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Sauvé grâce au cyclisme: ce jeune Ukrainien raconte comment il a pu rejoindre l'UC Monaco

Maksym Bilyi est arrivé samedi dernier à Nice. Ce jeune champion a réussi à quitter l’Ukraine, son pays, pour rejoindre l’UC Monaco, son équipe, après un long parcours qu’il nous a raconté.

romain laronche Publié le 19/03/2022 à 11:05, mis à jour le 19/03/2022 à 11:33
Maksym Bilyi porte les couleurs ukrainiennes et monégasques sur son maillot. (Photos Dylan Meiffret)

Maksym Bilyi a un rêve, celui de devenir coureur professionnel. A 21 ans, ce grimpeur en prend le chemin. Champion d’Ukraine des moins de 23 ans, il a tapé dans l’œil des dirigeants monégasques la saison dernière - notamment son compatriote et directeur sportif Roman Luhovyy - qui l’ont ensuite recruté pour la saison 2022.

Le jeune coureur est arrivé en Principauté en début d’année pour un premier stage. Le 3 février, Maksym doit repartir à Kiev pour aller récupérer son passeport à l’ambassade de France. Un voyage-express de trois jours. Le jeune homme part avec un simple sac à dos. "Il pensait revenir le 6 février et devait commencer sa saison le 11", explique Guido Possetto, son directeur sportif à Monaco.

Sauf que rien ne se passera comme prévu. Le document tarde à arriver, alors le coureur patiente chez sa tante qui vit à 15 kilomètres de la capitale ukrainienne. Il finit par arriver le 24 février. Soit le jour même où la guerre commence.

"C’était la panique dans la ville, tout était bloqué, il n’y avait plus de transport. J’ai marché 30 kilomètres aller-retour pour récupérer le visa", a raconté le cycliste, qui a accepté de revenir sur son parcours vendredi matin, à proximité du port de Nice. Mais son document ne vaut plus rien car le lendemain Volodymyr Zelensky appelle à la "mobilisation générale". Tous les hommes de 18 à 60 ans doivent défendre le pays. Le début de l’horreur commence.

 

"Tous les jours, on entendait des bombardements très forts, la maison tremblait. On était toujours habillé, prêt à partir. a devenait trop dangereux", détaille le champion, en italien, lui qui a couru ses deux dernières saisons de l’autre côté des Alpes. "Avec ma tante et mon petit-cousin de 11 ans, on est parti à pied pour s’échapper. On a marché 8-9km, au milieu des maisons détruites et des militaires".

Leur chemin se sépare alors. "Ma tante a pris un train en direction de la frontière polonaise et moi je suis rentré chez moi à Mykolaïv (ville de 475.000 habitants au sud). Je suis parti en train et mon beau-père a fait une partie du voyage pour me récupérer en voiture. Comme nous étions sous le couvre-feu, j’ai appelé un cycliste qui nous a hébergés pour la nuit".

Mais à Mykolaïv, la situation dégénère aussi. La famille décide alors de quitter sa ville et sa patrie. "On est parti à 7 en voiture, avec ma mère, mon petit frère et ma petite sœur, en direction d’Odessa. Entre les check-points et les routes coupées, on a mis 5 heures pour faire 120km. On a ensuite pris un train bondé. C’était la panique, les bousculades, les gens abandonnaient leurs valises. Pendant un jour et demi, on est resté debout, entassés jusqu’à Lviv".

Mais voilà le coureur rassuré. Sa mère et ses jeunes frère et sœur ont pu traverser la frontière et sont accueillis par une amie de la famille en Pologne. Lui ne peut quitter le pays. Alors il retrouve son ancienne équipe de vélo qui est en stage à Lviv, où il y a un vélodrome. La situation s’enlise et Maksym pense rejoindre l’armée ukrainienne. "Je voulais y aller, j’étais très proche, mais mes parents me disaient tous les jours: ‘‘Tu n’as pas d’expérience et ta guerre, c’est le cyclisme et montrer les couleurs de l’Ukraine sur de grandes courses’’".

C’est Umberto Langellotti, le président de la Fédération monégasque de cyclisme, qui va finalement trouver une porte de sortie pour son jeune coureur. "J’ai parlé de sa situation à David Lappartient (président de l’UCI) il y a 15 jours, lors du congrès de l’union européenne de cyclisme, au Danemark. Il m’a répondu qu’il ferait le maximum pour sortir Maksym".

 
Maksym Bilyi avec Umberto Langellotti, président de la Fédération monégasque de cyclisme, Guido Possetto et Roman Luhovyy (de g. à d.), les directeurs sportifs.

L’UCI, et l’UEC, avec l’aide du CIO, parviennent à contacter le gouvernement ukrainien et lui demandent de créer "une liste d’athlètes de haut niveau, qui pourraient sortir du territoire et défendre les couleurs de l’Ukraine au niveau international". Une requête rapidement acceptée. Maksym Bilyi, en tant que champion national U23, en fait partie et peut donc légalement quitter le territoire. Il est d’ailleurs le premier membre de cette liste à pouvoir s’extraire. "Même avec ce papier, j’étais encore inquiet jusqu’au moment où il a pu passer la frontière", explique Umberto Langellotti.

Heureusement, Maksym parvient à rejoindre la Hongrie, où il est pris en charge par la Fédération nationale de cyclisme, qui a noué de bonnes relations avec les Monégasques depuis quelques années.

Samedi dernier, le coureur arrive enfin à Nice et peut retrouver ses coéquipiers à Roquebrune, où il est logé dans un appartement avec un Italien et un Hongrois. "Ses coéquipiers pensaient beaucoup à lui. Ils étaient prêts à aller le chercher à la frontière hongroise", relate Guido. "On essaye de tout mettre en place pour qu’il soit dans les meilleures conditions. Et si l’on parle de sport, il a vraiment un super niveau. D’ailleurs, hier (jeudi), on a fait un test: 170km derrière scooter et ça allait. Maksym était étonné d’être si bien après cette période".

Il faut dire que le coureur a tout fait pour rester en forme. "Pendant les 16 jours que j’ai passés en Ukraine, il n’y a que 6 jours où je n’ai pas pu m’entraîner. Je faisais du home-trainer, j’allais courir, je faisais du fitness alors qu’on entendait les bombes. Les gens me prenaient pour un fou..."

Le grimpeur n’a pas encore retrouvé tous ses moyens physiques. Mais, dès demain, il accrochera un dossard pour le Critérium national (lire ci-dessus). "Il ne sera pas sur son terrain (le parcours est tout plat autour du port de Monaco), il n’est pas au top, mais il a envie de reprendre. C’est important pour lui", assure Umberto Langellotti.

Car le coureur a un vœu bien ancré. "Je veux montrer le drapeau ukrainien sur les podiums". Pour rendre hommage à sa patrie et ses proches restés au pays. Son père, sa demi-sœur de 6 ans et son beau-père, tous encore à Mykolaïv, dans une zone bombardée tous les jours...

Première course dimanche

Maksym Bilyi effectuera sa première course avec le maillot monégasque à domicile dimanche. En effet, le coureur dispute le 47e Critérium, organisé sous l’égide de la Fédération monégasque de cyclisme, où 70 coureurs sont attendus sur la course principale, en provenance d’Italie et des clubs de la région (Antibes, Nice, Hyères, Aix).

Offre numérique MM+

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