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"Il a le goût du terroir": ces baroudeurs produisent un gin à l’accent provençal à Cotignac

Après une vie de baroudeurs sur le continent africain, Justin et Anna Matterson ont choisi de se lancer un dernier défi : produire un gin à l’accent provençal à Cotignac. Réussi !

raphaël coiffier Publié le 11/06/2021 à 09:00, mis à jour le 10/06/2021 à 19:59
Anna et Justin Matterson ont quitté l’Afrique pour produire un gin provençal d’exception, le QVT, à Cotignac. (Photo I. R.) (Photo I. R.)

Rien. Mais alors rien ne prédestinait Justin et Anna-Carine Matterson à poser leur sac, en 2013, à Cotignac. Eux qui, depuis des années, sillonnaient l’Afrique. Continent où l’Anglais est tombé sous le charme de la Suédoise. Zimbabwe, Zambie, Kenya, le couple, au gré de ses défis professionnels, pensait même, peut-être, y couler des jours heureux. Jusqu’au bout du chemin. Là où le soleil épouse l’horizon. Pour l’éternité...

L’instabilité politique. L’insécurité galopante. Cette aiguille dans le rouge qui effraye les papillons a finalement eu raison de leur rêve d’Africains à peau blanche. Non pas qu’ils eussent peur pour eux, mais plutôt pour leurs deux fillettes.

Beaux souvenirs

Car Justin en a vu d’autres. Des ciels bas. Au Sud Soudan, par exemple, où il a participé à la mise en place de dépôts de carburant pour les Nations Unies. En République démocratique du Congo, puis à Mogadiscio où il a ensuite travaillé à la réforme du secteur sensible de la sécurité.

Il en a vu d’autres. Juste pour se challenger aussi. Cet Écossais de naissance qui a parcouru en courant l’Himalaya, de Darjeeling à Gulmug (l’équivalent de 81 marathons consécutifs). Qui a aussi fait du kayak sur le fleuve Zambèze. Depuis sa source en Zambie, jusqu’à la mer au Mozambique. Un périple périlleux de 2.500km!

 

C’est dire le pedigree du gaillard. À la tête sur les épaules. Et qui comptait la conserver. Ainsi que celles de sa tribu. Si bien qu’en 2012, le highlander a rapatrié tout son précieux monde sur un terrain moins mouvant: l’Europe.

"Revenir en Angleterre ou en Suède, nous n’avions pas envie. On a donc essayé la Suisse", raconte Anna, dans un français presque parfait.

La Suisse. Trop neutre pour ces baroudeurs! Où, alors, s’étirer à tire d’ailes? "Adolescente, mon épouse avait vécu dans le Sud. Moi, enfant, je venais avec ma mère du côté de Salernes, détaille Justin. Nous gardions de beaux souvenirs de cette région." Il n’y avait plus qu’à sauter le pas. Avec, déjà, une idée floue derrière la tête...

"Quand nous avons quitté l’Afrique, nous cherchions une solution de vie. Une reconversion. Justin s’est demandé: qu’est-ce que j’aime? L’alcool!", rigole encore Anna.

 

L’alcool. À boire. Mais surtout l’alcool dans tout ce qu’il a de noble. Pas la piquette, le tord boyaux, l’eau de feu. "Avant de nous installer dans le Var, nous y sommes venus en vacances. Nous nous sommes rendu compte qu’il n’y avait pas – ou peu – de distilleries produisant des spiritueux de renommée internationale."

Il n’en fallait pas davantage pour qu’ils osent emprunter cette voie. Pendant cinq ans, Justin a appris les rudiments de l’alchimie. Visitant des distilleries aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Allemagne. Où, de fil en liquide, il a acquis une connaissance approfondie de la science et de l’art de la distillation. Jusqu’à ce que leur maison, QVT (pour Quatre-Vingt Trois), ne voie enfin le jour, en 2019.

C’est là que leur gin de Provence prend corps. Au cœur d’un alambic (de la marque Carl) fait sur mesure. Dont la fabrication, allemande, a pris deux ans. "Il est spécifique pour le gin et la vodka", poursuit Justin, un œil rivé sur la matière en mouvement. Vivante. Et qui ne supporte pas le moindre écart de température.

"Je pense que j’ai dû faire au moins 30 distillations différentes pour trouver le goût que je cherchais. La bonne recette." Secrète. Son créateur ne livrera que les ingrédients principaux. Graines de genévrier, coriandre, cardamome, lavande, romarin, thym, pétales de rose, bleuets, citrons, toute la Provence est mise en lumière.

 

Provençal

(Photo I. R.) (Photo I. R.).

"Il a le goût du terroir. Il est local. Provençal et ça, c’est une grande fierté. Vous pouvez le boire seul, pur ou en cocktail." De toutes sortes. Avec du crémant. Du tonic. Spécifique. Du Cointreau. Du jus de tomates. Ou, péché mignon de Justin, une goutte – pas plus – d’absinthe. "C’est délicieux mais il ne faut pas en abuser", prévient Anna qui veille au grain.

Bref, le QVT varois (à 43,7 degrés) a de beaux jours devant lui. En dépit d’un démarrage timide eu égard à la crise sanitaire. "C’est sûr que ça a été compliqué avec le virus. Mais on espère bien produire environ 10.000 bouteilles cette année."

De ce gin plusieurs fois médaillés d’or qui comblera les puristes et émerveillera les amateurs. Et un peu moins – pour l’instant – de vodka. "Encore un produit artisanal, en cours d’élaboration" murmure presque son créateur qui n’est pas loin de toucher au but. "Elle aussi aura une touche de Provence." Élémentaire mon cher Matterson!

Distillerie provençale QVT, zone Loup à Loup, à Cotignac. Rens. 06.75.35.34.65. qvtdistillery.com Prix: 37,90 e la bouteille de 0,7 litre.

Cocktail de l’été

Le Southside Fizz ou Royale
Ingrédients pour deux personnes : 60 ml de gin QVT, 30 ml de citron vert frais, 15 ml de sirop de sucre, 8 feuilles de menthe, de l’eau gazeuse pour les bulles ou du champagne pour le Royale.

Préparation : mettez les feuilles de menthe dans un shaker et écrasez-les doucement. Versez le gin, le citron vert et le sirop de sucre. Puis ajoutez la glace. Filtrez avec une passoire fine dans un grand verre et versez l’eau gazeuse ou faites-en un Royale en y versant du champagne. Le tour est joué : vous avez alors un cocktail rafraîchissant, alternative au "ginto".

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