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Malgré la pandémie, le loto continue de faire un carton sur la Côte d'Azur

La pandémie n’a pas eu raison de la volonté des associations. Dans le département, elles continuent de rassembler des dizaines de joueurs. Un succès populaire qui ne s’étiole pas.

Vivien Seiller Publié le 12/11/2021 à 20:00, mis à jour le 12/11/2021 à 21:40
Le loto est presque une institution et son succès reste d’actualité sur la Côte d'Azur Photo Sébastien Botella

Ce n’est pas un phénomène de mode. C’est un passe-temps. Un hobby. Une sortie dominicale. Chez certains, l’habitude est ancrée depuis des années. Le loto est presque une institution et son succès reste d’actualité.

À Saint-Laurent-du-Var, la paroisse a rassemblé près de cent personnes, lors de sa dernière levée dimanche dernier. Majoritairement des seniors, venus seuls ou avec leur conjoint.

Les cadeaux les attendent sur la petite estrade de la salle Ferrière. Le bruit des boules berce l’après-midi laurentine. La météo menaçante s’y prête parfaitement. Après des mois de sevrage forcé en raison d’une épidémie coriace, joueurs et associations retrouvent leur rendez-vous préféré. "Avant la Covid, on remplissait la salle, on accueillait environ 150 personnes, admet Jeannine Audibert. On a un peu moins de monde depuis, mais ça reste une belle affluence."

 
Les participants aux lotos retrouvent les salles et visent le gros lot. Photo Sébastien Botella.

"Ce n’est pas une mode les gens aiment jouer!"

Pour cette bénévole comme pour tous ses collègues, l’organisation de journées loto est essentielle à la constitution des budgets annuels. La paroisse locale ne fait pas exception à la règle.

"Mon Dieu! Ça doit faire dix ou quinze ans qu’on le fait, s’exclame cette Laurentine. Ça continue, ce n’est pas une mode. Les gens aiment jouer, je peux vous le dire!"

Et peu importe les profils, qu’ils soient compétiteurs, râleurs ou simple challengers. "C’est la première fois que je reviens depuis plusieurs mois, indique Bénédicte, retraitée. Une fois, j’avais gagné une perceuse, mais je l’avais donnée à ma petite-fille. De toute façon je viens pour le plaisir, ce n’est pas grave si je ne gagne pas."

L’assistance est calme. L’animateur sobre. Efficace. "Ça sent Noël. Une magnifique crèche artisanale est en jeu pour la première quine de l’après-midi", souffle-t-il dans le micro.

À Saint-Laurent-du-Var, la paroisse a rassemblé près de cent personnes, lors de sa dernière levée dimanche dernier. Photo Sébastien Botella.

Certains viennent aussi pour l’animateur

Certains joueurs sont décontractés. D’autres plus concentrés. Tendus. Agacés. Le temps file et ça ne vient pas. Chaque numéro tiré est une nouvelle occasion de se taper sur le front ou de pester contre le manque de réussite.

"On revoit souvent les mêmes visages, indique Jannine Audibert. On a des gens de partout: Saint-Martin-Vésubie, Saint-Jean-Cap-Ferrat, Nice… Quand on voit les communes sur les chèques, c’est inimaginable."

 

Le rendez-vous des fidèles. "On est un peu des habitués, reconnaissent Benjamin et Monique, un couple de retraités venus avec leur chien. Ma femme est fatiguée, moi j’ai des problèmes de santé… Quand on a des soucis on sort un peu. On suit souvent Pascal, l’animateur."

Les paniers garnis, imprimantes, cafetières et autres télévisions restent les lots indémodables du loto. Photo Sébastien Botella.

"On n’efface pas si jamais il s’est trompé"

Le numéro 14 tombe en milieu de partie, un jeune homme lève le bras. Carton! "On n’efface pas, si jamais il s’est trompé", confie une dame, habituée des fausses joies. Ça tombe bien, elle a raison. Monsieur a fait fausse route. "Il ne faut jamais démarquer, l’animateur nous le dit au début", ajoute-t-elle. Une règle de base, paraît-il. Comme le loto en exige chaque week-end.

Mais que les néophytes se rassurent: il est toujours temps de se lancer dans le grand bain. Les paniers garnis, imprimantes, cafetières et autres télévisions sont indémodables.

Par un décret du 1er janvier 2021, les organisateurs étaient contraints d'offrir des lots ne dépassant pas 150€. Sous la pression d'association et d'élus de l'hexagone, le texte a été rétoqué. Photo Sébastien Botella.

La fin de l’encadrement du prix des lots soulage les organisateurs

C’est un changement de taille. Ou plutôt de valeur. Depuis le 1er janvier 2021, les joueurs de loto étaient condamnés à viser des lots d’une valeur plafonnée à 150 euros. Mieux que rien, vous nous direz. Mais la mesure issue d’un décret publié au Journal officiel avait fait trembler les pions des joueurs et plombé le moral des organisateurs.

"La valeur de chacun des lots proposés au public à l’occasion des lotos traditionnels organisés dans les conditions prévues par l’article L. 322-4 ne peut excéder 150 euros", précisait le texte.

Fort heureusement, le gouvernement a rétropédalé pour annuler cette mesure. Associations et élus de l’hexagone étaient rapidement montés au créneau et viennent d’obtenir gain de cause. Ils se sont longtemps demandé comment attirer du monde avec des cadeaux moins onéreux.

"Il faut que ce soit attractif"

La donne devenait presque insurmontable pour eux, sans parler de l’impact de la Covid sur la tenue de tels événements… "Il faut que le loto soit attractif", souffle Jeannine Audibert, bénévole de la paroisse de Saint-Laurent.

Officiel depuis le 5 novembre, le retour aux lots de plus grandes valeurs est accueilli avec soulagement par les principaux acteurs. "C’était une aberration, c’est très bien qu’on soit revenu comme avant, lance Jeannine Audibert. Les gens ne vont pas prendre un carton à 20 euros pour avoir un lot à 10 euros:"

Au vu du nombre de grilles dispatchées devant le nez des joueurs laurentins dimanche, la chasse aux gros lots et de nouveau ouverte.

"Les joueurs viennent pour les lots, mais aussi pour le lien familial et social", assure Pascal Delafoy, animateur de lot Photo Sébastien Botella.

Pascal Delafoy, animateur de loto: "Un lien entre les gens"

Il connaît le milieu. Habitué à animer de nombreux lotos dans la région, Pascal Delafoy était encore au micro pour la manifestation organisée par la paroisse de Saint-Laurent-du-Var. L’animateur bénévole y constate toujours la même passion derrière les cartons.

Les joueurs sont-ils toujours fidèles au rendez-vous?
Oui, les gens ont été sevrés pendant longtemps. Dès qu’on a pu reprendre, ils sont revenus. L’affluence peut varier en fonction de l’association qui l’organise, mais la ferveur est toujours là. Il y en a dans toutes les villes du coin, au moins une fois par semaine. Il peut y avoir quatre lotos dans le mois pour ceux qui le veulent.

Quel serait le profil du joueur type?
Pour les lotos du samedi soir, on a plutôt des gens actifs, des familles avec des enfants. Le dimanche après-midi, ce sont plutôt des gens d’un certain âge. Pour eux, c’est LA sortie du dimanche après-midi.

C’est une façon de rencontrer du monde…
Les joueurs viennent pour les lots, mais aussi pour le lien familial et social. Ils viennent retrouver leurs amis, c’est un échange. Il y a un lien entre les gens. Ils sont contents d’avoir une après-midi loto, ils savent qu’ils vont se retrouver. S’ils repartent avec quelque chose, c’est la petite cerise sur le gâteau. J’en anime depuis une dizaine d’années et on voit toujours la même passion.

Ce que dit la loi

Les lotos, originaires d’Italie et importés en France sous François Ier, sont régis en France par le Code de la sécurité intérieure.

C’est l’article L322-4 qui précise les modalités d’organisation des lotos traditionnels et autres "rifles", "quines" et "poules au gibier".

Ils doivent être organisés dans un cercle restreint et avoir un but social, culturel, scientifique, éducatif, sportif ou d’animation sociale et se caractériser par des mises de faible valeur, inférieures à 20 euros.

Ces lots ne peuvent, en aucun cas, consister en des sommes d’argent ni être remboursés.

Référence géographique, note d’humour ou simple rime correspond à un chiffre bien déterminé. Photo Sébastien Botella.

À chaque chiffre son annonce

Cela fait partie du folklore. Une annonce particulière correspond à chaque chiffre sorti du boulier. Référence géographique, note d’humour ou simple rime, voici un exemple des expressions parfois tirées par les cheveux clamés par le "nommeur":
1: il est tout seul.
4: la petite chaise.
6: la queue en l’air.
13: ma sœur Thérèse.
20: et du bon, sans eau.
33: le docteur.
51: le pastis.
69: y’a du grabuge sous la couette.
75: les envahisseurs.
80: dans le coin.
89: la mamé.
90: le papé.

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