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Une exposition retrace la conquête territoriale de Monaco sur la mer

Au quai Antoine-Ier, une exposition retrace les extensions en mer de la Principauté au fil des décennies. Une avancée vitale pour que le pays, au territoire étriqué, se développe et survive. À découvrir à la salle d’exposition du quai Antoine-Ier, jusqu’au 2 janvier 2022.

Thibaut Parat Publié le 18/10/2021 à 08:00, mis à jour le 17/10/2021 à 15:07
Photo Cyril Dodergny

Alors qu’un nouveau quartier, grignoté sur la Méditerranée, se dessine lentement à l’Est du territoire, une exposition retrace l’expansion territoriale de la Principauté au gré des règnes et des décennies.

Conquêtes pacifiques - Les extensions en mer à Monaco, initiée par la Direction des affaires culturelles et préparée pendant deux années par Björn Dahlström, dévoile comment, avant les futurs 6 hectares de l’Anse du Portier, les princes successifs ont repoussé les frontières du pays.

"De 150 à 202 hectares, chiffre le commissaire de l’exposition. Ce fut une nécessité pour survivre. J’assimile Monaco à un organisme vivant: le pays a besoin de grandir, de se développer. Sauf qu’il y a cette contrainte géographique, entre mer et montagnes. Alors, il se déploie mais cela ne se fait jamais au détriment d’une autre nation."

 

Impulsée à la suite du dépôt d’un fonds photographique privé sur l’extension en mer de Fontvieille (7 000 clichés!), l’exposition comprend 300 documents d’antan.

"Des archives photographiques, des cartes postales, des plans, des maquettes, des gravures, des œuvres d’art subjectives mais aussi des témoignages de ceux qui ont œuvré pour ces extensions en mer", poursuit-il.

Portier, Larvotto, Fontvieille, Condamine et port Hercule verront leur physionomie bouleversée. Ironie de l’histoire: l’exposition se tient quai Antoine-Ier, dans un bâtiment lui aussi gagné sur la mer. Récit en images.

1.À l’origine du projet

La Direction des affaires culturelles a confié le commissariat de l’exposition à Björn Dahlström, le directeur du NMNM, il a été assisté par le scénographe Christophe Martin.

C’est par ces mots qu’il introduit cette découverte de la conquête territoriale monégasque. "Le titre de l’exposition, en forme d’oxymore volontairement provocateur, place cette dernière au cœur d’enjeux politiques contemporains que la Principauté a choisi de promouvoir: le développement et la science environnementale.

L’un et l’autre interagissent de concert pour garantir un futur paisible au pays. C’est cette épopée géopolitique, sociale, urbanistique, technique, écologique, humaine en somme, que propose d’explorer cette exposition(...) L’espace devient alors pour la Principauté un enjeu crucial, sans lequel tout développement devient impossible.

 

Cette rétraction géographique radicale va devenir alors le terreau fertile de nombreuses initiatives, souvent techniquement pionnières et avant-gardistes, que la vision politique du Rocher pilotera tout au long des XIX et XXe siècles."

Jeudi soir, le prince Albert II et la princesse Caroline ont participé au vernissage de l’exposition.

Photo Cyril Dodergny.

2. Le prince rainier-III au pied du rocher des grimaldi

C’est la première photographie qu’aperçoit le visiteur en pénétrant dans la salle d’exposition. Un cliché de 1966, en noir et blanc, du prince Rainier-III arpentant le terre-plein de Fontvieille, niché au pied du Rocher des Grimaldi.

Si le quartier avait déjà connu des extensions en mer à la fin du XIXe puis après la première guerre mondiale, c’est bien celle, sous le règne du prince bâtisseur, qui aura le plus repoussé les frontières de la Principauté.

Vingt-deux hectares grignotés sur la Grande bleue et capables d’accueillir, à terme, 10 000 habitants. Le tout protégé par une digue longue d’un kilomètre et profonde de 35 à 40 mètres.

En 1973, après des années de travaux, le plan d’urbanisme concocté par le concessionnaire – la SADIM – n’est pas au goût du gouvernement, lequel rachète le terre-plein pour rester maître de l’urbanisation du pays.

Quitte à largement piocher dans le fonds de réserve et mettre en péril les finances de l’État. Un pari audacieux, risqué même, qui s’avérera payant.

 

De 1980 à 1992 seront notamment érigés le nouveau stade Louis-II, un ensemble de planchers industriels, 220 000m² d’immeubles résidentiels tant privés que domaniaux, un jardin public et une roseraie, un héliport, une caserne de pompiers, une église et le fameux chapiteau.

Photo Eric Mathon/Palais princier.

3. L'évolution du Port Hercule

Avant que le chemin de fer n’illustre le désenclavement de la Principauté, le port Hercule fut longtemps l’accès privilégié au territoire monégasque.

Au début du XXe siècle, c’est tout naturellement Albert-Ier qui en amorça l’aménagement. Un projet déclaré d’utilité publique.

En 1902, la jetée sud est érigée. En 1908, est aménagé le quai du Commerce puis, en 1914, le quai de Plaisance. Avec une passe d’entrée, profonde de 30 mètres, les plus beaux yachts du monde pointent le bout de leur nez à Monaco.

En parallèle de ces travaux, l’enceinte portuaire devient le théâtre de régates internationales et d’exploits aéronautiques. Sans oublier, dès 1929, le Grand Prix de Formule 1, dont le circuit parcourt le quai Oriental inauguré trois années plus tôt.

Plus tard, en 1961, le quai Albert-Ier est aménagé pour recevoir le stade nautique Rainier-III puis augmenté d’un appontement central.

De 1999 à 2003, le prince Rainier-III entreprend l’extension du port. Un événement marquant avec l’arrivée par la mer de la plus grande digue semi-flottante au monde: 352 mètres de long !

 

Enfin, sous le règne du prince Albert-II, le Yacht-club est édifié sur le quai Louis-II, extension du quai des États-Unis.

Photo archives du Palais de Monaco.

4. Un littoral complètement chamboulé

À l’Ouest de la Principauté, aussi, le littoral monégasque a été complètement chamboulé au gré des décennies. Après la création du Portier (1958-1961), où trône désormais le Grimaldi Forum, après celle du cap artificiel qui abrite le Sporting d’Été (1961-1963), après la formation de la plage artificielle du Larvotto (1965-1968), c’est du côté du tombant des Spélugues qu’une nouvelle extension en mer se dessine.

De 1972 à 1975, sera réalisé un complexe immobilier englobant un hôtel de 600 chambres, un immeuble résidentiel, une galerie marchande, un centre de congrès et l’Auditorium Rainier-III.

Photo archives du Palais de Monaco.

5. Deux milliards d'euros injectés

Mareterra. Voilà comment a été baptisé le futur quartier de la Principauté, lequel se dessine toujours du côté du Portier. L’exposition y consacre une grande partie.

À l’échéance 2025, après deux milliards d’euros injectés dans les études et les travaux, la Principauté aura gagné six nouveaux hectares sur la mer. On y trouvera 60 000m² d’immeubles et de villas en front de mer, 3000 m² de commerces, l’extension du Grimaldi Forum, un port de 30 anneaux, un parking…

"L’ambition qui guide ce projet a nécessité une conception et des méthodes de construction innovantes et spécifiques visant à constamment minimiser l’impact sur le milieu naturel, en s’inscrivant dans une vision globale de développement durable, peut-on lire de la main de Jean-Luc Nguyen, directeur des Travaux Publics. L’infrastructure maritime a ainsi fait l’objet d’une réflexion hors norme en termes de génie écologique : outre la fonction essentielle de protection vis-à-vis de la houle, les ouvrages maritimes sont conçus pour favoriser leur colonisation par la flore et la faune, et intègrent un dispositif d’habitats artificiels inédits à cette échelle."

Photo Jean-François Ottonello.

Offre numérique MM+

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