Eric Rinaldi, le dernier pêcheur de Monaco, garant du passé familial et d'un métier en voie de disparition

Au port Hercule, Eric Rinaldi, Monégasque de 51 ans, est le seul à exercer ce métier en voie de disparition. Avec une passion inaltérée, il représente quatre générations de pêcheurs dans sa famille.

Article réservé aux abonnés
Thibaut Parat Publié le 07/02/2022 à 08:30, mis à jour le 07/02/2022 à 08:27
Cyril Dodergny

Amarré au quai l’Hirondelle, la vedette de pêche tranche avec les imposants yachts avoisinants. Sur le pont, le Monégasque Eric Rinaldi prépare son matériel avant de filer au large de Fontvieille pour tirer un filet, déposé deux jours auparavant à plus de 90 mètres de profondeur. Sur la poupe du navire de dix mètres, on y lit un surnom écrit en bleu turquoise: "Dédé".

Les habitués - ils sont pléthore - n’ignorent pas qu’il s’agit là d’un hommage à son défunt père, André. "Ce bateau, c’est lui qui me l’a acheté. J’ai tout appris à ses côtés", résume ce solide gaillard de 51 ans, aussi discret qu’humble et pudique.

Avant André, il y a eu Ange. Et encore avant, Adolphe. Quatre générations de pêcheurs. Eric Rinaldi, la passion du métier chevillée au corps, est le digne héritier de ce passé familial. "Petit, mon plaisir c’était la pêche à la canne. Je ne parlais que de ça, même à l’école devant les professeurs", retrace-t-il.

Un thon de 113 kg

À 16 ans, en parallèle de ces études, il devient un membre à part entière de l’équipage du vieux pointu barré par son paternel.

"Dans la passe des ports de Monaco et Cap-d’Ail, on pêchait à la muselière 200 à 300 kg de poissons de friture. Puis, un peu plus loin, on allait tirer nos filets. Et enfin, on allait au large pour aller pêcher le thon et l’espadon avec nos filets dérivants." Une pratique désormais bannie afin d’éviter la capture accidentelle d’espèces protégées.

 

Les beaux jours, quand il vogue vers le large accompagné de son oncle Charlie, c’est à la palangre que pêche Eric Rinaldi. "Mille hameçons sur une même ligne. Tu les laisses travailler pendant deux ou trois jours à 150 ou 200 mètres de profondeur", vulgarise-t-il.

Le 21 août dernier, il remonte un thon aux impressionnantes mensurations: 113 kg à la balance et 2,06 mètres à la mesure. L’une des plus belles prises de sa carrière.

"Un peu de la loterie"

Ce matin de fin janvier, le Musée océanographique en ligne de mire, la pêche n’est pas aussi prolifique.

"C’est normal. On pêche moins près des côtes", nous précise-t-il. Pendant plus d’une heure, avec patience, minutie et maîtrise, Eric Rinaldi tire 900 mètres de filet à la main, tout en le faisant coulisser sur un treuil.

 

Au fil de la remontée, la pêche du jour grossit : deux langoustes, quatre lottes, une araignée, une raie… Le tout - sauf le plastique - finira sur les étals de la pêcherie U Luvassu, soit à la dégustation sur le quai soit, naturellement, dans l’assiette des particuliers et des clients de yachts (Avec le site web https://www.ma-poissonnerie.mc, l’équipe d’Eric Rinaldi entend développer l’activité de grossiste en 2022, notamment auprès de l’hôtellerie-restauration., ndlr). "La pêche, c’est un peu de la loterie. Ça arrive que rien ne remonte. Cela dépend de la saison, de la température de l’eau et du courant", détaille-t-il.

"J’ai ça dans le sang"

Ni la pluie, ni la houle n’altèrent sa passion de la profession. Il sait quand il part, jamais quand il revient. Seul le vent, "l’ennemi du pêcheur", peut le contraindre à faire demi-tour. "J’ai ça dans le sang, ça ne s’explique pas. Je ne pourrais pas m’en passer. Chaque matin, c’est avec le sourire que je vais travailler."

Alors forcément, au printemps 2020, quand la planète entière se met sur pause, le pêcheur monégasque tourne vite en rond à la maison. Ne supporte pas l’inactivité forcée.

"J’ai tenu quinze jours puis je suis retourné en mer. Mes clients ne trouvaient pas de poisson en grande surface, alors je les ai dépannés. Du fait de l’absence de trafic et des plaisanciers, il y avait plus de poissons".

Diego, la relève?

Dans la cabine de "Dédé", quelques clichés habillent le tableau de bord. De son bien-aimé père, forcément. Mais aussi d’un petit garçon de 10 ans. "C’est Diego, mon fils", sourit-il.

Son deuxième bateau, récemment acquis pour la pêche au large et actuellement rénové à Imperia, porte son prénom. Une cinquième génération de pêcheurs en vue chez les Rinaldi? Pas sûr. "Tant que j’ai la santé, je continuerai. Mais oui, j’aimerais qu’il prenne la relève. Je pourrais le former. Pour l’instant, il ne s’intéresse pas à la pêche. Il faut que ça vienne de lui. Je ne le forcerai pas. Aujourd’hui, pour un jeune, c’est compliqué. Il y a des quotas de partout. L’Europe ne veut plus de pêcheurs."

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.