Comment le PIB post-Covid de Monaco a fait un bond de plus de 21%

Les chiffres positifs de l’année 2021 sur les créations de richesse attestent d’un dynamisme retrouvé après la pandémie de Covid-19. Le conseiller de gouvernement - ministre des Finances et de l’Économie, Jean Castellini, décrypte les contours.

Article réservé aux abonnés
Cédric Vérany Publié le 14/11/2022 à 10:00, mis à jour le 14/11/2022 à 10:32
Les recettes ont presque doublé en 10 ans en Principauté Photo archives Jean-François Ottonello

C’est un indicateur économique clé pour toutes les nations, qui mesure la production de richesses d’un pays. Pour l’année 2021, le produit intérieur brut (PIB) de la Principauté culmine à 7,27 milliards d’euros. Un résultat monté en flèche - aussi haut que les buildings de Mareterra - qui atteste d’une santé économique renouvelée dans le pays au lendemain de la crise sanitaire.

Le conseiller de gouvernement-ministre pour les Finances et l’Économie, Jean Castellini, en convient. Mesurant cette performance à un réenclenchement mondial de l’activité économique.

"De manière générale, la levée des restrictions, la reprise des échanges mondiaux ont eu un effet rebond dans toutes les économies. En 2021, le PIB mondial augmente de 5,8% et dans la zone Euro de 5,4%. C’est un rebond significatif avec parfois des rebonds plus ou moins suffisants pour compenser la perte de PIB directement liée à la crise sanitaire".

Dans ce concert de reprise vertueuse, la France est à +7%, les États-Unis à +5,7% et Monaco à +21,6%… "C’est le caractère unique de la Principauté. Après une forte baisse de 13% en 2020, le PIB croît en 2021 de 21,6%, et surtout de +5,8% par rapport à 2019. C’est pour cela que je parle d’effet ressort, l’économie s’est contractée et elle est remontée vers le haut. Avec cet aspect spectaculaire d’être en croissance par rapport à 2019".

"Sans commune mesure avec ce que l’on attendait"

Cette performance s’explique en partie par le bouclier déployé par la Principauté et l’arsenal de mesures pour permettre à l’emploi et aux activités économiques de surfer sur la vague Covid sans couler à pic.

 

Le PIB 2021 est une sorte de retour rapide sur investissement du massif protectorat de l’État qui a misé sur le long terme. "En termes de croissance de l’économie, de créations d’emplois, de génération de TVA, le retour sur investissement est sans commune mesure avec ce que l’on attendait et très rapide", souligne Jean Castellini.

Avec cet effet conjugué d’aides mises en place pour soutenir des entreprises dans leur modernisation via des subventions de l’État. Ces entreprises ont souvent fait appel à des sociétés monégasques pour ces prestations, ce qui a un double effet sur le tissu économique.

Même chose avec le soutien apporté par le gouvernement à l’application Carlo, qui a créé un ballon d’oxygène pour les commerces en Principauté dans cette relance.

Des recettes doublées en dix ans

À la tête du département de l’Économie et des Finances depuis presque une décennie, Jean Castellini avance comme argument la politique de l’attractivité entamée depuis de nombreuses années arrivée à maturité.

En 2012, le PIB national était de 4,5 milliards, il est en 2021 de 7,27 milliards. "C’est une croissance incroyable des recettes à Monaco, du simple au double en dix ans. De plus, l’impact de la TVA qui capte la richesse créée a été multiplié par deux".

 

Un cercle vertueux entretenu par la stabilité politique et économique de la Principauté. "Cet équilibre de nos finances publiques auquel je tiens, cet excédent budgétaire en somme, attire les bonnes personnes et nous a permis de tenir dans des années compliquées. Monaco est un club auquel nos investisseurs et résidents ont envie d’adhérer, avec des gens comme eux, pour créer de la valeur et l’emploi."

La diversification comme clé

Et le conseiller de gouvernement tient à conserver la diversification de l’économie monégasque. Les chiffres montrent que ce n’est ni la finance, ni l’hôtellerie qui abonde le plus aux caisses nationales cette année. "Les secteurs économiques majeurs en Principauté sont les activités scientifiques et techniques, services administratifs et de soutien. Qui imagine que ce sont ces activités qui sont le premier contributeur du PIB de la Principauté? Pareil pour le commerce de gros, à la troisième place devant la construction et les activités immobilières".

Avec les activités financières et d’assurance, ce triptyque représente la moitié de la richesse produite dans le pays.

"Certains pays dépendent du tourisme, de la finance ou de l’immobilier. Et lorsqu’il y a une crise, que les marchés baissent, que les touristes ne viennent plus, souffrent énormément. Nous aussi, nous subissons un contrecoup mais il y a des amortisseurs de par la diversité de notre économie. C’est un facteur de résilience qui fait que les chocs, comme celui de 2020, sont plus facilement atténués. Et le rebond est d’autant plus fort".

 

Le projet Mareterra, en cours de construction au Portier, est un symbole de l’avenir économique de la Principauté. Photo Jean-François Ottonello.

Trouver la valeur ajoutée la plus forte à extraire de chaque m²

Ces chiffres optimistes de 2021 peuvent laisser entrevoir d’autres années prolifiques avec la livraison à venir de grandes opérations et équipements pour le pays? "Nous avons des raisons de penser que le modèle se maintiendra, en continuant à se diversifier", avance Jean Castellini.

"À l’image de la SBM, qui est à mon sens l’exemplification de la capacité de Monaco de rester fidèle à son histoire et sa tradition tout en se réinventant sans cesse. La SBM arrive à attirer Yannick Alléno et Amazonico, deux mondes différents mais parfaitement complémentaires et en phase avec l’image que Monaco dégage aujourd’hui. Mais il faut continuer à être créatif pour trouver quelle est la valeur ajoutée la plus forte que nous arrivons à extraire de chaque mètre carré."

Les valeurs qui forment le PIB national

Pour qui n’est pas calé en économie, le produit intérieur brut peut paraître abscons. Ce calcul résulte en somme de l’agrégat de plusieurs valeurs cardinales.

La première: l’excédent brut d’exploitation. En clair, le revenu productif des entreprises, "leur valeur ajoutée" explique Jean Castellini. Une valeur qui devient, cette année, le premier contributeur du PIB de Monaco (44,1% hors subventions). "Preuve que l’État a été aux côtés des entreprises au moment le plus délicat."

Autre valeur, la rémunération des salariés, qui correspond à la redistribution sous forme de salaires et cotisations de la richesse annuellement créée. Elle progresse de 10,1% par rapport à 2020 et de 4,0% par rapport à 2019. "Ce point montre la pertinence du soutien de l’emploi", souligne le conseiller de gouvernement - ministre de l’Économie. "Comme nous avons gardé des salariés actifs, même à distance, la redistribution de la richesse est au rendez-vous".

Troisième source, le montant des taxes versées. Il progresse en 2021 de 13,8%, en raison de la croissance de la TVA, et contribue à hauteur de 13,8% à la richesse créée hors subventions.

Une hausse, en dépit du fait que certains grands secteurs d’activité d’ordinaire rémunérateurs pour le pays (notamment l’hôtellerie/restauration) n’avaient pas retrouvé en 2021 leur niveau d’avant la pandémie.

"Je ne sais pas ce que sera le PIB 2022, mais quand on voit l’activité touristique hôtelière, la construction, tout ce qui cette année a fortement rebondi, on peut anticiper en effet qu’une TVA significative sera générée sur cette création de richesse", estime Jean Castellini.

Enfin, la quatrième donnée, ce sont les subventions versées par le gouvernement princier pour soutenir l’économie pendant la crise sanitaire. En 2020, elles avaient été multipliées par deux.

Ces dernières diminuent de moitié en 2021 mais demeurent supérieures par rapport à 2019. "Ce n’est pas forcément de la richesse mais si nous n’avions pas suffisamment subventionné en 2020, nous n’aurions pas eu cet effet ressort aussi visible cette année".

“Rhôooooooooo!”

Vous utilisez un AdBlock?! :)

Vous pouvez le désactiver juste pour ce site parce que la pub permet à la presse de vivre.

Et nous, on s'engage à réduire les formats publicitaires ressentis comme intrusifs.