Entreprise cherche cadre informatique désespérément

Selon l’Apec, 18.000 recrutements sont prévus dans la région en 2022 dans un contexte de forte tension qui inquiète les entreprises.

Marie-Cécile Bérenger Publié le 14/11/2022 à 18:30, mis à jour le 11/11/2022 à 15:24
(Illustration Deligne)

Est-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle? L’emploi des cadres est au beau fixe, en particulier dans la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur. Ce qui se traduit mécaniquement par des difficultés de recrutement plus importantes qu’au plan national. À l’échelle de l’Hexagone, selon l’étude diffusée lundi par l’Apec [Association pour l’emploi des cadres], 282.000 cadres seront recrutés en 2022 si l’on en croit l’échantillon de 8.500 entreprises interrogées par l’organisme. Lesquelles estiment que dans plus d’un cas sur deux, il sera difficile de trouver le bon candidat.

Mais dans la Région Sud, la proportion de recrutements compliqués est de 57%. Avec 18.000 embauches prévues cette année, la hausse de l’emploi des cadres est de 19% par rapport à 2021. Si ces chiffres sont autant de signaux d’une forte reprise économique, ils augurent aussi de tensions, en particulier dans des métiers aux compétences très recherchées comme les informaticiens.

Dans 80% des cas, les sondés anticipent des difficultés dans le recrutement de ce type de profil. Les spécialistes du service numérique, notamment à Antibes ou Aix, sont donc d’ores et déjà très soucieux.
L’industrie n’échappe pas à cette situation, avec 70% de recrutements présumés complexes dans la production et sur les chantiers.

Optimisme modéré

Pour autant, les cadres provençaux ne sont pas aussi optimistes quant à leur capacité à retrouver un job s’ils devaient quitter leur entreprise, que leurs homologues des autres régions. Moins pourvues en sièges sociaux, les régions Sud et Corse représentent des opportunités réduites par rapport à des territoires comme Ile-de-France ou Auvergne-Rhône-Alpes et surtout la mobilité géographique présente un solde défavorable. Si 3.700 cadres ont quitté la Région Sud entre 2018 et 2019, 4.370 s’y sont également installés.
Les profils les plus recherchés par les entreprises de la région sont les informaticiens, les commerciaux ou encore les chargés d’étude et de recherche et développement. 12% des embauches en 2022 portent également sur les métiers de la production industrielle et de chantier.
À l’inverse, seuls 2% des recrutements prévus cette année portent sur des fonctions de direction générale, une tendance partagée par la plupart des autres territoires, à quelques exceptions près comme la Bretagne ou le Grand Est. À l’exception de l’Occitanie où le pourcentage de recrutements de cadres anticipés comme difficiles est de 62%, la plupart des régions rencontrent les mêmes tensions. La Nouvelle-Aquitaine, la Normandie, l’Ile-de-France ou encore le Grand Est tirent toutefois un peu mieux leur épingle du jeu, avec moins de la moitié des embauches anticipées comme délicates.

 

Dans tous les cas, le top des trois fonctions les plus recherchées, dans l’ordre ou le désordre selon les zones géographiques, regroupe l’informatique, le commerce/marketing, et la recherche et développement.
Une chose est sûre, dans la région en particulier, c’est le moment, pour les informaticiens, de faire monter les enchères!

Repères


> 230.000 cadres recensés en Paca et Corse dont 25% dans le bassin de Cannes-Antibes-Nice et 45% dans celui de Marseille-Aubagne.

> 25% d’offres supplémentaires publiées en région Sud sur le site de l’Apec en 2022 par rapport à 2021 et 10.444 offres publiées sur le seul troisième trimestre contre 8.122 à la même période en 2019.

> 67% des recrutements de profils d’informaticiens prévus pour 2022 sont jugés difficiles par les entreprises, au plan national.

"C’est une période très difficile pour les recruteurs, ils doivent se faire ambassadeurs de leur territoire"

Le directeur régional de l’Apec, Anthony Fumard, réagit au contenu de cette étude à l’échelle locale.
Cette situation de tension est-elle inquiétante?
Le marché de l’emploi cadre est structurellement tendu. La région représente 7% du marché national mais le gros des cadres travaille dans les grandes métropoles comme Marseille et Nice. Aujourd’hui, cette tension s’étend au-delà de ces bassins d’emploi. C’est une période très difficile pour les recruteurs. Ils doivent se faire l’ambassadeur de leur territoire, en proposant non seulement une mission qui a du sens au futur salarié mais aussi une qualité de vie, la possibilité de trouver un job pour le conjoint...

Les cadres de la région sont moins enthousiastes?
Oui l’enquête montre qu’ils n’ont pas conscience que les entreprises du territoire recherchent des profils. Cela signifie que soit ils sont très bien dans leur boîte, soit ils ont eu du mal à trouver un job et préfèrent le conserver et ne plus bouger. C’est paradoxal car dans le Var par exemple, on comptabilise quatre fonctions d’ingénieurs différentes en tension ce qui est assez important. Ce département représente 10 à 12% des 230.000 cadres provençaux (les Alpes-Maritimes 27% ; les Bouches-du-Rhône pèsent 55% et les industriels de l’aéronautique et de la défense ont du mal à trouver des candidats.

Ces tensions tirent-elles les salaires vers le haut?
Disons que la question du pouvoir d’achat devient centrale. Aujourd’hui, 48% des cadres font du pouvoir d’achat leur première attente, contre 8 points de moins il y a quelques mois. Pourtant, habituellement les cadres axent davantage leur entretien sur la mission qu’on leur propose ou sur la RSE.

Les entreprises suivent-elles?
Elles sont prêtes à miser sur des compétences mais il faut qu’elles en aient les moyens. La majorité des dirigeants sont des patrons de PME. Certaines entreprises sont fragilisées par la RH et ne peuvent se développer. L’Apec peut les accompagner.

Anthony Fumard directeur régional de l’Apec. (Photo D.R.).

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