Alain Di Crescenzo, président de CCI France: "Faire de la France un pays d’entrepreneurs forts et engagés"

Alain Di Crescenzo, le président de CCI France, a présenté son plan stratégique du réseau des chambres consulaires à l’occasion de l’assemblée générale de la CCI de région Paca délocalisée à Nice.

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K.Wenger Publié le 31/10/2022 à 07:45, mis à jour le 31/10/2022 à 07:48
interview
"Il faut que les entreprises aient le réflexe d’aller voir le tiers de confiance que sont les chambres de commerce et d’industrie", insiste Alain Di Crescenzo en compagnie de Philippe Renaudi, président de la CCIR Paca. (Photo K.W.)

Il a été élu en janvier dernier président de CCI France, l’établissement qui fédère et anime les 122 chambres de commerce et d’industrie de l’Hexagone et des DOM- TOM.

Depuis, Alain Di Crescenzo sillonne le pays pour les écouter et mettre en place le plan d’action qui correspond aux besoins et réalités du terrain. Invité par Philippe Renaudi, président de la CCIR Paca qui avait délocalisé son assemblée générale au Campus Sud des Métiers Nice, il en a expliqué les grandes lignes. Et réitéré son ambition de faire des chambres consulaires le premier réseau public de proximité, accélérateur de l’économie et de la croissance durable des entreprises en France et à l’international.

Pourquoi un plan stratégique est-il nécessaire?

Parce que les CCI sont une grosse boutique avec 4.400 élus et 14.000 collaborateurs qui réalisent un million d’accompagnements par an et forment 400.000 personnes. Nous sommes les premiers formateurs après l’Education nationale. Aussi parce qu’il rentre 500M€ par an dans les chambres de commerce et d’industrie et qu’il en ressort 3Mds€: il y a peu d’établissements étatiques dans lesquels un euro est multiplié par cinq.

Un plan stratégique est une nécessité pour aligner tous les collaborateurs, faire converger les missions que sont la représentation, l’accompagnement, la formation et la gestion des infrastructures. Il permet de créer plus de la valeur pour nos clients [entreprises, porteurs de projet, territoires et apprenants, ndlr], d’apporter plus de performance, d’efficacité, de proximité, d’anticipation sur les besoins des entreprises, des apprenants. Plus de collaboration notamment avec l’État car quand on passe de 1,3Md€ d’aide à 525M€, c’est qu’on ne s’est pas compris...

Quels en sont les grands axes?

Faire de la France un pays d’entrepreneurs forts et engagés; d’agir pour des territoires agiles, durables et au service de l’économie et d’être un réseau pour inspirer et performer.

Beaucoup de patrons de TPE et de PME d’aujourd’hui ont entre 35 et 40 ans et n’ont jamais connu l’impact de la guerre, ni l’inflation. Ils n’ont pas connu non plus la pénurie de composants, ni d’emplois. Ils sont perdus et ont besoin d’une boussole que sont les CCI et les Chambres de métiers et de l’artisanat (CMA).

Si on sacrifie les TPE ou startups qui deviendront des PME et ETI, on tue la vie des territoires et l’économie de demain. Nous devons travailler en meute pour aborder ces enjeux économiques fondamentaux. CCI France doit être au service du réseau, mettre en place une stratégie partagée et militer pour l’économie.

Un exemple de cette France d’entrepreneurs forte?

La compétitivité. Mais il se dresse trois murs. Celui de la transition numérique. On a bien compris qu’il fallait digitaliser nos commerces pour être productif et attaquer les marchés mondiaux. La France ne représente que 3% du PIB mondial: 97% de la croissance possible et du potentiel de business se font donc à l’étranger. Je ne veux pas dire aux entreprises qu’on les aide à faire leur business dans 3% de périmètre et qu’elles se débrouillent pour le reste. Il est fondamental de conserver ce continuum entre la France et l’international.

Le mur environnemental suit. Si on n’est pas décarboné en 2050, voire avant, on ne vendra plus un produit industriel fabriqué en France. Le coût de l’énergie nous mène aussi à la sobriété pour préserver la planète et nos entreprises.

Enfin, vient le mur de la transition sociétale: 99% des entrepreneurs affirment qu’ils n’arrivent plus à recruter et 25% à fidéliser leurs collaborateurs. Les CCI doivent les aider via des speed datings, networkings, en rédigeant des offres d’emploi.

Et la réindustrialisation?

Aussi. Sachant que 80% des flux à l’international concernent les biens, la France doit fabriquer des produits compétitifs pour redresser sa balance du commerce extérieur. Si on a entre 150Mds€ et 200Mds€ de déficit, c’est parce qu’on a perdu notre industrie qui ne pèse que 15% dans le PIB; il était de 30% après les Trente Glorieuses. L’Allemagne est à 22% et l’Italie à 19%.

France 2030 prévoit 54Mds€ pour réindustrialiser le pays, il faut en profiter; ça ira de pair avec le commerce extérieur et l’économie de proximité au service du territoire et des entreprises.

On en parle depuis des années de ces trois transitions...

La Covid a été un facteur déclencheur qui nous a fait comprendre la question de souveraineté. Suite aux problèmes d’approvisionnement en composants électroniques, nous nous remettons à créer des usines ici. Les risques sur les circuits longs sont bien réels, les prix des transports ne baisseront pas… Tout cela fait que ce qui n’était pas compétitif avant le devient. Il y a à la fois un alignement des planètes du fait de la Covid et une volonté de la population de consommer local.

Consommer local oui mais pas à n’importe quel prix, surtout en ce moment.

Cette affaire-là se mord un peu la queue. Plus on consommera local, moins cela coûtera cher en raison de l’effet de volume.

Mais c’est compliqué de produire beaucoup ici, notamment en raison des problèmes de foncier et des contraintes écologiques.

Il faut savoir ce qu’on veut. Soit on veut un pays qui se paupérise et des no man’s lands soit on manage la double contrainte industrielle et écologique.

Un monde entrepreneurial fort, c’est aussi des compétences. Il n’y a pas de territoire moderne sans la gestion des compétences et des formations. Aujourd’hui, le taux d’obsolescence d’un collaborateur est de quelques mois, voire un ou deux ans, contre dix auparavant. La formation est primordiale et elle doit anticiper les besoins des métiers sous tension, orienter les jeunes vers des métiers qui ne sont pas des voies de garage.

Les CCI sont actives mais les entreprises ne font pas toujours appel à elles. Pourquoi?

On est très français et donc on est dans le faire et pas dans le faire savoir. La communication des actions des CCI figure dans le plan stratégique. Les entrepreneurs doivent connaître tous les services que peut rendre une CCI. Et ceux qui consomment nos services sont contents.

Selon OpinionWay, les CCI obtiennent 8,2 sur 10 en termes de satisfaction client en 2021 et 8,3 sur 10 en recommandation.

L’urgence énergétique

L’urgence actuelle, c’est la flambée des coûts de l’énergie...

Le problème, c’est qu’on n’arrive pas à désindexer le prix du gaz de celui de l’électricité. On va payer le prix de l’électricité à celui du gaz. 25% des entreprises risquent de ne plus pouvoir régler leurs factures d’énergie. Toutes les filières sont touchées: l’industriel mais aussi le boulanger qui a un four au gaz, le boucher qui a des chambres froides...

Comment répartir l’argent du bouclier énergétique?

Il n’aura plus de "quoi qu’il en coûte" mais le bouclier tarifaire annoncé par le gouvernement devrait protéger les TPE et PME. A nous de faire attention aux trous dans la raquette. Aujourd’hui, la macroéconomie ne marche plus. D’où mon combat avec l’État, les régions, les CCI, les CMA... pour réaliser une cartographie, entreprise par entreprise, analyser le poids de l’énergie versus les réserves financières et aider les sociétés dont le pronostic vital est à court terme. Les CCI instruiront les dossiers.

Y aura-t-il des coupures d’électricité?

Une coupure d’électricité en cette période de fin d’année où on fait 40% du chiffre serait malvenue. Au Pays des Lumières, on sait aussi les éteindre et on est tous acteurs des économies d’énergie. Mais il n’y aura pas, à mon avis, de coupures. On voit déjà la baisse des dépenses d’énergie et malheureusement une contraction de l’économie. Les réserves de gaz sont pleines. La France produit également plus d’énergie et EDF est en train de rallumer les centrales nucléaires; la moitié le sera sous douze mois et la totalité d’ici 2025. Entre le bouclier tarifaire, les négociations européennes et la poussée de l’énergie sur le réseau, on devrait y arriver.

Comment les CCI aident-elles les entreprises?

Il faut communiquer sur les initiatives comme le site les-aides.fr, le guide en ligne national de toutes les aides aux entreprises. Les CCI sensibilisent au diagnostic d’économie d’énergie et pour avoir de bonnes pratiques. Elles proposent les visites énergie: trois jours à l’issue desquels on fournit un diagnostic et un plan d’action. Elles forment aussi pour avoir un référent énergie au sein des entreprises.

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