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A Monaco, l'ancien gouverneur de la Banque de France affirme que "la priorité est de réduire la dette publique et la pression fiscale en France"

Mis à jour le 25/01/2019 à 10:12 Publié le 25/01/2019 à 18:50
Jacques de Larosière : "Les préjugés ne sont pas seulement des croyances intellectuelles. C’est ce qui a guidé – et mal guidé – la politique économique."

Jacques de Larosière : "Les préjugés ne sont pas seulement des croyances intellectuelles. C’est ce qui a guidé – et mal guidé – la politique économique." Photo J.D.

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A Monaco, l'ancien gouverneur de la Banque de France affirme que "la priorité est de réduire la dette publique et la pression fiscale en France"

Dans le cadre de Monaco Méditerranée Foundation, Jacques de Larosière, ancien Gouverneur de la Banque de France, a expliqué pourquoi, selon lui, les politiques français se méprennent

Dix préjugés. Et autant d’obstacles qui viennent brouiller les analyses des cerveaux pourtant bien pensants qui gouvernent le monde.

Voilà le constat que fait Jacques de Larosière dans un livre intitulé "Les 10 préjugés" qui nous mènent au désastre économique et financier, publié chez Odile Jacob en novembre dernier.

Un livre choc sur lequel s’est appuyé l’ancien directeur général du FMI et ancien Gouverneur de la Banque de France, mercredi soir, devant les invités d’Enrico Braggiotti, président de Monaco Méditerranée Foundation, à l’Hôtel Hermitage, afin d’expliquer les défis à relever pour espérer sortir des crises qui assaillent nombre de nos pays.

Crise financière, pression fiscale, gilets jaunes,... Tout était-il prévisible? Entretien avec Jacques de Larosière.

Pourquoi existe-il, selon vous, une part d’irrationnel dans les systèmes financiers et économiques mondiaux ?
Je me suis demandé comment nous pouvions faire tant d’erreurs sur le plan des politiques économiques – erreurs qui conduisent au chômage, à la décroissance, à la désindustrialisation, etc. – et, en même temps, être si fiers de notre "intelligence". J’ai regardé s’il y avait des fondements derrière les croyances et les préjugés.

Quelles sont ces "croyances"?
Je vous en cite trois. Par exemple: "Plus on crée de la monnaie par la voie des banques centrales, mieux c’est pour la croissance économique". Et aussi: "Plus les taux d’intérêt sont bas, voire à zéro, ou même négatifs, mieux c’est pour le financement de l’investissement." Et encore: "Le déficit budgétaire et la dette publique qui en est la conséquence ne sont pas vraiment menaçants car elles permettent à l’économie de repartir."

"j'espère que mon livre aura une résonance dans l'opinion publique"

Ce sont des postulats appris sur les bancs des universités…
Oui, qui viennent de traditions doctrinales anciennes, mal digérées, et, en tout cas, qui ne sont plus valables aujourd’hui.

Et quel est votre constat?
J’ai constaté qu’en aucun cas, ces idées ne résistent à l’examen des faits. Et là, je suis inquiet. Ces préjugés ne sont pas seulement des croyances intellectuelles. C’est ce qui a guidé – et mal guidé – la politique économique. J’ai donc écrit un livre pour le grand public mais aussi pour les décideurs politiques ; pour qu’ils s’inquiètent du mol oreiller sur lequel il fonde leur vie courante. C’est un peu percutant. Mais j’espère qu’il aura une résonance dans l’opinion publique.

 "Ce qui est étonnant, c’est que ce ras-le-bol ne se soit pas manifesté plus tôt"

Personne ne croyait au Brexit, à la crise financière de 2007/2008,... Et pourtant, nos pays vivent ces crises. C’est une preuve de l’imprégnation des préjugés dans les politiques?
C’est exact. Ce qui est surprenant, c’est que l’on n’a pas prévu ces événements. Or, les enchaînements qui mènent à la crise sont pourtant assez simples. En réalité, les milieux politiques et décisionnaires ne s’en sont absolument pas aperçus.

Et les "gilets jaunes"?
C’est la même chose! Or, c’était prévisible. En France, la pression fiscale est de 45% du PIB. La moyenne européenne est de 38/39 %. La différence est considérable. Et on s’étonne qu’il y ait du ras-le-bol fiscal? Mais c’est inscrit dans la courbe de la fiscalité française. Ce qui est étonnant, c’est que ce ras-le-bol ne se soit pas manifesté plus tôt. De plus, tous les gens frappés par la dureté de la vie mettent en doute les élites. Si ce que je dis est vrai, que l’on a agi sur des préjugés, des approximations absurdes, il y a de quoi remettre en question l’élitisme français.

"les préjugés vint passer"

L’élite aurait-elle été mal instruite?
La répétition des idées reçues, génération par génération, joue un rôle important. Mais il n’y a pas que cela. Le trait le plus explicatif est dans l’illusion que les hommes politiques ont transformée en une fausse réalité, qui est qu’emprunter arrange tout. Nous sommes confrontés à des problèmes structurels. Le vieillissement des populations par exemple et le système actuel des retraites… On ne peut pas s’en sortir en rajoutant de la dette à la dette. Il y a un moment où il faut se réveiller. Les problèmes structurels appellent des réformes structurelles.

Pensez-vous l’issue proche?
Nous ne sommes pas tout à fait arrivés à ce point. Mais je pense qu’on va s’en sortir. Il y a déjà une école de pensée parmi les économistes qui remet en cause la validité d’une des formes de la financiarisation qui est la stimulation keynésienne. John Maynard Keynes nous avait appris que si on ajoute de la demande dans l’économie par le déficit budgétaire, on stimule cette demande et donc une progression des affaires. C’était vrai dans les années 30. Mais aujourd’hui, dans des pays accablés de dettes (100% du PIB en France, 130 % en Italie…), la relance n’est plus aussi utile qu’elle l’était. Parce que vous êtes dans une telle situation d’endettement que vous aggravez, avec le déficit keynésien, votre déficit habituel. Et cette aggravation fait qu’un autre phénomène économique se présente : le manque de confiance. Naît alors une nouvelle donnée et le multiplicateur keynésien peut être oublié. Alors oui, les préjugés vont passer ; ne serait-ce que parce qu’ils montrent leur inefficacité. Mais quand vous martelez les mêmes idées pendant trente ans, vous ne pouvez pas espérer qu’une pensée va effacer tout cela très vite.

"Remettre
de la justice sociale dans l'équation"

Comment voyez-vous l’avenir de la France?
Nous avons un grand défi : faire comprendre à la population que, s’il faut réduire la pression fiscale – et il faut la réduire –, il faut réduire la dépense publique. La difficulté est d’expliquer aux Français – dont beaucoup sont malheureux – qu’il ne faut pas qu’ils s’attendent à ce qu’il y ait plus de services publics distribués. L’exercice n’est pas très facile pour les politiques. Mais je suis assez confiant car il y a quelque chose de positif qui naît de cette confrontation. J’y vois l’obligation, pour les politiques, de se débarrasser de ces préjugés, ces idées passéistes, et de remettre les choses à plat.

Comment y parvenir?
Il faut beaucoup expliquer, remettre de la justice sociale dans l’équation…

Et l’ISF ?
C’était un mauvais impôt qui faisait fuir la matière imposable. Mais il faut se poser la question si, une bonne mesure comme la suppression de l’ISF, ne va pas vous enlever tant de crédibilité d’une partie de l’opinion publique que vous serez dans une plus grande difficulté pour faire d’autres réformes plus importantes que celle-là. C’est cela le vrai sujet. On ne peut pas diriger sans psychologie. Car la priorité essentielle est de réduire la dépense publique afin de pouvoir réduire la pression fiscale.


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