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Le chorégraphe-directeur des Ballets de Monte-Carlo Jean-Christophe Maillot s'approprie l'histoire de Coppélia

Mis à jour le 12/10/2019 à 14:49 Publié le 12/10/2019 à 14:45
Derrière son apparence humaine, l’automate devenue machine a-t-elle un cœur ? Réponse en décembre.

Derrière son apparence humaine, l’automate devenue machine a-t-elle un cœur ? Réponse en décembre. Alice Blangero

Le chorégraphe-directeur des Ballets de Monte-Carlo Jean-Christophe Maillot s'approprie l'histoire de Coppélia

Le chorégraphe-directeur des Ballets prépare une nouvelle pièce cette saison, inspirée de l’histoire de Coppélia, qu’il a maturée sur fond d’intelligence artificielle et de monde en mutation

"On est dans une période étrange, quand même…" Il a beau être devenu récemment grand-père, il n’en reste pas moins un artiste à vif, sensible aux changements d’époque.

La compagnie des Ballets de Monte-Carlo fait sa rentrée et Jean-Christophe Maillot, son chorégraphe-directeur, a regagné le studio pour travailler un nouveau ballet inédit, qu’il présentera en décembre, inspiré par l’histoire de Coppélia qui le poursuit depuis quelques années.

En attendant, la troupe vient de retrouver la scène à Saint Polten en Autriche. Cette année, les danseurs se produiront en Italie, en France, en Chine, en Russie, en Allemagne, en Espagne et en Hongrie. Et investiront la Principauté trois fois cette saison. En octobre pour la reprise de l’hommage à Nijinsky, en avril pour rejouer notamment d’Altro Canto 1.

Et en décembre, donc, pour neuf représentations de Coppél-I.A., cette création à venir, évoquant un homme troublé par son amour pour un automate dont Jean-Christophe Maillot, parle avec entrain et passion, comme toujours !

Pour votre rentrée, pourquoi vous attaquer à l’histoire de Coppélia, ballet créé en 1870 devenu un classique ?
Ce ballet ressemble plus à l’Arlésienne (rires) car voilà quatre ou cinq ans que je travaille sur ce ballet de Coppélia, sans aboutir. Mais, vu ce qui ressort actuellement des répétitions et des dix-huit minutes déjà chorégraphiées, je pense que ça valait le coup d’attendre.


Le temps nécessaire d’une maturation pour cette histoire ?
En effet, ce qui m’a toujours interrogé, c’est cette relation à la narration dans la danse et la relecture des grands classiques. Je pense relecture comme renouvellement d’un parc automobile ou rénovation d’immeubles. Comme quelque chose de nécessaire. Dans ces grands classiques, mis à part le public très réduit et très pointu des spécialistes, si on ne vient pas pour la jolie musique et les jolis costumes, finalement on n’y trouve aucun intérêt car c’est déconnecté de la réalité contemporaine. Mon ambition depuis 1993 est dans cette relecture et je ne pense pas m’être trompé quand je vois que mes pièces comme Cendrillon, La Belle, Roméo et Juliette sont toujours d’actualité vingt ans après. Ce qui montre qu’il y a un désir pour le public de s’identifier à une danse narrative et quelque chose de rafraîchi.

" La réalité aujourd'hui est confuse et inquiétante"


C’est votre ambition pour Coppelia, qui devient Coppél-I.A., induisant la valeur d’intelligence artificielle ?
Mon blocage sur ce ballet dans sa version classique était à deux niveaux. D’abord parce que dramaturgiquement, ce n’est pas la pièce la plus intéressante. Et puis la musique de Delibes m’était insupportable. J’ai mis très longtemps avant de comprendre que ce n’était pas cette musique qui me dérangeait mais les images relativement affligeantes du ballet Coppélia que me renvoie cette musique. Quelque chose de nunuche, d’artificiel, de ridicule par rapport à aujourd’hui. Il fallait que j’évolue et c’est un livre, L’Ève future, de Villiers de L’Isle Adam, probablement le premier roman de science-fiction, paru en 1896, qui m’a aidé. L’histoire est exactement celle de Coppélia, celle de la création d’un être artificiel parfait, dont on aurait une forme de contrôle. Ce qui avance la problématique de l’humain qui, à un moment, veut remplacer Dieu, ou remplacer la nature avec cette intelligence artificielle qui n’est autre que le prolongement de l’être humain. Et que se passerait-il si elle prenait le dessus ? C’est une vraie question.


Ce livre vous a permis de vous approprier le propos. Et pour la musique, comment avez-vous surmonté votre aversion ?
Je me suis autorisé ce que je ne me suis jamais autorisé en trente ans : retravailler la partition. J’ai toujours eu un profond respect pour les écritures musicales préexistantes, et je n’avais jamais trouvé le courage d’en modifier une. J’y suis arrivé pour ce projet au travers d’un compositeur que je connais bien, mon frère Bertrand, avait qui je suis en osmose parfaite. À la manière d’un DJ, nous avons complètement retravaillé la musique de Delibes, séquencée comme une musique de films pour nous l’approprier. Je veux que le spectateur entende ce que le danseur est en train de vivre chorégraphiquement sur scène.
Bertrand a réécrit la partition, créé des voix supplémentaires. Tout le côté nunuche disparaît, pour devenir autre chose. Et nous avons une manière particulière de travailler. Il a écrit la partition, je l’ai dans le studio pour travailler avec les danseurs. Une fois que j’ai fini, je lui envoie la vidéo de ce que j’ai fait dramaturgiquement. Et en fonction de ces images, il retravaille la musique pour amplifier ce qui se passe sur scène. Pour une fois, je ne suis pas en train d’essayer de trouver dans la musique une façon d’exprimer ce que je veux. J’exprime ce que je veux et je sais que la musique s’adapte.

"Je reste passionné
par l'écriture des corps"


Sur le fond, le spectacle s’attache au propos de la relation entre l’humain et la machine, de plus en plus "humanisée"…
Je ne dévoilerai rien de surprenant en disant qu’aujourd’hui, le plus évolué dans ce domaine, ce sont les poupées sexuelles qui arrivent à un réalisme surprenant. On est à deux doigts d’imaginer que prochainement, on pourra avoir une armée de ces personnages. La problématique du spectacle est de voir, chorégraphiquement, cette relation avec ce type qui fabrique une machine dénuée d’émotion sauf à l’encontre d’un garçon. Mais un ballet reste un ballet. Si j’ai toujours considéré que l’on peut parler de ce que l’on vit, la danse n’a pas à mes yeux une dimension philosophique comme peut l’avoir par exemple la littérature. Cependant, ce spectacle accompagne une profonde réflexion et une conscience que quelque chose doit changer. La réalité aujourd’hui est confuse et inquiétante. Et place l’humain face à cette question : que faire face à une machine qui n’a plus d’émotion ? Faut-il avoir peur, ou pas ? Peut-être que la raison de ces machines, si elle programmable, peut résister à l’émotion, et peut laisser prétendre à un monde plus apaisé. C’est une question.


Dans quelle atmosphère évoluera votre Coppélia ?
La société a pas mal évolué au moment où ce Coppélia se passe. L’atmosphère alternera entre deux espaces : un très lunaire, l’autre très sous-terre. En blanc et noir. Avec un cercle au fond, représentant un passage vers ailleurs, une porte du temps. Les costumes, eux, sont plutôt futuristes, vers une forme de simplicité, de pureté dans les lignes.

Le chorégraphe ajoutera en décembre prochain son Coppél-I.A.au répertoire de sa compagnie.
Le chorégraphe ajoutera en décembre prochain son Coppél-I.A.au répertoire de sa compagnie. Félix Dol-Maillot

"hors de question
que je tombe dans le piège
de la nouvelle technologie"


Pourriez-vous envisager la présence de robots danseurs sur votre plateau ?
On pourrait… Il y a dans des recherches très expérimentales dans ce domaine qui représentent des coûts importants. Mais j’ai une vraie volonté de défendre l’identité de l’humain dans la danse. En 1991 au Japon, on m’avait invité pour faire la chorégraphie d’un petit robot ; c’était amusant mais on est très très loin de la complexité des possibles d’un corps humain. À côté de ça, l’exposition effrénée des technologies dans le spectacle, qui finalement ne nous accompagne pas de manière passionnante sur ce que nous sommes en train de regarder, me fatigue. Alors non, pour ce spectacle, il n’y aura pas de robot sur scène, que des gens qui nous font penser que ça peut être un robot. Il est hors de question que je tombe dans le piège de la nouvelle technologie.


La technologie, très présente dans les domaines artistiques aujourd’hui, enlève de l’émotion selon vous ?
Jusqu’à maintenant, j’ai vu peu de spectacles où l’ajout de la technologie ne détourne pas le regard de manière importante sur autre chose. Il y a une fascination de l’œil dans l’animation de l’image, quel que soit le contenu. Tous les spectacles que je vois avec ces animations très complexes offrent juste la possibilité au chorégraphe d’être assez médiocre et de ne pas trop se poser de problème. C’est impressionnant techniquement, chorégraphiquement il ne se passe rien à mon sens. Personnellement, je suis chorégraphe et je reste avant tout passionné par l’écriture des corps. Qu’est-ce qu’un corps peut me raconter de plus, sur scène, qu’un corps dans la vie ? Si je mets de la technologie, elle sera mesurée, nécessaires, mais ce ne sera pas en soi, un enjeu.

En 2017, la première édition sur la place du Casino de la F(ê)aites de la danse avait attiré plusieurs dizaines de milliers de personnes.
En 2017, la première édition sur la place du Casino de la F(ê)aites de la danse avait attiré plusieurs dizaines de milliers de personnes. Photo Alice Blangero/Ballets de Monte-Carlo

"Pour la f(ê)aites
de la danse, l’idée est d’amplifier et de rendre plus abondant
ce qui avait bien fonctionné"

 

Vous ouvrez la saison fin octobre en Principauté en reprenant le programme des Ballets russes présenté l’an dernier. Pourquoi un tel choix ?
Le public était un peu frustré du peu de représentations l’an dernier, donc nous avons choisi de redonner le programme.
Et c’est un petit événement en soi, car nous avons à nouveau la joie d’avoir l’Orchestre philharmonique à nos côtés, comme l’an dernier. C’est important et ça traduit la volonté affirmée du chef Kazuki Yamada de se rapprocher des Ballets. De son point de vue, à juste titre d’ailleurs, il lui semble que l’orchestre pourrait être un peu plus souvent présent auprès des Ballets quand une écriture musicale l’exige. Je trouve que c’est bien. D’ailleurs, cet orchestre a la particularité d’être à la fois philharmonique, lyrique et chorégraphique. Et c’est très rare.


Vous aimeriez par exemple que l’orchestre vous suive, quand c’est possible, en tournée ?
Oui, c’est une possibilité, comme le fait le Bolchoi, d’ailleurs, qui ne se déplace jamais sans son orchestre. Kazuki Yamada, et c’est peut-être le privilège de cette nouvelle génération de chefs qui ne voient pas la direction orchestrale pour la danse comme un sous-genre. Nous nous sommes déjà retrouvés au théâtre des Champs-Élysées à Paris, ensemble, ballet et orchestre. Et c’est une force incroyable plutôt que de se produire avec un orchestre local. Évidemment, c’est compliqué et lourd financièrement mais pour Monte-Carlo, c’est prestigieux.

"les élèves
de l'académie sont de futurs
très bons solistes"


L’Académie de danse a fait sa rentrée également et jouera ses imprévus en novembre. Vous suivez toujours la destinée de l’école ?
Luca Masala fête sa dixième année à la tête de l’Académie. On peut dire aujourd’hui qu’en le faisant venir, on a permis à l’école de retrouver un niveau qu’elle avait perdu. Même si précédemment Marika Besobrasova avait fait de cette école quelque chose d’exceptionnel, cela s’était vraiment dégradé. On a retrouvé un niveau d’excellence reconnu dans le monde par rapport à l’enseignement académique de la danse d’aujourd’hui, en créant une synthèse entre la danse classique et la nécessité du contact avec le monde contemporain. Luca a fait un boulot exquis. Et je peux dire que des élèves de l’Académie sont de futurs très bons solistes.

"Nous ferons venir Goran Bregovic"


Comment s’annonce la deuxième édition de la F(ê)aites de la danse, le 4 juillet prochain ?
Elle s’annonce bien, mais je ne peux pas en dire pas trop. Lors de la première édition, j’ai réussi à projeter ce qui est arrivé. Et je dois dire que ça m’est arrivé très rarement de penser un projet, de le faire, et d’arriver à 90 % de ce que j’avais imaginé. La fête de la danse, ça a été le cas. Et pour la deuxième édition, il ne faut pas tomber dans le piège de chercher à prendre une forme XXL de ce que l’on a fait. Nous aurons de meilleures conditions encore, nous allons monter en qualité sur les danses du monde. Sur la place du Casino, nous disposerons d’une scène de 400 m2 visible par tous, on va améliorer les écrans géants, revoir la proposition pour la nourriture qui avait fait défaut rapidement il y a deux ans. L’idée est d’amplifier, de rendre plus abondant ce qui avait bien fonctionné. Puis d’ajouter à l’événement, le dimanche, une matinée détox, danses légères, tai-chi, yoga, bien-être pour digérer la soirée. Et il n’y aura pas de zone VIP, ça n’a pas sa place, à mon sens, dans ce genre de manifestation.


La programmation est-elle déjà fixée ?
Nous ferons venir Goran Bregovic, le compositeur des musiques de films d’Emir Kusturica, qui sait soulever les foules. J’imaginais aussi créer une nouvelle pièce. Mais je pense reprendre le Core Meu, dans la version que nous avons présentée au Grimaldi Forum en avril dernier. J’ai le sentiment que le public a passé un moment particulier, a envie de le revoir et que c’est l’occasion de revivre ce moment-là. Et puis, si nous pouvons vivre, à
10.000 ou 12.000 personnes, cette chorégraphie ensemble, ce sera assez magique.


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