“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.

Je veux bien mais j'ai la freebox

Connectez-vous

pour sauvegarder mes filtres et personnaliser mon flux

continuer sa lecture

lire le journal

Découvrez l’offre abonnés numérique > J’en profite

Comment l'entreprise Morel à Fréjus est devenue le leader mondial du cyclamen

Mis à jour le 13/12/2019 à 19:33 Publié le 13/12/2019 à 19:22
Olivier Morel, entré dans l’entreprise familiale en 1977, préside la société depuis cinq ans.

Olivier Morel, entré dans l’entreprise familiale en 1977, préside la société depuis cinq ans. Photo Philippe Arnassan

Soutenez l'info locale et Monaco-Matin

Comment l'entreprise Morel à Fréjus est devenue le leader mondial du cyclamen

Depuis cent ans, la famille Morel, installée à Fréjus, produit et récolte les graines de cyclamens, et fait avancer la recherche. Ils sont le leader mondial sur ce marché.

Ne croyez pas que le cyclamen orne seulement nos cimetières et les coins sombres de nos jardins en automne! Petit, moyen ou grand, à feuilles vertes, argentées ou encore frisées, rouge, blanc, saumon, fuchsia ou bicolore, le cyclamen est une star dans de nombreux pays comme le Japon. A Fréjus, la famille Morel, devenue le leader mondial, en a fait sa spécialité depuis cent ans et distribue ses graines dans soixante-dix pays. Depuis ses serres installées dans la zone de Montourey et leur extension inaugurée en novembre dernier, l’entreprise commercialise 350 variétés de cyclamens et a acquis une réputation internationale par ses recherches abouties et étoffées.

Un savoir-faire séculaire et une saga familiale

Cette saga familiale débute en 1919 dans l’Ain. Pierre Morel cultive alors les cyclamens en plus des primevères et plants de légumes. Le cyclamen nécessite dix-huit mois de temps de culture depuis la graine jusqu’à la plante fleurie. Aujourd’hui, grâce à l’amélioration des variétés et des techniques culturales, six à huit mois suffisent. En 1945, son fils et successeur Charles Morel ouvre son établissement à Golfe-Juan. Il se passionne pour l’amélioration des couleurs et obtient une reconnaissance internationale dans les années soixante par le caractère unique et la résistance à la chaleur de ses spécimens. Les rouges sont alors la couleur phare de la maison.

1969 marque un tournant pour la famille Morel. Le terrain de Fréjus est acheté cette année-là car moins coûteux que dans les Alpes-Maritimes, et situé près de l’autoroute et du Reyran. En 1975, les fils de Charles (Jean-Charles, Guy et Paul-Henri, puis Olivier en 1977) reprennent le flambeau. Aux cyclamens s’ajoutent les orchidées, géraniums, impatiens et fuchsias, puis les Morel ouvrent un camping à proximité en 1990 car les temps sont durs.

"Nous avions besoin d’argent pour financer nos recherches et nous étions en retard de remboursement auprès de la banque. Nous avons vendu des biens immobiliers, nous étions au bord de la faillite", se souvient Olivier Morel, président de la société depuis cinq ans.

Heureusement, les ventes finissent par exploser et remettent l’entreprise à flot. "Nous avons tout arrêté pour vendre nos graines de cyclamens. Nous avions une grosse expérience de cette culture, un grand choix et une qualité supérieure par rapport à nos concurrents hollandais. Là-bas, ce sont des chercheurs, pas des horticulteurs comme nous. C’est ce qui nous a permis de percer rapidement, par les couleurs et le comportement de nos plantes, plus résistantes."

Plus de 700.000 pots testés chaque année

Résultat: sous leurs serres de 27.000 m² sont cultivées plus de 700.000 pots par an, soit autant "d’individus" qui permettent aux Morel d’affiner la culture du cyclamen pour répondre à des exigences différentes d’un pays à l’autre. Car si les Français les apprécient pour orner les tombes en automne, en cadeau à Noël ou pour leurs plates-bandes et vérandas, les Italiens la préfèrent de couleur rouge, les Danois, blanches, les Américains, en petits modèles pour orner l’intérieur de leur maison. Quant aux Japonais, ils l’adorent! "Ils ont une vision différente de la plante. C’est un marché spécifique", confie Olivier Morel.

Les pétales frisés de la Curly ont du succès au pays du Soleil levant. Et depuis plus de vingt ans, la Chine et l’Asie de manière plus générale, l’ont adopté. Les graines de Morel voyagent et sont semées quasiment partout: Amérique du Sud (Brésil, Argentine, Colombie, Pérou, Chili), États-Unis, Canada, Europe de l’Est (Pologne, Hongrie, Bulgarie, Tchéquie, Russie)… "Il y a deux ceintures de culture. Si c’est trop humide et trop chaud, il ne fleurit pas. Il faut une baisse de température au moins une fois dans l’année. C’est pourquoi dans les pays tropicaux, il est possible de le cultiver à partir de 2 000 mètres d’altitude." En France, la vedette Catherine Deneuve en a fait sa plante fétiche, fidèle aux Morel depuis plusieurs années.

Une relève assurée au féminin

Aujourd’hui, si Olivier Morel a fêté ses 65 ans et ses frères Paul-Henri et Guy, 68 et 71 ans, la relève est assurée. La fille de Guy, Héloïse, 36 ans, s’est laissée elle aussi piquer par le virus. Elle incarne la quatrième génération. Son papa, ingénieur, avait mis au point dès les années soixante-dix les méthodes de sélection modernes pour obtenir des hybrides F1 (ceux-là mêmes qui font la renommée internationale des Morel aujourd’hui).
"Mon père travaillait seul dans les serres, il avait tout dans sa tête ou sur des feuilles à petits carreaux à propos des lignes génétiques. Une activité confidentielle qu’il fallait décrypter", se souvient Héloïse.

La jeune femme s’est ainsi lancée, il y a onze ans, dans la récupération de ces données. "Elle a tout réécrit", confie Olivier Morel avec admiration. Le tout figure désormais dans un logiciel spécifique, utile aux scientifiques. Une base de données historiques qui servira aux générations futures afin que cette richesse variétale ne tombe pas dans l’oubli. Cette collection de cyclamens a d’ailleurs été labellisée depuis 2015 par la Conservatoire des collections végétales spécialisées (CCVB) pour figurer dans la Collection nationale.

Héloïse, la fille de Guy (à droite), aidée de Céline Pesteil et Violaine Vanpouille, ont pris la succession de Guy Morel pour la recherche.
Héloïse, la fille de Guy (à droite), aidée de Céline Pesteil et Violaine Vanpouille, ont pris la succession de Guy Morel pour la recherche. Photo DR

commentaires

Les insultes, les attaques personnelles, les agressions n'ont pas leur place dans notre espace de commentaires.
Tout contenu contraire à la loi (incitation à la haine raciale, diffamation...) peut donner suite à des poursuites pénales.