Des datacenters bientôt en orbite?

Le constructeur cannois de satellites Thales Alenia Space a été choisi par la Commission européenne pour étudier la faisabilité d’installer des datacenters dans l’espace.

K.Wenger Publié le 21/11/2022 à 18:35, mis à jour le 21/11/2022 à 18:32
Dans le projet de datacenters en orbite, il est prévu d’utiliser sur place l’énergie produite en dehors de l’atmosphère terrestre et de n’échanger avec le sol que le haut débit Internet grâce aux communications optiques dont l’Europe maîtrise les technologies. (Photo D.R.)

Qui mieux que Thales Alenia Space pour mener l’étude de faisabilité visant à installer des datacenters dans l’espace?

Spécialisée dans l’industrie spatiale, l’entreprise franco-italienne [elle est détenue à 67% par Thales et à 33% par Leonardo et a des sites à Cannes et Toulouse, ndlr] a été sélectionnée par la Commission européenne pour être le chef de file de cette étude de seize mois nommée ASCEND pour Advanced Space Cloud for European Net Zero Emission and Data Sovereignty.

Des datacenters en orbite, une drôle d’idée ? Pas du tout, selon Yves Durand, directeur de la technologie de Thales Alenia Space à Cannes qui porte le projet. "Le concept existe déjà, notamment aux États-Unis mais est dédié au secteur de la défense, pour réagir plus vite en cas de menace ou d’agression. La spécificité d’ASCEND est qu’elle répond au Green Deal de la Commission européenne et à son objectif de neutralité carbone d’ici 2050." Si le projet s’avère viable, " Cela constituerait un développement sans précédent de l’écosystème du spatial et du digital européen."

Impact climatique du numérique

Pourquoi l’espace? "Parce que les datacenters sont d’énormes consommateurs d’énergie qui se développent de façon incroyable, reprend Yves Durand. En France, leur consommation a même dépassé celle de la SCNF." Pire, des projections montrent une progression de leur nombre de 8 à 10% par an: "Dans quelques années, ils auront une empreinte carbone supérieure à l’aviation globale!" Certes, il existe des centres de données verts utilisant moins d’énergie pour leur refroidissement, mais pas pour leur fonctionnement et sans amélioration sur leur empreinte carbone. Tandis que dans l’espace, les stations de datacenters alimentées par des centrales solaires de plusieurs centaines de mégawatts permettraient de limiter cet impact énergétique et environnemental. "D’habitude, on veut optimiser le coût ou les performances, là, il s’agit d’émissions carbone, s’amuse Yves Durand. On travaillera notamment avec Carbone 4 et Vito, deux entreprises spécialisées dans l’impact climatique du numérique qui sont membres du consortium(1) piloté par Thales Alenia Space." Afin de mettre de telles infrastructures en orbite, il faudra développer un nouveau lanceur vert, lourd et réutilisable. Le premier objectif de l’étude ASCEND – d’un montant de 2 ME – est donc de montrer que les émissions carbone associées aux phases de production et de lancement seront inférieures à celles que produiraient les datacenters en restant au sol.

 

Infrastructure orbitale

Ensuite, il restera à montrer qu’il est possible de développer la solution de lancement, d’assurer le déploiement et l’opérabilité de ces data centers spatiaux en utilisant des technologies d’opérations robotisées d’assistance en orbite développées en Europe. "C’est le propos du démonstrateur EROSS IOD du programme européen Horizon pour lequel Thales Alenia Space a également été sélectionné, reprend Yves Durand. C’est l’opportunité pour l’Europe de regagner sa position de leader dans le transport, la logistique spatiale et l’assemblage des grandes infrastructures directement en orbite."

Outre la question environnementale, c’est aussi la souveraineté numérique de l’Europe qui se pose ici. "C’est une opportunité de réinvestir sur une européanisation de certaines technologies du cloud, notamment logicielles", souligne le directeur technologique. Et si ASCEND se révèle viable? "On passera à une phase démonstrateur puis d’analyse du coût du projet" qui devrait être de l’ordre de grandeur des centrales nucléaires.

(1) Dans le consortium, on retrouve des entreprises aux expertises environnementales (Carbone 4, Vito), du cloud (Orange, CloudFerro, Hewlett Packard Entreprise Belgique), des lanceurs (Ariane Group) et des systèmes orbitaux (DLR, Airbus Defence and Space et Thales Alenia Space).

Yves Durand, directeur technologique de Thales Alenia Space à Cannes. (Photo D.R.).

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.