Rubriques




Se connecter à

Flambée des prix alimentaires: un spécialiste conso estime combien de temps elle pourrait durer

Les effets conjugués de la Covid et de la météo ont une incidence directe sur la raréfaction de certaines matières premières. Donc sur les prix. Jusqu’à +30% sur les pâtes, et ce n’est pas fini. Olivier Dauvers, journaliste spécialisé dans la consommation fait le point sur la flamblée des prix mais se veut rassurant sur la situation actuelle.

La rédaction Publié le 12/10/2021 à 10:15, mis à jour le 12/10/2021 à 10:20

Journaliste spécialisé dans la consommation, Olivier Dauvers estime qu’aucune baisse des prix ne doit être attendue avant une bonne année, notamment pour les céréales et, en particulier, pour le blé. Il ajoute que la flambée concerne autant les contenants que le contenu: du rarement vu.

"Il est inhabituel d’avoir autant de planètes mal alignées", affirme Olivier Dauvers. Photo DR.

 

Pourquoi cette flambée? Ce phénomène est-il inhabituel?
Le constat est le suivant: nous avons une flambée à la fois sur les contenants et sur les contenus. Donc sur les produits comme sur les emballages. C’est toute l’originalité de la situation, puisqu’en général, on observe une flambée sur un sujet, pas les deux en même temps. Il est inhabituel d’avoir autant de planètes mal alignées en matière d’inflation des matières premières, qu’elles soient alimentaires, donc agricoles, ou non alimentaires; je pense notamment au plastique, au carton, à l’acier, à l’aluminium ou au bois. Sans parler de l’énergie. C’est du rarement vu.

 

La Covid est-elle la seule responsable ?
Beaucoup de produits industriels, à la base de toutes les chaînes économiques qui en dépendent, ont vu leurs conditions d’élaboration totalement bouleversées par l’épisode Covid. Pour deux raisons. D’abord, parce qu’ils viennent essentiellement d’Asie, où la production a été purement et simplement stoppée pendant des mois. Forcément, on observe un effet domino qui est parfois lent à se réaliser car il y a des stocks. Mais à mesure que ces stocks diminuent, dans la mesure où personne ne peut les reconstituer en volumes suffisants, tôt ou tard, c’est la rupture. D’autre part, le transport a été très perturbé, ce qui a, là aussi, généré une forte inflation. Par conséquent, des marchandises n’ont pas circulé, des opérateurs ayant temporisé. C’est très simple: quand le prix du transport devient supérieur à celui de la marchandise, eh bien, on y réfléchit à deux fois. Autrement dit, la matière première peut être disponible, mais ne pas voyager vers les lieux où l’on en a besoin. Résultat, s’il n’y a pas de plastique venant d’Asie, difficile d’emballer ce qui est transformé en France.

Le prix du transport maritime a explosé?
Oui, le coût de transport d’un conteneur a été multiplié par dix dans certains cas extrêmes. Globalement, on peut dire qu’il a quintuplé. C’est une moyenne. Quoi qu’il en soit, c’est colossal. Encore une fois, il y a des matières premières pour lesquelles le transport dépasse leur valeur, ce qui n’est pas normal.

Le cours du bois a aussi une incidence?
Ce qui est emballé dans du carton souffre de l’inflation de la pâte à papier. Qui fait le lien entre le bois et la cagette que l’on retrouve à l’arrivée.

L’impact est immédiat sur les produits de grande consommation?
Il faut différencier l’inflation de la matière première de celle du produit fini. Prenons l’exemple des pâtes. Quatre éléments entrent dans la fixation du prix. La matière première, l’usine et son personnel, le coût de la distribution, et enfin le coût marketing, ou disons commercial. Ce ne sont pas quatre parts équivalentes, mais tout de même, une augmentation de 50% de la matière première, ça ne peut pas faire une augmentation de 50% du prix public. C’est impossible. Ou cela signifie que les trois autres facteurs ont, eux aussi, subi une inflation de 50%. Il faut donc relativiser. Là où l’évolution est la plus forte, c’est dans les produits où la part de la matière première dans le coût est la plus importante. Les pâtes sont un bon exemple puisque c’est du blé dur et de l’eau, c’est tout. Il n’y a donc pas grand-chose pour amortir l’envolée du prix de la matière première. Et +30 %, aujourd’hui, cela se voit. Dans les marques de distributeurs. Mais il ne faut pas présenter cela comme +30% sur l’ensemble de l’alimentaire. Loin de là.

Les produits "premier prix" sont plus touchés?
Tous les produits où la part de la matière première est plus importante, en proportion. Cela veut dire que les premiers à avoir relevé les prix, factuellement, ce sont les discounteurs et les marques de distributeurs.

Aucune baisse à espérer avant Noël?
Dans le cas des pâtes, le coût du blé dur, qui est une conséquence de la récolte, ne va pas baisser durablement avant la prochaine campagne. Il y aura des à-coups, mais le nouveau prix des pâtes va durer jusqu’à la rentrée 2022.

 

Quels sont les autres produits les plus touchés?
C’est très variable. Le sucre est peu touché parce qu’il y a plus de pays producteurs. Le café l’est assez, le lait encore peu dans l’immédiat. On ne peut donc pas généraliser.

Les consommateurs seraient-ils bien inspirés de stocker?
Non. La hausse est déjà passée pour beaucoup, nous venons de parler des discounteurs et des marques de distributeurs. Alors, oui, on pourrait stocker des Panzani. Mais pour quoi faire? Pour les revendre sur le Bon Coin? Quand bien même on consommerait un kilo de pâtes par semaine, cela ne représenterait que quarante centimes. Il faut relativiser. En résumé, les pâtes seront chères, mais on ne risque pas d’en manquer.

La pénurie de composants est un autre problème?
Effectivement, et pour les mêmes raisons. Quand les usines, dans certaines provinces de Chine, ont été fermées pendant deux, trois mois, comme on fonctionne en flux tendu, le marché s’en ressent. Tous les produits où il y a de l’électronique sont concernés. C’est la théorie du papillon: un battement d’ailes il y a un an, et tout le monde le paie, maintenant.

Sur les jouets aussi, des tensions sont à craindre?
Absolument. En raison de difficultés sur deux registres. Les niveaux de production n’ont pas été les mêmes que d’habitude. Et le coût du transport a entraîné un attentisme, puis un engorgement. Mais attention à ne pas tout mélanger, de manière émotionnelle. Le manque, ce n’est pas la pénurie. Peut-être que telle poupée, modèle blond vénitien, ne sera pas disponible. Mais le modèle blond platine le sera. On a perdu le souvenir de ce qu’un produit peut ne pas être disponible partout, tout le temps. Nous sommes tellement submergés d’offres, de sollicitations, que l’on finit par penser qu’il suffit de demander pour avoir. Non! Ponctuellement, on va manquer. Et cela durera au moins un an, le temps que les stocks se reconstituent.

Offre numérique MM+

...

commentaires

Les insultes, les attaques personnelles, les agressions n'ont pas leur place dans notre espace de commentaires.
Tout contenu contraire à la loi (incitation à la haine raciale, diffamation...) peut donner suite à des poursuites pénales.

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.