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"Le vélo reste une joie": bientôt quinqua, l'ancienne star du cyclisme Davide Rebellin va participer à la Mercan’Tour Classic

À bientôt 50 ans, Davide Rebellin poursuit sa carrière, entamée en 1992, dans une équipe italienne de troisième division. Lundi, il présentera le plus beau CV au départ de la course.

Romain Laronche Publié le 22/05/2021 à 21:03, mis à jour le 22/05/2021 à 21:31
Davide Rebellin sera un outsider ce lundi de la Mercan’Tour Classic. (DR)

Mercredi soir, après avoir enchaîné les cols autour de Sestrières, où il était parti en stage, Davide Rebellin a pris le temps de se livrer. Sa passion pour son sport, ses ambitions, ses joies, celui qui s’est installé depuis 1998 dans la région est revenu sur son immense carrière.

Comment vous sentez-vous?

Je suis en bonne condition, je me suis bien entraîné ces derniers jours, mais cela fait longtemps que je n’ai pas couru. Je suis tombé sur la "Coppi e Bartali" (le 26 mars) et me suis fracturé le bassin (la branche ilio-pubienne droite). J’ai dû m’arrêter un petit moment, mais là je sens que je retrouve une bonne condtion.

 

Que viserez-vous sur la Mercan’Tour Classic?

J’espère faire une belle course. Le parcours est dur, il y a beaucoup de cols. Je me suis entraîné en montagne, mais rien ne remplace la compétition. Ce sera un bon test.

C’est un parcours qui va emprunter la vallée de la Vésubie, touchée par la tempête Alex. C’est symbolique pour vous qui vivez à Sospel?

Oui, cela a une portée symbolique. Ce sont des routes que j’emprunte à l’entraînement qui ont été touchées. J’ai une maison à Sospel depuis 7-8 ans et je vis à Monaco depuis 1998, donc je connais très bien la région. Ma maison à Sospel a eu des dégâts, sur la toiture et dans le jardin, mais ce n’est pas comparable avec ce qu’ont vécu les gens de la Roya et de la Vésubie.

Vous allez courir un peu à la maison?

Oui, d’autant que je connais Christophe Menei et Laurent Elleon, les organisateurs. Je suis déjà venu participer à leurs cyclosportives, sur la Mercan’Tour Bonette et celle du Turini. Elles étaient très bien organisées. Là, je vais connaître parfaitement le parcours. J’espère que leur Classic va s’installer durablement dans le calendrier et mettre en lumière le territoire. Bravo à eux car ce n’était pas facile de se lancer dans une période aussi complexe, avec la Covid.

Quel est le niveau de votre équipe Work Service Marchiol Vega?

 

C’est une belle équipe, avec beaucoup de jeunes. Massimo Levorato, le principal sponsor, est un passionné et un ancien cycliste amateur. Son projet est de développer l’équipe. Il m’a engagé pour que j’encadre les jeunes, que je leur montre comment je m’entraîne, quelle est la vie d’un cycliste. Je dois servir d’exemple et transmettre mon expérience. C’est une joie de le faire, ainsi que de développer le matériel.

Vous êtes le capitaine de route?

Oui ou plutôt le directeur sportif sur la route. En course, je vois des choses que tu ne peux pas observer depuis la voiture. J’aime ça, et puis les jeunes m’écoutent.

C’est peut-être ma dernière saison, mais je ne me fixe pas de limite".

Vous allez bientôt avoir 50 ans. Jusqu’à quel âge voulez-vous continuer?

 

 

Je ne sais pas. C’est peut-être ma dernière saison, mais je ne me fixe pas de limite. Tant que je suis toujours motivé par ce que je fais et bien physiquement, je continuerai. Et même quand je ne serai plus professionnel, je garderai cette même vie. J’organise déjà des stages de vélo, j’en ferai plus. Dans la région, sur la côte à Monaco, Menton, il fait beau toute l’année. Il y a tout pour le faire, le bord de mer, la montagne, c’est varié. J’aime rouler avec des passionnés, échanger avec eux.

Votre passion est intacte?

Oui, sans doute trop (rires). J’aime toujours autant le vélo. Se lever le matin, voir qu’il fait beau et partir m’entraîner, le faire six jours dans la semaine, ça reste une joie. C’est ma façon de vivre, mon équilibre. Mon corps en a besoin. Et si je ne fais pas de vélo pendant trois ou quatre jours, je ne me sens pas bien. C’est une nécessité.

Des coureurs prennent leur retraite parce qu’ils n’arrivent plus à se faire mal à l’entraînement. Ce n’est pas votre cas?

 

Bien sûr le cyclisme a changé depuis mes débuts et j’ai dû m’adapter à la modernité. Avant, on partait pour de longues sorties. Désormais, je fais aussi du spécifique, du qualitatif. Comme nous n’avons pas beaucoup de compétitions, que nous attendons les invitations pour courir, il faut même travailler encore plus dur à l’entraînement pour pouvoir concurrencer des coureurs qui participent aux plus grandes courses. Je n’ai pas de problèmes à le faire car j’ai envie de garder un bon niveau.

Les plus grandes courses ne vous manquent pas?

Si bien sûr. Surtout les classiques. J’espère toujours en refaire une. Ce sont les courses que j’aime le plus, là où j’ai obtenu mes meilleurs résultats. Terminer ma carrière à Liège, sur la Flèche Wallonne, ce serait formidable. Si notre équipe progresse, grimpe de division, elle sera peut-être invitée, on ne sait jamais...

Vous avez remporté trois fois la Flèche Wallonne, comme Julian Alaphilippe. C’est votre successeur?

Attention, Alaphillipe est champion du monde, a réalisé de grandes choses sur le Tour de France... Il a des qualités supérieures aux miennes. Je l’aime beaucoup. Il est instinctif, court toute l’année, fait le spectacle. Comme lui, ma principale qualité était l’explosivité. Et sur une bosse comme celle du mur de Huy, qui demande beaucoup de puissance et d’endurance, car elle arrive en fin de course, ça fait la différence. Comme moi, c’est un puncheur, comme vous dites en France.

 

Pour votre premier "top 10" sur une classique (Tour de Lombardie 1992), c’est Tony Rominger, né en 1961, qui s’était imposé. En début d’année vous avez couru face à Bernal (à Laigueglia), né en 1997. 36 années les séparent...

C’est vrai, je roule aujourd’hui avec des coureurs qui pourraient être mes fils. D’ailleurs, j’ai couru avec Zabel, Van der Poel, Minali, Vinokourov, des gars de ma génération, et maintenant leurs fils! C’est un plaisir. ça arrive souvent qu’un jeune vienne me voir en course et me dise "j’ai commencé le vélo en te regardant à la tv". Ils me demandent même de prendre une photo ensemble à l’arrivée.

Quel est le coureur le plus fort que vous avez côtoyé?

Il y en a beaucoup. Mon plus grand adversaire reste Paolo Bettini (pro de 1997 à 2008). On a livré beaucoup de batailles sur les classiques. Il en a gagné plus car il sprintait mieux que moi. Mais je pense aussi à Jalabert ou Valverde, d’immenses champions.

Qui vous impressionne le plus dans la nouvelle génération?

 

Aujourd’hui, les coureurs sont de grands champions très jeunes. Pogacar, Bernal, Evenepoel, Van der Poel... Ils ont des qualités différentes, mais ils sont extrêmement forts. Evenepoel, on ne connaît pas encore tout à fait son potentiel, mais il peut gagner des classiques et un grand Tour.

Il manque un Italien...

L’Italie a connu une très belle période avec Bettini, Bartoli et moi. Ensuite, il y a eu Nibali. Aujourd’hui, Moscon, Ganna ou Ciccone ont de beaux résultats, mais ce ne sont pas de grands champions comme Nibali.

Vous n’avez participé qu’à deux Tours de France. Pourquoi?

Parce que j’ai souvent programmé ma saison avec le Giro. En 1997, je sortais d’une 6e place sur le Giro (1996) et Marc Madiot m’a recruté à la Française des Jeux pour jouer le général sur le Tour. J’ai connu des problèmes physiques et je n’ai pas bien marché (58e). Dommage, car ensuite j’ai enchaîné avec des victoires à San Sebastian et à Zurich. Ensuite, je suis principalement retourné dans des équipes italiennes donc je n’ai refait qu’une fois le Tour (abandon en 2003). Je ne pouvais pas jouer le général, mais ça reste un regret de ne pas avoir gagné une étape sur la plus grande course du monde.

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