Après un été "exceptionnel", la belle saison touristique se prolonge à Menton

La saison touristique a été bonne sur le littoral mentonnais et se prolonge grâce au beau temps et à des événements comme le Monaco Yacht Show. Dans les vallées, le bilan est un peu plus mitigé.

Yann Delanoë Publié le 28/09/2022 à 10:00, mis à jour le 28/09/2022 à 08:25
Le beau temps et des événements comme le Monaco Yacht Show attirent du monde à Menton. Photo Cyril Dodergny

L’été indien sur le Pays mentonnais? On n’en est pas loin, tant en termes de climat que de fréquentation touristique en ce mois de septembre. D’autant que parmi les grands présents du moment, selon les professionnels du tourisme, on trouve notamment… les Canadiens, en nombre. Mais pas que: Français, Italiens, Suisses, Allemands… "Une grande majorité d’Européens indique Thomas Laurenti, président du syndicat des hôteliers de Menton et de la Riviera française, avec toujours la présence des Norvégiens, des Suédois et des Danois. En tout cas, des gens avec un pouvoir d’achat intéressant, d’ailleurs on a vu que le prix moyen des chambres réservées était à la hausse".

Quant aux Américains beaucoup vus sur la Côte cet été, ils n’étaient pas très présents sur le bassin Mentonnais. "C’est une clientèle plus haut de gamme et nous arriverons peut-être à la capter lorsque nous aurons le cinq-étoiles à Garavan", estime Thomas Laurenti.

Après un bon été, dont il qualifie le mois de juillet d’"exceptionnel", avec "des taux de remplissage des hôtels pas loin des 100%", l’hôtelier parle d’une "très belle arrière-saison, avec déjà un beau mois de septembre".

Monaco, locomotive

Une fréquentation boostée, selon lui, non seulement par le beau temps, mais aussi par l’événementiel monégasque, qui attire du monde dans les hôtels du secteur de Menton et Roquebrune. "Le Yacht show de ce week-end, par exemple, amène beaucoup de monde. Ce n’est pas la clientèle du salon que nous avons, ce sont plutôt tous ceux qui travaillent pour l’organisation de l’événement. C’est toujours une période très forte pour nous. Et puis on commence déjà octobre sur les chapeaux de roues, grâce au "Luxe Pack", un salon du luxe qui a lieu aussi à Monaco. Ensuite, au 15 octobre, on a en général un ralentissement… avant un vrai pic à nouveau pour les fêtes."

 
Sur le littoral, les touristes ont afflué au moins autant qu’avant la Covid. Photo Cyril Dodergny.

Fréquentation d’avant Covid

Une bonne nouvelle après les deux ans difficiles liés à la Covid. "On a commencé à rembourser les PGE [prêts garantis par l’état]…Alors il faut que ça tourne… Cette année, l’été indien favorise une prolongation de l’activité, contrairement à l’an dernier où on a eu un pic d’activité un peu plus court… Et on a retrouvé le reste du temps un niveau de fréquentation d’avant Covid". L’Office de tourisme de Roquebrune parle même de "taux de remplissage les plus hauts depuis 4-5 ans", avec beaucoup de Canadiens et… d’Américains, plus présents sur cette commune qu’à Menton.

Sur tout le bassin, l’arrière-saison est prometteuse. Le profil de ceux qui viennent maintenant?

"Ici à Menton, ça a toujours été le mois des retraités et des commerçants qui partent hors vacances scolaires", souligne Franck Devergranne, responsable de la branche restauration du Syndicat des hôteliers de Menton et de la Riviera française. "C’est une clientèle plus détendue, posée, reposée, qui loge ici même, dans les hôtels de Menton et qui donc se fait plaisir… La bouteille de vin le petit digestif à la fin du repas ne posent pas problème, ce sont des gens qui ne sont pas en voiture, qui rentrent à pied dans leurs hébergements. Contrairement à ce qu’on a pu avoir cet été avec une clientèle parfois un peu agressive ou stressée, on a en ce moment des gens souriants agréables et avec un certain pouvoir d’achat."

Beau temps, travailleurs, touristes tardifs

Pour les restaurateurs en revanche, le Yacht show n’a pas de gros impact: "Pour nous le Yacht show n’a pas une très grosse incidence. La clientèle de ce salon très haut de gamme ne fréquente pas vraiment Menton, on ne la capte que très peu. Et pour tout ce qui est organisation, tout se passe à Monaco… C’est forcément quand même un petit plus pour nous. En septembre en revanche, il y a un congrès d’assureurs à Monaco qui nous ramène toujours du monde, et ça a été le cas cette année encore".

Pour le restaurateur, le succès de l’arrière-saison s’explique aussi par le climat: "Il fait beau, les terrasses fonctionnent toujours en ce moment, pour le bonheur des touristes, mais aussi des travailleurs qui le midi, en profitent".

 

Et c’est le propre de septembre: "On a un bon mix de touristes et de locaux… Le midi on a les gens du coin qui travaillent entre 12h30 et 13h30, puis plus tard, les touristes… Globalement, on est même au-dessus de ce qu’on a connu en 2019. Mais avec les PGE à rembourser, et la hausse des coûts, on a intérêt à avoir des périodes creuses plus remplies que d’habitude cet automne…"

Fréquentation à géométrie variable dans la Roya

Deux ans après la tempête Alex et l’irruption du Covid-19, le tourisme n’est pas encore totalement reparti dans la vallée de la Roya. Si certaines communes, comme Saorge, ont explosé des records de fréquentation, d’autres vivotent en attendant le retour de la clientèle italienne.

Pour Estelle Arnould, chargée d’action culturelle au monastère de Saorge, l’été 2022 a été "une très belle saison". "Les chiffres sont meilleurs que ceux de 2019, avant le Covid et la tempête Alex", avance-t-elle. Du jamais vu pour le monument national.

"On a proposé cette année des visites gourmandes dans le cadre des escapades baroques. Elles ont très bien marché. On était complet tout le temps, à tel point qu’on a dû passer la jauge de 25 à 30 personnes."

"On est très contents"

Les spectacles de commedia dell’arte et les concerts baroques ont aussi eu du succès cet été auprès de la clientèle française et étrangère, composée essentiellement d’Américains et de Hollandais. La fréquentation s’est tassée ce mois-ci, mais les visiteurs continuent de monter le week-end. Une récompense pour l’équipe de l’ancien couvent des Franciscains.

"On est très content, avoue Estelle Arnould. D’autant plus que le monastère a été restauré il y a deux ans. Le public a enfin pu découvrir tout le travail accompli."

"Mais on n’a pas retrouvé notre clientèle italienne", pointe la chargée d’action culturelle. Depuis que le tunnel de Tende est fermé - un pan de la montagne s’est effondré lors de la tempête - les Transalpins peinent à remonter dans la Roya.

Un tunnel nommé désir

C’est aussi le constat du maire de La Brigue. "Les Italiens qui voyagent entre le Piémont et la Ligurie ne transitent plus par la vallée", souffle Daniel Alberti. La fréquentation touristique en est forcément impactée, mais l’élu relativise: "Ce n’était pas une saison exceptionnelle, mais elle ne s’est pas trop mal passée."

5.000 visites ont tout de même été enregistrées à Notre-Dame des Fontaines. "C’est notre baromètre", précise le maire.

Et d’ajouter: "Les restaurants et les commerces ont bien tourné. Il y avait du monde aux animations, beaucoup de Français et quelques étrangers."

"On a fait beaucoup mieux, concède Daniel Alberti. Mais tant qu’il n’y aura pas de tunnel, on ne pourra pas faire plus. »

"Du chemin à faire"

Le maire de Breil-sur-Roya partage son avis. Malgré les efforts de sa commune, qui a programmé pas moins de 60 événements entre juin et septembre, la saison estivale reste "en demi-teinte". "On a vu beaucoup de visiteurs qu’on ne connaissait pas, explique Sébastien Olharan. Mais ils n’ont pas forcément consommé sur place. Pas mal de restaurateurs m’ont dit qu’ils n’avaient pas travaillé."

"C’est encore compliqué, avoue le maire de Breil. On n’a plus d’hébergement depuis la tempête Alex. Donc en termes d’attractivité, il y a encore du chemin à faire."

L’élu espère redémarrer la machine l’été prochain. Il envisage de mettre en place des barques sur le lac, tout en restaurant ce qui a été détruit par la tempête, notamment le camping qui permettrait d’accueillir à nouveau les touristes sur la commune.

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