arriver là, il lui reste à construire son usine de 14.000 m2. Et c’est dans le Sud qu’il veut l’implanter. "Nous ne sommes qu’au début de l’aventure", assure- t-il.

 

flexfuel-company.com

Moteurs propres et verts


Fondée en 2008, FlexFuel Energy Development est devenue la spécialiste dans la dépollution moteur et les énergies de carburant.

A ses débuts, la PME visait à décalaminer les véhicules industriels mais l’entreprise s’est dirigée quelques années plus tard vers les voitures en concevant Hy-Calamine, une station mobile de décalaminage à l’hydrogène proposée à la location aux garagistes. Elle a été adoptée par des réseaux tels que Point S, Midas, Speedy, Norauto…

FFED a des filiales en Angleterre, Espagne et Italie et a en projet d’en ouvrir au Portugal et en Allemagne. L’entreprise a également mis au point des boîtiers de conversion au Superéthanol E85 qui permettent aux automobilistes de rouler vert tout en faisant des économies puisque le budget carburant est réduit de plus de 40%.

Neuf voitures essence sur dix sont éligibles à la pose de l’un de ses boîtiers. A l’automne, elle a lancé Roulezpascher.com, une plateforme de vente en ligne de dispositifs de conversion au Superéthanol E85 dédiée aux particuliers. En quelques clics, l’automobiliste visualise combien lui coûteront l’achat et la pose d’un boîtier, quelles seront ses économies…

L’entreprise qui emploie 90 collaborateurs et a réalisé un chiffre d’affaires de 15M€ en 2020 fait partie du French Tech 120, plus précisément du Next 40, une sorte de Cac 40 des startups sélectionnées pour leur potentiel exceptionnel.

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