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Fermés au public depuis deux ans, les Grands Appartements du Palais princier rouvrent leurs portes ce vendredi

C’est un lieu qui reprend vie pour le grand public. Dès ce vendredi 1er juillet, les Grands Appartements du Palais princier accueilleront à nouveau des visiteurs après deux années de fermeture en pleine crise Covid.

CEDRIC VERANY Publié le 29/06/2022 à 12:00, mis à jour le 29/06/2022 à 14:40
La Chambre royale, dite chambre d’York, connue pour avoir été le théâtre du décès du duc d’York en 1767, frère du roi d’Angleterre George III, tombé malade lors d’un voyage. Photo Jean-François Ottonello

L’intervalle a amené les équipes de la maison souveraine à revoir complètement la scénographie et le parcours de visite des lieux. D’une part pour mettre en valeur les fresques restaurées sur plusieurs murs et plafonds de ces espaces.

D’autre part pour mieux raconter l’histoire de la dynastie Grimaldi. On découvre d’ailleurs dès le début le premier portrait d’un seigneur de Monaco. Celui de Lucien, souverain de 1505 à 1523, qui accueille, dans la Chambre d’Europe, les visiteurs arrivant depuis la galerie d’Hercule – surplombant la cour d’honneur – d’où démarre la visite.

"C’est une dynamique globale de la part du souverain qui a amené d’abord à la mise à jour de décors peints occultés. Puis à la volonté de restructurer le circuit des visites", confirme le directeur des Archives du Palais princier, Thomas Fouilleron, pour qui le bâtiment construit en 1215 n’a pas de secrets et qui a été épaulé par la scénographe Cécile Degos pour revoir ce circuit, le rendre plus intelligible dans la lignée de la dynastie, des bâtiments et des collections. Et asseoir ce discours historique "par rapport à ce moment charnière de l’Histoire de Monaco, de la dynastie et du Palais qu’est le XVI siècle".

Dans le Salon bleu, une galerie de portraits évoque les membres de la famille Matignon, liée aux Grimaldi en 1715. Photo Jean-François Ottonello.

Des œuvres d’art retrouvées, rachetées ou jamais montrées

Voilà l’esprit marqué dans les premières salles: Chambre d’Europe, Antichambre verte et Chambre à alcôve de marbre (cette dernière est encore en travaux) qui reflètent sur leurs murs, leurs plafonds et leurs objets l’atmosphère le goût et l’histoire des princes de Monaco aux XVIe et XVIIe siècles.

 

L’ambiance y est solennelle mais diffère de celle d’un musée. C’est aussi le parti pris de la scénographie de rappeler à chaque fois que nous ne sommes pas dans un univers clos mais dans un lieu qui vit au rythme des réceptions officielles au Palais.

De petits cabinets de curiosité ont été imaginés pour mettre en valeur des objets personnels des collections princières. Photo Jean-François Ottonello.

Parmi les toiles au mur, un tableau de Jacopo Bassano rappelle le goût sûr à l’époque des princes de Monaco pour la peinture. Au XVIIIe siècle, à l’époque où il faut avoir des collections, les Grimaldi se spécialisent dans l’achat de peintures de style, et leur goût est reconnu. Cette toile précisément, accrochée désormais dans l’Antichambre verte, appartenait au prince Jacques 1er. En 1732, il l’a fait déplacer vers son hôtel de Matignon à Paris, vitrine de sa collection. Elle en disparaîtra lors de Révolution française et le prince Albert II l’a rachetée il y a quelques années lors d’une vente publique à Londres.

Cette histoire n’est pas singulière. Tout le mobilier du Palais princier a été dispersé au moment de la Révolution française. "Le souci patrimonial du prince Albert II se manifeste aussi par le souci de reconstitution de ces anciennes collections princières", explique Thomas Fouilleron, fier de pouvoir montrer dans ce nouvel accrochage des tableaux ou des objets d’art que le public n’avait jamais vu. "Le parti pris étant de racheter dans la mesure du possible ces pièces de collection qui apparaissent sur le marché de l’art. Ou bien d’être dans la vraisemblance, si on n’a pas les pièces originales, trouvant des éléments approchant de la même époque".

La Salle du Trône dans ses nouveaux décors au plafond, où les fresques ont retrouvé leur aspect originel. Photo Jean-François Ottonello.

Une politique qui diffère de celle empruntée il y a plusieurs décennies, où les Grands Appartements présentaient, d’une pièce à l’autre, des styles différents avec du mobilier et des décors s’y référant. "En épurant, nous voulons être dans l’authenticité en suivant une logique, une compréhension dans le parcours", confirme Thomas Fouilleron.

Portraits de familles et salons cossus

Ces détails, les visiteurs pourront les retrouver via des audioguides en onze langues ou sur une application qui permettra de découvrir une sélection de vidéos qui montrent comment ces espaces vivent lors de grands événements. Notamment la Salle du Trône où les visiteurs découvriront le siège datant du prince Charles III, à l’époque où il redonne des moyens à la dynastie.

 

Dans ce vaste espace, le visiteur est d’ailleurs suivi du regard par une galerie de portraits peints de souverains.

D’un style plus doux, la Chambre Valentinois et son décor XVIIIe siècle. Photo Jean-François Ottonello.

Un style qui se poursuit dans le Salon bleu voisin, dit Salon des Matignon, qui concentre la présence des membres de la famille princière de l’époque, au XVIIIe siècle, notamment de nombreux portraits d’enfants dans le goût d’alors.

Au fond du salon, un petit espace qui avait servi au président chinois Xi Jinping à se rafraîchir avant le déjeuner lors de sa visite officielle en 2019 est devenu un cabinet de curiosités où dans des vitrines sont montrés toutes sortes d’objets ayant appartenu à la famille: l’épée d’académicien d’Albert 1er, son bicorne de la marine espagnole, des monnaies, des médailles, de la vaisselle, des armes, les décorations.

Dans l’enfilade, le Salon des officiers présente d’assez rares vues de Venise dans une ambiance rappelant les codes de la cité des Doges. Un salon qui fait le lien pour découvrir le quartier dit royal, une aile ajoutée au XVIIe siècle aux Grands Appartements, présentant un style plus chargé à l’image de la chambre royale et son plafond à caissons doré.

L’appartement était destiné à recevoir les hôtes de rang royal des souverains. En 1767, le duc d’York y vivra ses dernières heures, tombé malade en mer et accueilli au Palais princier où il trouvera la mort.

L’Antichambre verte, totalement transfigurée, présente des œuvres rachetées par le prince Albert II, qui appartenaient aux collections du Palais au XVIIIe siècle. Photo Jean-François Ottonello.

Un funeste boudoir, précédé par un petit salon aux vibrations historiques plus douces. C’est en effet dans l’Antichambre royale, que le 6 mai 1955, le prince Rainier III accueille dans l’après-midi, l’actrice Grace Kelly. Le début d’une histoire d’amour qui ne transparaît pas sur les murs. Les visiteurs découvriront dans cet espace plusieurs toiles de l’école flamande du XVIIIe siècle, attestant d’un goût certain, voir avant-gardiste du prince Jacques 1er pour sélectionner les œuvres qu’il collectionne.

 

Enfin, le Cabinet Valentinois, qui clôt les espaces montrés aux visiteurs, avec son ambiance rococo d’un cabinet intime du XVIIIe siècle donne davantage l’impression d’un lieu habité. Le mobilier, les objets et tableaux choisis pour scénographier les lieux, aidant à leur donner vie.

Dans le salon des officiers, l'esprit vénitien transparaît dans le décor et les toiles Photo Jean-François Ottonello.

La visite s’achève par la Galerie des Princes où la lumière pénètre sur les bustes des souverains passés. Mais le regard s’attarde particulièrement sur une œuvre de l’artiste contemporain Barry X Ball représentant le prince Albert II, qui a trouvé sa place dans cette galerie. Une tête en or façonnée en reprenant les contours de diverses espèces végétales marines pour souligner l’engagement du souverain en faveur de la préservation des océans. Comme une manière de faire le lien entre passé et présent.

Savoir+
Les visites se font tous les jours du 1er juillet au 15 octobre.
Tarifs: 10 euros, 5 euros pour les enfants.
Renseignements: www.visitepalaisdemonaco.com

Le buste en or du prince souverain, réalisé par le sculpteur Barry X Ball

Offre numérique MM+

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