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VIDEO. Les Ballets de Monte-Carlo se déconfinent en dansant et c'est drôle, léger, réjouissant, magnifique

Buzz réussi ! S’il y a une palme à décerner pour les vidéos de confinement, celle des Ballets de Monte-Carlo fait figure de lauréat. Mis en ligne mercredi soir sur les réseaux sociaux, le petit film de 7 minutes baptisé Wake up (Réveillez-vous, ndlr) avait déjà dépassé les 70 000 vues.

Propos recueillis par Cédric Vérany Publié le 14/05/2020 à 21:19, mis à jour le 14/05/2020 à 21:36
Les danseuses et danseurs des Ballets de Monte-Carlo nous offrent une petie pépite. Capture Youtube

De quoi donner le sourire au chorégraphe-directeur Jean-Christophe Maillot, qui a dirigé ses danseurs pour les mettre en scène dans leur quotidien confiné. Avec un message qu’il porte en lever de rideau de la vidéo : « C’est dur de parler avec un masque, mais c’est aussi dur de danser sans espace, sans amis, sans musiciens, sans techniciens et sans théâtre. »

C’est ce que l’on découvre dans les images des danseuses et danseurs qui se sont filmés au lever. Avant de capturer quelques moments dans leurs appartements où ils cherchent à danser. On les voit galérer avec l’espace qui les entoure : s’enrouler dans un rideau, casser des bibelots ou se heurter contre les murs. C’est plein d’humour même quand chacun enfile un masque pour se diriger vers l’extérieur avec la tarentelle d’Antonio Castrignano choisie pour bande sonore se fait plus intense.

La vidéo s’achève d’ailleurs sur les images de Core Meu, une des récentes créations de Jean-Christophe Maillot, portée par cette musique des Pouilles. Création qui, plus que toutes les autres, contient ce souffle, cette envie de vivre et de danser.

 

Pour l’instant, la danse reste à l’image dans ces retrouvailles virtuelles des danseurs. Mercredi, l’ensemble de la compagnie s’est réuni à l’Atelier, pour procéder à des tests sérologiques de dépistage du Covid-19, afin de vérifier l’immunité de chacun. Un examen réalisé avec l’accord du gouvernement princier, qui a donné un résultat 100 % négatif.

Le studio de danse de la compagnie, devrait donc, avec les mesures sanitaires nécessaires, reprendre progressivement vie, comme l'explique dans cette interview, Jean-Christophe Maillot

La vidéo est originale et décalée. C’était votre volonté liminaire ?
Je commençais à trouver insupportable ces vidéos que tant de compagnies ou d’orchestres ont publiées où l’on voit des musiciens jouant un concerto de Beethoven dans leur cuisine. Elles ont été certainement nécessaires dans la première semaine du confinement, mais elles n’ont, selon moi, aucun intérêt artistique et participent à une Ubérisation de la culture, qui viserait à nous faire croire qu’on trouverait une solution en restant chez soi pour faire de la bonne musique ou de la bonne danse. Je ne pense pas que ce soit vrai. J’avais en tête l’idée de dire qu’on ne peut pas danser dans une cuisine et que ce n’est pas joyeux d’être enfermé chez soi !

Pour certains, ces vidéos étaient une façon de continuer à pratiquer leur art…
Certes, mais je pense qu’il faut plutôt trouver une solution pour sortir de cette situation. Dans l’absolu, si nous devons attendre le moment juste, j’ai bien peur que nous devions attendre plus d’un an, que le vaccin soit là pour proposer des spectacles en public. Ou alors, à un moment, il faudra qu’on ait le courage, raisonnablement, de remettre la machine en route. Et j’espère que l’on retrouvera au plus vite le chemin des salles de spectacles avec ceux qui oseront y venir.

Techniquement, comment avez-vous dirigé la compagnie pour cette vidéo ?
J’ai fait une réunion Zoom avec les danseurs et je leur ai demandé de filmer trois sections. Une où ils se réveillent, une autre où ils essayent de danser. Et une troisième où ils mettent leur masque et sortent pour affronter la réalité. C’est une façon de montrer que la seule danse qui puisse exister, c’est celle que l’on a connue sur scène. Et j’ai choisi cette musique d’Antonio Castrignanò, qui monte vers une sorte d’euphorie. Pour à la fois être léger, entre le rire et la souffrance, avec cette libération de sortir.

Les danseurs montrent aussi beaucoup d’humour, que l’on voit rarement sur scène…
C’était voulu, comme une réaction à la dramatisation actuelle, de parler de choses graves avec une forme de légèreté. La terreur et la peur ont été des outils sûrement nécessaires, qui ont limité les dégâts, mais qui aujourd’hui se sont transformés, à mon avis, de manière excessive. Il n’y a que cet espoir de vivre, de l’ordre du joyeux, qui peut nous permettre d’en sortir. Il va falloir que l’on se réanime les uns et les autres.

 

Se réanimer pour le spectacle vivant paraît compliqué pour les semaines à venir ?
J’attends la réunion du 18 mai avec le gouvernement, où nous aurons, j’espère, quelques directives. Mais il y a quelques perspectives. La Chine, où nous devons nous produire en octobre, nous a confirmé la possibilité de venir. Le Japon, où nous avons des dates début novembre, aussi, ce que je n’imaginais pas il y a deux semaines. Il semble aussi que le festival de Grenade en Espagne, qui se déroule dans les jardins de l’Alhambra, serait disposé à nous accueillir fin juillet. J’ai le sentiment qu’à un moment, avec le consentement des danseurs, il va falloir se jeter à l’eau, pour relancer la machine.

À Monaco, la Fête de la Danse du 4 juillet est annulée. Quelles sont les perspectives pour voir vos danseurs sur scène ?
J’espère pouvoir tourner le spectacle de La Mégère apprivoisé, sans public, le 7 juillet au Grimaldi Forum, retransmis en live sur ses chaînes de télé. Ça reste un moindre mal. Les spectacles filmés retransmis chez les gens pallient une interdiction, mais il ne faut pas que cette manière de faire le spectacle devienne une norme.

Vous avez pourtant proposé certains spectacles diffusés gratuitement pendant le confinement…
Nous l’avons fait, c’était intéressant temporairement, mais il faut sortir de cette gratuité permanente de la culture. C’est en ça que je parle d’Ubérisation aussi. Il ne faut pas que ça devienne une habitude d’offrir des spectacles sans recette, car ils représentent une économie qui fait vivre des centaines de personnes. Je réfléchis d’ailleurs à une chaîne, sorte de Netflix chorégraphique, qui nous permettrait de présenter des spectacles payants à moindres frais, faits pour l’image. Ce petit film est d’ailleurs un point de départ. Je pense déjà à un autre spectacle conçu pour l’image. Ce que le public verra sur son écran, c’est quelque chose qu’il ne pourrait jamais voir au théâtre.

Physiquement, comment les danseurs ont vécu cet arrêt de leur pratique ?
Nous les avons entretenus tout au long de ces semaines avec des cours virtuels de Pilates, de yoga pour garder la spécificité de cette musculature. J’ai pris la décision, à partir du 25 mai, de faire rouvrir le studio, avec la prudence imposée, en divisant le nombre de danseurs par cours. J’ai le sentiment qu’il nous faudra au minimum un mois complet pour remettre les danseurs en route, avec l’objectif de ce film début juillet, et une reprise très douce. Le risque de blessure est énorme dans l’euphorie et le plaisir qu’ils vont avoir de danser à nouveau. Il va falloir être très prudent et ne pas sous-estimer aussi la violence psychologique du retour. Je le sens, j’ai des danseurs plus fragiles que d’autres.
Pour ma part, à 60 ans, cette pause sans culpabilité, qui a été dure pour certains, a été salvatrice pour moi. Mais je suis un cas particulier !

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