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"Chez les enseignants il y a un avant et un après Samuel Paty"... Les enseignants niçois évoquent leur métier après le choc

Ce vendredi 15 octobre, les établissements scolaires sont invités par le ministère de l'Education nationale à rendre hommage à l'enseignant Samuel Paty, un an après son assassinat. Paroles d'enseignants qui évoque un avant et après l'assassinat du professeur d'histoire-géographie.

Mathilde Tranoy Publié le 14/10/2021 à 22:04, mis à jour le 14/10/2021 à 21:37
Gilles Jean Photo E. O.

"Le rapport à l’autorité a changé"

Gilles Jean, enseignant dans le premier degré et secrétaire départemental du SNUIPP-FSU: "L’assassinat de Samuel Paty a été un choc. Ça a profondément secoué la communauté éducative et c’est pour cela qu’on a besoin de ce moment de recueillement un an après. Pour parfaire la formation des enseignants sur ces questions de laïcité, de liberté d’expression, il y a eu des modules de formation proposés, quelques journées, mais ce n’est pas assez dense. Il faut que ça soit inscrit dans la durée, car les collègues se sentent démunis. Le sentiment qu’on a c’est qu’ils font plus attention à ce qu’ils disent et montrent qu’avant. Le rapport à l’autorité a changé. Regardez ce qui s’est passé en Seine-et-Marne, ça fait froid dans le dos! La laïcité, un des fondements de l’école de la République, on y met ce qu’on veut. Il faudrait la redéfinir. Des efforts ont été faits en un an mais nous ne nous sentons pas assez soutenus".

Fabienne Langoureau (Photo DR).

"On enseignera plus de la même façon"

Fabienne Langoureau, professeur de français au lycée Calmette de Nice et secrétaire départementale du SNES-FSU: « Chez les enseignants il y a un avant et un après Samuel Paty. Ce qui était encore impensable, il y a un an, est arrivé. Ça a fortement ébranlé la communauté éducative. Mais du point de vue de l’institution, rien n’a changé. Il y a eu beaucoup de discours mais peu d’actes. Ce n’est pas en rebaptisant une école qu’on va régler le problème! Les conditions de travail des enseignants sont de plus en plus difficiles. La vidéo de l’enseignante violentée en Seine-et-Marne en est la preuve. Car quand on est à 36, 37, 38, parfois 39 élèves dans une classe, ça met parfois un climat difficile. Nous ne sommes pas aidés ni soutenus. Aujourd’hui quand on parle du blasphème, de la liberté d’expression, il y a cette réserve… parce qu’on a pris conscience de la violence que ça peut générer. On fait attention aux mots qu’on emploie. Avant on en parlait de façon plus décontractée. On ne doit pas s’autocensurer a déclaré le ministre de l’Education. C’est facile à dire! Il n’y a pas d’autocensure mais on réfléchit à comment ça peut être compris. On est tous perturbés à l’approche de cette date anniversaire.

"On n’enseignera plus de la même façon. Samuel Paty est quelque part avec nous. Ce vendredi, il n’y a pas un seul enseignant qui ne pensera pas à lui. Et nous allons faire en sorte qu’il n’y ait pas un seul élève".

Céline Florentino (Photo Frantz Bouton)

"On fait vivre sa mémoire au quotidien"

Julie Fenouille, professeur d’histoire-géographie au collège de Contes: « Ce qui a changé c’est qu’aujourd’hui on sait que défendre les principes de l’école républicaine peut tuer. Mais sur la protection des personnels peu de choses ont évolué. On aurait souhaité une formation plus poussée sur les notions de laïcité pour que les collègues s’en emparent mieux pédagogiquement. On souhaite que ce soit généralisé à tous les personnels de la communauté éducative, en mettant vraiment des moyens qui ne sont pour le moment pas assez ambitieux. Il n’y a pas d’autocensure chez les enseignants pour évoquer les notions de laïcité, liberté d’expression car la force de notre métier a repris le dessus.

"Notre métier c’est de créer la force critique des élèves pour ne pas céder à la peur, au terrorisme. C’est un travail qui s’inscrit sur un temps long. Ces séquences-là on les bâtit sur plusieurs années, sur plusieurs niveaux. Le ministère n’a pas donné les moyens pour former correctement les élèves en éducation morale et civique. Il faudrait plus de moyens horaires, permettre des dédoublements en demi-groupe pour travailler ces notions-là qui sont importantes pour faire naître un esprit critique, débattre, confronter les opinions et les points de vue. Par notre travail pédagogique, nos missions de formation des élèves nous faisons vivre la mémoire de Samuel Paty au quotidien".

"Un an après nous sommes toujours sous le choc"

Céline Florentino, enseignante du réseau d’aides spécialisées aux élèves en difficulté à Nice: "Avant quand on rencontrait une difficulté on se disait qu’on allait laisser la situation se décanter. Dans l’affaire Samuel Paty on a tellement voulu apaiser la situation qu’on n’a pas vu le danger qui planait. Aujourd’hui on a un sentiment d’urgence: la priorité c’est la sécurité des personnels. Qu’est-ce qu’on gagne à être discret? Rien. Il faut parler. Le système est défaillant. Le ministère en a pris conscience. Des référents-laïcités [pour former les enseignants à aborder ces questions] sont en train d’être formés. Ça tarde mais ça arrive. C’est indispensable. En 32 ans de carrière j’ai eu deux jours de formation à la laïcité. Dernier exemple en date une jeune enseignante qui, pour la fête des mères, a fait réaliser à ses élèves une boîte à bijoux avec une étoile dessus. Un parent lui a dit «c’est un symbole religieux". Sa réaction: je ne ferai plus jamais dessiner d’étoile. Ce n’est pas normal. Un an après le drame nous sommes toujours sous le choc. Avant on pensait que la laïcité à l’école c’était un pré-acquis chez les élèves. On s’est lourdement trompé."

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