A Signes, Pharma & Beauty réussit son pari

Rachetée il y a cinq ans par le groupe de l’entrepreneur Laurent Dodet, l’ancienne usine Yves Rocher est aujourd’hui en croissance.

K.Wenger Publié le 22/11/2022 à 18:38, mis à jour le 22/11/2022 à 18:38
Le site Pharma & Beauty de Signes fabrique les cosmétiques de grandes marques et les conditionne. Laurent Dodet, son président a acquis l’entreprise lorsqu'elle n'avait qu'Yves Rocher pour client. (Reportage photographique Camille Dodet)

Plus de 5.000 matières premières différentes sont stockées dans le bâtiment flambant neuf de l’entreprise Pharma & Beauty (P&B) dans la zone industrielle de Signes.
Le groupe de cosmétique éponyme auquel appartient depuis 2017 l’ancienne usine Yves Rocher a consacré depuis cinq ans près de sept millions d’euros à la modernisation de ce site vieillissant, dont l’extension de 4.000m² pour la logistique.

"Ce qui nous intéressait ici, c’est le savoir-faire des salariés", souligne Laurent Dodet, le président qui avait acquis l’entreprise alors qu’elle ne réalisait qu’un million et demi de chiffre d’affaires et employait 90 salariés.

De grandes marques de cosmétiques

Malgré trois repreneurs successifs, et une activité de fabrication initialement pour le seul groupe Yves Rocher, la société qui a su reconquérir de grandes marques affiche aujourd’hui un chiffre d’affaires de 22 millions d’euros, pour 120 collaborateurs. Sans compter les intérimaires dans les période de pointe.

"C’est surtout lorsque nos clients lancent de nouveaux produits", précise Nathalie Gourjon, la directrice de l’usine. Crèmes de luxe, produits de soin distribués en pharmacie... Aujourd’hui, P&B est capable de fabriquer un millier de références différentes. "Le plus difficile a été de passer du statut de fournisseur des seuls produits Yves Rocher à celui de sous-traitant pour plusieurs marques", ajoute Laurent Dodet. Depuis 2018, la fabrique a ainsi subi une vingtaine d’audits nécessaires pour convaincre les clients de la qualité des process, à la fois de fabrication, et de conditionnement. Outre les 5.000 matières premières, ce sont plus de 2.000 types de conditionnements différents qui sont stockés dans le hangar logistique: emballages carton, tubes, flacons...

Une R&D commune

"Pour un seul et même produit, il faut en moyenne six à dix composants de conditionnement et une vingtaine de matières première", estime le pdg.
Mais P&B peut aussi s’appuyer sur le centre de recherche et développement du groupe, basé à Saint-Chamas dans les Bouches-du-Rhône, où est également son siège social. "Nous recrutons actuellement et nous allons d’ici le printemps sortir 900m² supplémentaires pour ses besoins. Cela bénéficie à l’ensemble de nos six sociétés. 80 de l’activité de Signes sont des formules que nous développons pour nos clients", ajoute l’entrepreneur qui n’a pas fini son plan de rénovation du site varois.
L’atelier de fabrication est en pleine modernisation et bientôt, l’ensemble des unités de conditionnement sera également alignée sur les standards actuels. L’autre chantier, pour conserver le rythme de croissance de l’usine, c’est évidemment celui des ressources humaines. "

 

Nous recrutons actuellement dans tous les métiers: conducteurs, régleurs, magasiniers, managers de proximité... Mais notre défi est aussi de savoir conserver nos collaborateurs. Les horaires (5h/13h et 13h/21h) ne sont pas évidents. Aujourd’hui, les salariés recherchent du sens. Nous travaillons sur les métiers afin de donner davantage de responsabilités aux personnes dans les différents postes mais aussi sur les grilles de classification", détaille Nathalie Gourjon. Depuis plus d’un an, le groupe a mis en œuvre un accord d’intéressement. "On travaille aussi le sujet de la formation en parallèle."

Manque de soutien

Cette année, l’usine de Signes devrait connaître une croissance de 20% tandis que celle du groupe sera de 30%. Le risque pris en 2017 a finalement été maîtrisé par l’entreprise qui a pu se sentir bien seule par moment. "Je regrette que Bpifrance n’ait pas accepté de nous accompagner car nous avions des capitaux propres négatifs. Mais quand on reprend des entreprises en faillite pour les redresser, ce sont des emplois que l’on sauve", s’agace Laurent Dodet qui avait toutefois obtenu un prêt désormais remboursé pour son usine de Nevers ainsi qu’une subvention de 500.000 euros pour celle de Signes de la part de la Région, dont 300.000 ont à ce jour été décaissés.

"En 2018, nous avons perdu 2 millions", rappelle le dirigeant. Qui a cependant continué à faire grandir son groupe de cosmétique, aujourd’hui fort de six entités complémentaires. La dernière acquisition, à Magny-Le-Désert en Normandie, n’est autre que la fabrique du célèbre Dermophil Indien. Une autre opération de croissance externe est actuellement en réflexion. De quoi accroître la voilure de la flotte P&B qui vise 123 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2023. Une taille qui l’a aidée notamment à affronter les tensions sur les matières premières. «

"Dès la fin août 2021, nous avons instauré une cellule de substitution pour aller chercher les produits manquants." En pleine mise en œuvre du processus d’amélioration continue, la directrice de l’usine de Signes, Nathalie Gourjon, résume ainsi l’état d’esprit de l’entreprise: "Un problème c’est une richesse, nous l’accueillons avec le sourire."

Le spray anti-covid abandonné

Même si le groupe est en croissance, il a quand même fallu digérer l’échec du spray anti-covid que Pharma & Beauty aurait dû fabriquer dans ses usines de Montélimar et Nevers. Sauf qu’après avoir obtenu les autorisations de l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament) de faire des tests sur des patients atteints du virus, il s’est avéré difficile de trouver des candidats.

Le spray anti-covid ne sera donc pas commercialisé. Mais Laurent Dodet n’abandonne pas l’idée d’un spray anti-allergies. Les tests sont en cours en vue d’un lancement d’ici 2024. Mais ce lancement raté aura coûté 1,5 million.

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