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Chômage : le plan de la dernière chance

Dans la guerre contre le chômage, François Hollande livre sa dernière bataille. Hier, il a annoncé plus de deux milliards d'euros pour inverser la courbe avant 2017. Son va-tout pour une nouvelle candidature...

Eric Galliano Publié le 19/01/2016 à 05:12, mis à jour le 19/01/2016 à 05:12

Dans la guerre contre le chômage, François Hollande livre sa dernière bataille. Hier, il a annoncé plus de deux milliards d'euros pour inverser la courbe avant 2017. Son va-tout pour une nouvelle candidature...

Plus de deux milliards d'euros pour former cinq cent mille chômeurs et inciter encore les PME à embaucher : François Hollande a présenté, hier, son plan d'« urgence » contre le chômage, dernière tentative pour inverser enfin la courbe d'ici à 2017, salué par le patronat mais dont l'efficacité fait douter. L'emploi « est la seule question qui vaille au-delà de la sécurité des Français », a déclaré le chef de l'État lors de ses vœux aux acteurs de l'entreprise et de l'emploi, réunis au Conseil économique, social et environnemental (Cese).

Pour le président, qui a fait à plusieurs reprises de la baisse du chômage la condition d'une nouvelle candidature, le temps presse, avec 650 000 chômeurs supplémentaires inscrits à Pôle emploi depuis son élection.

« Mensonge éhonté »

 

 

 

Il avait révélé les principaux volets du plan le 31 décembre. Hier, il en a détaillé les mesures [lire notre infographie ci-dessous]. Ces annonces ont été saluées par le patronat : elles « vont dans le bon sens », a réagi Pierre Gattaz, le président du Medef qui dit néanmoins « attendre de voir des mesures concrètes ». « Ça fait beaucoup d'aides aux entreprises », a dénoncé le numéro un de la CGT, Philippe Martinez, selon lequel M. Hollande « propose de continuer ce qui ne marche pas ».

Jean-Claude Mailly (FO) a fustigé un « PLA, programme libéral accentué », comme la transformation dans du CICE en baisse des cotisations, « sans un mot » pour « garantir le financement de la protection sociale ». Laurent Berger, de la CFDT, voit dans la prime pour les PME et le plafonnement des indemnités prud'homales des « effets d'aubaine » qui seront « inefficaces ». A droite, où le plan alimente les soupçons de tripatouillage des statistiques de l'emploi avant 2017, Les Républicains ont dénoncé le « mensonge éhonté » du président.

Joël, en formation à 51 ans : « Il a fallu convaincre Pôle Emploi »

Joël, ancien ingénieur en informatique, suit aujourd’hui une formation d’installateur en climatisation, sanitaire et énergies renouvelables. Photo François Vignola.

Joël Lagrost était ingénieur informaticien. À 51 ans, il a décidé de réorienter sa vie professionnelle.Ce changement de cap passe par une formation. Depuis novembre Joël apprend le métier d’installateur en climatisation, sanitaire et énergie renouvelable.

« J’ai toujours pensé que je ferais un métier manuel », sourit-il.Et pourtant ce ne fut pas le cas jusqu’à présent.Ce Grassois avoue avoir dû batailler avec son conseiller Pôle Emploi pour le convaincre de l’orienter vers cette formation : « Il ne comprenait pas qu’après avoir passé toute ma carrière dans un bureau je puisse avoir envie de retourner sur le terrain.Il voulait m’orienter vers les métiers de la domotique… »

Obtenir cette formation n’a donc pas été simple.D’autant que les places étaient comptées : « Il a fallu que je passe un test.Nous étions quarante candidats pour seulement cinq places », explique Joël. Augmenter le nombre de places de formation pour les demandeurs ne peut donc être qu’une bonne chose.

Etape incontournable

 

 

 

Car ce Grassois considère ces sept mois d’apprentissage comme l’étape incontournable de son virage professionnel. Une réorientation qu’il a pour sa part choisie.Même s’il voyait poindre « le platane au bout de la route ».

« Des nouveaux ingénieurs, il en arrive chaque année par wagon.Ils nous poussent petit à petit vers la sortie.A mon âge, on sent les choses venir… » Joël a donc préféré devancer son retour sur le marché du travail plutôt que d’avoir à le subir. Mais, même si sa démarche est volontaire, pour ne pas dire volontariste, il reconnaît que « ne pas avoir de boulot ce n’est pas son truc ». Son inscription sur les listes de Pôle Emploi ne devrait donc être que transitoire. Grâce aux nouvelles compétences qu’il est en train d’acquérir, ce jeune quinquagénaire dynamique à l’intention de créer sa propre entreprise.Et peut-être que demain, c’est lui qui embauchera.

« Il serait plus simple de baisser les charges »

« Former 500 000 chômeurs, c’est très ambitieux.Mais, c’est très bien », souligne Philippe Renaudi, le président de l’entreprise Tama et de la fédération azuréenne des travaux publics.Ce professionnel est plus critique quant à la prime de 2000 € allouée aux PME qui recrutent : « Nous, dans le BTP on n’a pas besoin d’une prime pour embaucher, mais de commandes.Plutôt que de mettre cet argent dans de nouvelles aides, j’aurais préféré qu’il soit investi pour créer de l’activité, insiste-t-il.

En augmentant, par exemple, les dotations aux collectivités pour qu’elles puissent construire des crèches des écoles, des infrastructures... »« L’emploi ça ne se décrète pas », résume Patrick Gaillet, le directeur de l’institut Arnault-Tzank. D’autant moins que l’une des mesures phares annoncée par François Hollande, n’aura aucune incidence pour lui : la transformation du CICE en réduction de charges.« Le secteur associatif n’est pas éligible au CICE », souligne ce professionnel qui estime que « les mesures les plus simples sont les meilleures ».

Comme le président de l’UPE 06, Yvon Grosso, il plaide pour une réduction des charges qui pèsent sur le travail.« Et pas que les charges patronales, insiste Philippe Renaudi.Il faut aussi redonner du pouvoir d’achat aux salariés pour relancer la machine ! »

 

Christian Estrosi :« Il faut aller plus loin »

La formation est une compétence régionale et le nouveau président de Paca entend bien prendre ses « responsabilités », « sans esprit partisan » : « Si l’État met le milliard qu’il annonce, j’aiderai à la mise en œuvre de ce plan », annonce-t-il même s’il estime que l’enveloppe est peut-être un peu légère : « Aujourd’hui ce sont déjà 27 milliards que consacrent les 13 régions de France à la formation. » Le problème, pour Christian Estrosi, c’est que « les formations mises en œuvre avaient toujours trois ans de décalage avec les besoins réels des entreprises ».Voilà pourquoi il travaille à une réforme du système. « On va créer une banque de l’emploi pour être en mesure d’offrir un emploi qualifié dans les trois jours à toute entreprise qui le demande. » Pour autant, le nouveau président de Paca estime qu’il « faut aller plus loin :je propose que l’on baisse les charges de 20 milliards d’euros pour les entreprises qui recrutent des chômeurs.Cela ne coûtera rien de plus à l’Etat puisqu’il n’aura plus d’allocation à payer à ces chômeurs. »

Jean-Luc Le Clech, directeur régional de l’Afpa : « Un rattrapage du retard pris »

Plus de formations permet-il de réduire le chômage ?
La formation ne crée pas l’emploi, mais elle y contribue. Aujourd’hui, sur l’ensemble de nos forma-tions nous avons, au niveau national, un taux de retour à l’emploi d’environ 63 %.

Si ça marche pourquoine pas l’avoir fait avant ?
Aujourd’hui on va créer 500 000 places de formations supplémentaires. On va quasiment doubler le nombre de bénéficiaires.C’est une volonté politique très forte sans doute en partie liée aux échéances à venir.Mais, en réalité, on en avait déjà créé 30 000 en 2014 et 100 000 l’an passé.

Est-ce suffisant ?
Sur les 350 000 demandeurs d’emploi enregistrés en Paca, pour l’heure, seuls 10% accèdent à une formation.Demain, ce sera donc 20 %, mais cela veut dire que 80 % des chômeurs n’auront toujours pas de formation.Tous n’en ont sans doute pas besoin.Mais, à l’avenir, il faudra peut-être passer à 1,5 ou 2 millions de formations.

Mais quel est le coût ?
Aujourd’hui, le prix d’une formation, hébergement et restauration compris, c’est en moyenne 10 € de l’heure.Globalement, le budget dévolu à la formation n’a augmenté que de 10 % alors que le chômage progressait de 35 %.Ces nouveaux moyens annoncés ne sont donc qu’un rattrapage du retard que l’on a pris en la matière.

"La patate chaude", par Claude Weil

Cruellement, France Inter révélait hier matin comme un scoop le contenu du « plan d’urgence » pour l’emploi qui devait être annoncé quelques heures plus tard. Mais la voix qui détaillait ces mesures n’était pas celle de François Hollande. C’était… Raymond Barre, présentant son « pacte national pour l’emploi », le 26 avril 1977. Cruel mais bien vu.
Pour ce qui est des annonces, on ne peut pas dire que le dispositif soit d’une originalité décoiffante. On est dans le classique, le convenu. Les solutions qui ont fait leurs preuves – et pas toujours la preuve de leur efficacité.

Un plan, en somme, assez… plan-plan.

 

Mesure phare, la prime de 2000 e pour toute entreprise de moins de 250 salariés recrutant un jeune ou un chômeur payé entre 1 et 1,3 smic est la petite sœur de la prime de 4000 e pour le recrutement d’un premier salarié dans les TPE entre juin 2015 et juin 2016. Elle-même cousine de la prime pour l’embauche d’un jeune instaurée en janvier 2012 (tiens, à l’approche des élections, déjà…).

On est là dans le droit fil de la politique menée par tous les gouvernements depuis plus de vingt ans, consistant à concentrer les baisses de charge sur les bassalaires. Un choix astucieux : à court terme, c’est payant ; cela permet de dégonfler le stock de chômeurs peu qualifiés. Maisun choix critiqué par beaucoup d’économistes. Car, pénalisant les entreprises à haute qualification, il tire l’économie française vers le bas dans la division internationale du travail. A l’opposé de la politique de montée en gamme – à l’allemande – prônée par le rapport Gallois.

Relancer l’apprentissage ? Vieille idée. L’objectif – déjà affiché en septembre 2014 – est louable. Encore faut-il lever les obstacles – culturels et juridiques – qui font que l’apprentissage régresse(- 8% en 2013, - 3% en 2014).

Et élaguer le maquis règlementaire qui le rend si peu attractif. On a commencé, en 2015, avec un décret autorisant les apprentis à monter sur un escabeau. C’est un début... Mettre 500 000 chômeurs en formation ? Excellent. A condition que le système soit apte à les accueillir, ce dont beaucoup doutent.

Et que ces formations débouchent sur un emploi. Sachant qu’aujourd’hui, un tiers des chômeurs trouvent un boulot à l’issue de leur formation, alors que chez nos voisins, c’est plutôt deux tiers, il reste beaucoup à faire pour rendre performant un système qui engloutit 32 milliards par an.

Faute de quoi cette annonce risque d’apparaître comme un simple artifice destiné à maquiller les chiffres du chômage. Alléger durablement le coût du travail en remplaçant le CICE par des baisses de cotisation pérennes à partir de 2017 ? Voilà de quoi rassurer les employeurs. Mais cela non plus n’est pas neuf. Il l’avait déjà promis en novembre 2014. Et Macron en juin 2015.
Alors, un simple recyclage de mesures connues ? Un rechapage de vieilles recettes. Pas si vite.

Les audaces, comme souvent avec Hollande, sont moins dans les décisions annoncées que dans les pistes qu’il trace. Une manière d’entrouvrir les portes sans les franchir vraiment.
Lorsqu’il précise que la réforme du Code du travail permettra, par des accords d’entreprise, « de fixer les modalités d’organisation du temps de travail », et par exemple, « le taux de majoration des heures supplémentaires »,il esquisse une possible sortiedes 35 heures.

Lorsqu’il note qu’en matière de chômage, « nous avons la durée d’indemnisation la plus longue » et « la durée de formation la plus courte » – et « c’est ce qu’il faut changer », insiste-t-il – il dit au fond sans le dire qu’il faut en finir avec les deux ans d’indemnisation. Mais pour préciser aussitôt que « c’est la responsabilité des organisations d’employeurs et de salariés ».

 

Bref, en champion de la patate chaude, il refile aux partenaires sociaux les sujets les plus explosifs, ceux sur lesquels il n’y a que des mauvais coups à prendre en année préprésidentielle.
De tout cela, il peut sortir un « nouveau modèle économique et social ». Ou pas. Le hollandisme n’est pas une science exacte.

La Cour des comptes suggère de revoir les allocations chômage

La dette de l’assurance chômage menace « la soutenabilité du régime », selon un rapport de la Cour des comptes qui suggère, entre autres pistes d’économies, de baisser les allocations, à quelques semaines d’une renégociation des règles d’indemnisation.

Aujourd’hui, un chômeur célibataire sans enfant touche en moyenne 70 % de son ancien salaire net. « Une diminution d’un point » de ce taux « représenterait une économie de 422 M€ », estime la Cour. Autre piste : « Le passage de la durée maximale d’indemnisation à trois ans pour les plus de 55 ans, au lieu de 50 ans aujourd’hui, représenterait une économie de 450 M€. » La Cour prévient toutefois qu’une telle mesure aurait un « coût pour les finances publiques », en entraînant une « hausse des prestations versées dans le cadre du régime de solidarité ».

La Cour pointe aussi du doigt le principe « un jour cotisé = un jour indemnisé » : le passage à un ratio de 0,9 jour indemnisé pour un cotisé« se traduirait par une économie de 1,2 milliard d’euros par an ».

Gilbert Cette, professeur d’économie à la faculté d’Aix-Marseille : « Ces mesures ne vontpas assez loin »

Gilbert Cette est professeur associé à la faculté des sciences économiques de l’université d’Aix-Marseille. Il est coauteur, avec l’avocat spécialisé Jacques Barthélémy, de « Réformer le droit du travail » (éditions Odile Jacob).

François Hollande a évoqué la possibilité de substituer des accords d’entreprise au Code du travail. Cela va dans le bon sens ?
C’est ce que nous avons préconisé dans notre ouvrage, nous avons été entendus.

La mesure semble pourtant se limiter au temps de travail et les heures supp alors que vos préconisations vont au-delà...
J’ai compris que les propos du président étaient illustratifs et non limitatifs.

En revanche, le président ne vous suit pas sur le gel et sur la modulation du Smic en fonction de l’âge et/où des régions...
C’est dommage, ce sera pour un autre gouvernement.

Les mesures annoncées seront inefficaces ?
C’est mieux que rien. Pour de nombreuses personnes ça va être positif même s’il serait préférable de faire des réformes profondes et adaptées aux problèmes structurels. On a besoin d’efforts soutenus, continus et importants.Or on est malheureusement dans une logique d’événementiel.

 

Offre numérique MM+

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